La Dépêche de Kabylie : Parmi tous les walis qui sont passés par à Bouira, vous êtes celui qui connaît le mieux la réalité de la wilaya. Pourquoi selon vous, en matière de développement, elle a tardé à décoller ?
Ali Bouguerra : Je le dis en toute franchise : il n’y a pas un retard de développement. Il est question de démarche et d’objectifs qui supposent une évaluation. En fait, je suis un wali de la République qui est arrivé au bon moment, moment où une embellie financière a été enregistrée. Nous avons à gérer le programme hauts-Plateaux, programme normal et un programme complémentaire très ambitieux suite à la décision de son excellence le président de la République. Il y a quand même des réalisations. Je dis qu’on a lancé un programme et je suis arrivé au moment où il faut l’assurer. A titre illustratif, je donne l’exemple de la maison de la culture qui a été lancé en 2002. Nous n’avons fait que poursuivre un effort antérieur. Effectivement, je connais la réalité de la wilaya. J’y est travaillé pendant dix ans en tant que directeur de l’emploi et, par la suite, directeur de la réglementation. Ce qui m’a permis de connaître les hommes et les localités. Mais, de part l’évolution de la population, Bouira des années 90 n’est pas celle de 2008. il y’a aussi des problèmes. Et le premier problème est celui de l’habitat précaire. Et à propos de sa résorption pour laquelle nous avons arrêté une démarche, je considère que nous sommes en retard. Par contre sur d’autres volets, on est avancé. Je considère par exemple qu’en matière d’hydraulique, on a fait une grande avancée, en matière de routes, Bouira est bien avancée par rapport à d’autres wilayas. Idem pour l’habitat rural. Elle en est relativement en avance par rapport à quelques segments
D’aucuns s’accordent à dire que le wali de Bouira est arrivé avec une vision. Ce qui suppose une feuille de route…
Dès que je suis arrivé il y a près de 5 mois, j’ai constaté qu’il y a une équipe. Mon premier souci était de créer un climat de travail d’équipe : pour éviter la gestion parallèle, l’action au niveau des conseils de wilaya, la concertation avec les élus locaux. Deuxième acte les moyens de réalisations. Pour ce faire, j’ai réuni les bureaux d’études et toutes les entreprises parce que nous avons recensé 222 projets non lancés ou en voie de lancement. Les entreprises parties pour des raisons objectives ou subjectives commencent à revenir. Nous avons rétabli, un climat de confiance.
Concrètement, comment vous vous y êtes pris ?
La proximité et le contact direct. Je ne veux pas qu’une entreprise lorsqu’elle réalise, ne soit payée qu’après intervention. On a donc fixé des règles strictes en matière de payement des entreprises.
Le rôle des bureaux d’étude et non sans importance aussi. Je le constate à travers l’OPGI (3000 logements non lancés). Ce qui génère un déficit avec l’office en termes de confiance.
Je considère qu’en terme d’entreprise et de moyens de réalisation, Bouira recèle une potentialité. En matière de main d’œuvre, on est bien loti. La formation professionnelle, le secteur du bâtiment notamment, nous place en bonne position. Nous produisons des matériaux de construction : le ciment à SEG, l’agrégat à El Hachimia et oued el berdi, la brique rouge an niveau d’Aomar… Tous les ingrédients sont réunis.
Approvisionnement, l’argent, structures administratives, main d’œuvre. La combinaison de ces moyens est à même d’assurer la relance des différents chantiers. Nous avons quand même des contraintes.
Lesquelles ?
La première contrainte ce sont les bureaux d’étude. On ne les maîtrise pas parfaitement. On met cinq mois pour élaborer un marché ce qui entraîne un surcoût. Donc, un déficit en matière de maîtrise d’œuvre. L’exemple de l’université est frappant : on y a démoli (un bloc destiné au département de technologie) parce qu’on n’y avait pas assuré un bon suivi.
Deuxième inconvénient que je considère important et qui nous a pénalisé est celui du foncier. Le problème se pose notamment dans la zone de Ahnif, Aghbalou,chorfa et, à un degré moindre Saharadj et M’chedellah. Le même problème se pose principalement au niveau de la zone de SEG (terrains privés, non intégrés dans le périmetre de l’urbanisation) où nous avons eu des difficultés pour placer nos projets. A Lakhdaria et à Kadiria se pose le problème des glissements de terrains qui nous pénalise aussi bien pour les programmes d’habitat que pour les programmes d’équipement public. Voilà donc une contrainte en matière de développement que nous gérons au cas par cas. Cela étant, il s’agit de contraintes surmontables.
Comment les surmonter ?
Si je prends l’exemple spécifique d’Ahnif et Ath Mansour, nous avons engagé une procédure pour acheter des terrains chez les privés. Nous avons inscrit des opérations d’élargissement du périmètre d’urbanisation. Confrontés à des situations exceptionnelles, je vous cite-là l’exemple de Haizer et de Taghzout, nous avons été obligés de nous rabattre sur le terrain forestier. Cette contrainte foncière a freiné le développement de M’chedellah. Mais le dossier que nous allons défendre à ce sujet est en bonne voie. Il s’agit de la nouvelle ville de M’chedellah qui se concrétisera par la liaison urbaine avec Raffour. Pour ce faire, nous avons déjà commencé à mettre à profit quelques hectares de l’E. A. C pour y construire 200 ou 300 logements LSP. En fait, s’agissant du développement urbain de la commune, qui n’a pas d’hôpital, pas de station d’épuration…, nous défendons un dossier qui tient la route
L’opinion focalise beaucoup sur la vocation agricole de Bouira. Pourtant d’autres potentialités dans d’autres créneaux existent
On fera de l’année 2009, l’année de l’investissement. Je parle d’investissement dans tous les secteurs d’activité. D’abord dans l’industrie qui crée de l’emploi durable et définitif. Tous les programmes du calpi qui étaient validés depuis 94 on va pouvoir les achever. S’gissant d’investissement dans le secteur du tourisme, nous avons concrètement des actions que nous engageons directement, le pouvoir public : le barrage tilesdit, l’ancienne base vie, Bechloul. on va pouvoir en faire une auberge au profit du tourisme local. Tikjda constitue notre capital. Elle nous interpelle tout particulièrement. Après le constat amer que nous y avons fait, on a décidé d’y inscrire une zone d’extension touristique. Pour ce faire de nous présenterons au ministère l’aménagement du territoire et du tourisme un dossier spécifique. Cela dit, je constate avec satisfaction qu’en matière de prestation, Bouira recèle deux hôtels bien classés (investissement privé). Nous avons aussi d’autres sites : Tala Rana au niveau de Saharidj, Hamam K’sana où d’ici le mois de juin le chantier engagé par un investisseur pourrait ouvrir ses portes et drainera la population grâce aux travaux d’infrastructure engagés (routes, sécurisation du site…). Donc, Tikjda, Hamam K’san, Tala Rana, Djbel Dirah et les possibilités dans le tourisme urbain sont de nature à redynamiser, un tant soit peu, le secteur. Mais en l’état actuel des choses et en matière d’investissement dans le tourisme il existe des choses, que nous n’avons pas encore atteintes.
Un mot sur le chômage, monsieur le wali ?
Le taux de chômage correspond au taux national. Il y a l’emploi informel et l’emploi saisonnier. Mais je dirais globalement que c’est l’investissement qui crée de l‘emploi. Nous allons distribuer 2000 locaux d’emplois professionnels (essentiellement dans l’activité artisanale). Dans les grandes villes, il y a une tension. La demande des jeunes est très importante. Nous avons fait un effort en terme de formation, il reste à le faire dans le placement des emplois. Mais je reste optimiste par rapport aux investissements en cours, notamment dans le secteur du bâtiment. Le lancement de 20 000 logements (programme futur), 7000 logements incessamment (habitat rural) générera de l’emploi. En fait, le secteur du bâtiment est à même de résorber au maximum le chômage
En parlant d’investissement, Bouira a-t-elle concrètement intéressé de gros investisseurs…
Oui, par rapport aux investissements structurants : nous avons validé une entreprise chinoise de menuiserie métallique et bois. L’entreprise générera 700 emplois directs dont 400 pour Algériens, une entreprise pour l’extraction et la production du sable, nous avons une entreprise italienne de droit positif algérien, une entreprise turque à Bechloul… Il y a aussi des idées de projets déposées notamment par Rebrab pour Cevital qui est intéressé par le marché commercial à Bouira. Nous allons donc l’accompagner. Nous avons aussi des promoteurs qui sont intéressés par l’investissement au niveau de la ferme Bouchraine pour l’ensemencement de la pomme de terre. Kadri de Blida est un autre investisseur que Bouira intéresse. Il a ciblé un terrain, il est venu, il nous a présenté une demande, on va bientôt le valider. L’autoroute est-ouest, l’amélioration de la situation sécuritaire et la disponibilité d’une main d’œuvre qualifiée sont les trois facteurs qui font que Bouira intéresse.
La zone industrielle de Bouira n’est utilisée qu’à 30%. Nous continuons donc à faire appel aux investisseurs, notamment ceux de la région.
L’amélioration urbaine est un autre chantier que vous avez engagé sur le terrain de la réalité…
Dans la perspective de l’amélioration du cadre de vie, nous avons invité les commerçants à nous accompagner en leur tenant un langage direct. Ils nous ont suivi et je tiens donc à les remercier. Nous comptons organiser un salon de producteurs qui viendront de partout pour permettre aux commerçants d’embellir leur environnement. nous avons réussi à rendre le trottoir aux usagers en les débarrassant de l’illicites. Il ne s’agit pas de campagne. L’opération s’inscrit dans le temps. L’ordre public y veillera. C’est fini ces histoires d’autorisations délivrées par les apc pour y construire du zinc ! Celui qui n’a pas d’acte de propriété, de permis de construire on ne lui délivrera pas de registre de commerce. Ce n’est là, qu’un élément de l’amélioration urbaine. L’opération a commencé par le lancement de la trémie (26 milliards). Nous avons engagé aussi des carrefours. Et nous allons engagé trois, quatre boulevards structurants, avec l’apport des élus locaux et des bureaux d’études de la région qui connaissent le mieux la ville. Un grand square digne de ce nom remplacera le bidonville Gouizi rasé, il y’a peu. Deux boulevards sont prévus à M’chedellah, à Ain Bessem, à Lakhdaria… On a l’argent, 100 milliards avec la dernière visite du Président de la République.
La rénovation de la ville est notre objectif majeur. Nous avons commencé par les équipements publics de l’ancienne ville qui vont être démolis. Là où nous demandons aux citoyens et aux commerçants (propriétaires, locataires) de nous accompagner, c’est au niveau du Boulevards Boubdellah. Nous, nous ramenons l’argent, eux nous leur demandons de s’inscrire dans l’auto rénovation. Nous n’exproprions pas : nous élargissons la voie, les propriétaires démolissent pour y construire. Nous avons déjà eu un premier contact avec les concernés
Et si jamais ils résistent ?
Il y a cette résistance, je la ressens. Mais on va procéder par étapes. On va commencer par la placette qu’on réhabilitera avec le produit noble. On élargira en double voie, l’artère qui va de la placette à la cité… Si on ne le réussi pas dans un mois, on y arrivera en 2009. Mais on maintiendra le contact. Ce qui est certain c’est qu’on a pris la décision qu’il n’y aura pas d’investissement qui se fera dans l’ancienne ville.
Je considère que les Bouiris ont le droit à un meilleur cadre de vie. De toute façon, je compte sur leur collaboration, comme cela a été le cas pour la démolition de la cité Gouizi où une petite résistance y avait été manifestée. La démarche de proximité que nous avons engagée et le temps de maturation que nous accordons au projet nous permettrons d’y parvenir.
L’académie, un sujet moins drôle monsieur le wali, est accusée de tous les errements…
Quand il y a secret d’instruction, je m’abstiens de faire des déclarations. Je dis une chose : le secteur de l’éducation ne mérite pas d’en arriver là. Les œuvres sociales font l’objet d’une enquête judiciaire. Elles sont donc bloquées. J’ai intercédé auprès de monsieur le ministre et monsieur le procureur général pour qu’on puisse activer la procédure pour ne pas pénaliser les œuvres sociales de l’éducation. Maintenant si dans ce secteur aussi sensible il y’a des errements dans la gestion, seule la justice pourra se prononcer par rapport aux déclarations des uns et des autres. Cela étant, je me constitue partie civile et tout dinars qui a été perçu indûment sera réservé pour trésor public. L’instruction a commencé il y’a une quinzaine de jours, suite à une plainte que j’ai déposéé, à la suite de certaines informations. Je ne peux pas vous en dire plus. Celui qui a fauté répondra devant la justice.
Un mot pour la culture ?
Si en termes d’infrastructures on a une maison de la culture et des centres culturels, nous déplorons le manque d’associations. Sur une centaine qui sont agréées, seules 5 ou 6 activent. Bouira c’est aussi un carrefour où se rencontrent des dimensions culturelles. Nous sommes fiers de cet aspect. Et c’est cela l’Algérie. La maison de la culture qui sera opérationnelle au mois de décembre nous permettra de développer l’activité. Mais le chantier que nous allons développer est celui de la lecture publique. Nous avons 54 bibliothèques communales. Notre stratégie sera connue avec l’ouverture de la maison de la culture.
Le dernier mot vous le réservez peut-être aux citoyens de la wilaya ?
Je tiens à les remercier pour cet accompagnement. Pour l’avenir, la radio de Bouira ouvrira ses ondes, ça sera l’occasion pour un travail de proximité au quotidien. Je tiens aussi à vous remercier, vous (la presse).
Vous nous avisez sur certains problèmes de proximité. Vous nous alertez sur certains faits saillants. Vous êtes un trait d’union entre les pouvoirs publics et les citoyens. Et c’est à ce titre-là que je vous remercie.
Entretien réalisé par T. Ould Amar
