La Dépêche de Kabylie : Votre rencontre, demain avec le public algérois s’inscrit-elle dans le cadre promotionnel du nouvel album « Qim y di », (reste avec moi) ou présenterez-vous le best of Hassan Ahras ?Hacène Ahrès : Chaque année, je me produis trois à quatre fois à Alger. Le concert de demain ne s’inscrit pas dans le cadre promotionnel du nouvel album. Il est d’ailleurs très tôt d’y parler. Quand je suis sur scène je ne programme jamais. Je chante soit en fonction de la demande du public, soit en fonction de ma spontanéité. Mais je dois vous révéler toute de même que probablement je chanterai une des chansons du nouvel album.
Que représente pour vous la chanson et pourquoi la chanson ?ll Comme je l’ai toujours dit, c’est la chanson qui m’a choisi, ce n’est pas moi qui ai choisi la chanson. J’ai 20 années de carrière et je suis aujourd’hui à mon 12éme album.
M. Ahrès, que pensez-vous de la nouvelle vague d’artistes qui viennent s’introduire, dernièrement, beaucoup plus dans la chanson kabyle?ll Il doit y avoir une relève. Mais l’on doit également avouer qu’il n’y a pas beaucoup qui chantent des chansons à texte. Il y a un véritable danger de menace par rapport à cela. Nous voyons des jeunes qui débarquent dans le domaine pour chanter des reprises des autres artistes. Justement, pour parler de la nouvelle génération, il faut aborder le problème des reprises. Ces jeunes commencent souvent leur carrière avec des produits qui ne leur appartiennent pas. Pour ne pas dire que je condamne ce point de vue, je dirais que je n’encouragerais jamais ces gens à reprendre les textes des autres artistes et j’insiste à dire également que c’est pour leur propre bien. Comment voulez-vous qu’ils terminent avec une belle carrière s’ils se font connaître au début par les chansons de Cheikh El Hasnaoui ou celles de Matoub ? On ne commence jamais par le sommet.
Quels conseils donneriez-vous, justement à ces jeunes ?ll Etant amateur, il est logique de commencer de chanter dans des soirées. Mais quand tu entames une carrière, tu affiches ton nom, il faut se présenter à travers son propre travail. Il existe de nombreux poètes et compositeurs talentueux qu’il faut solliciter. Il n’y a pas de mal à demander aux autres de vous écrire des textes, l’essentiel est qu’ils soient inédits. Reprendre le bien des autres est une violation morale pour l’auteur et moi je ne permettrais jamais que mes chansons soient reproduites par d’autres.
L’on remarque, aujourd’hui, que l’art, précisément la chanson, devient beaucoup plus commercial, les gens sautent sur tout ce qui fait bouger. Des maisons d’édition demandent moins de textes pour vendre leur produit. Selon vous, que feraient les artistes qui favorisent les chansons à textes face à cette situation?ll Toute chanson est commerciale. Même la chanson à texte est commerciale. On est des chanteurs professionnels, donc on fait de la chanson, on passe par un éditeur et on fait une transaction commerciale pour vendre le produit. Pour parler maintenant de la chanson légère, de la chanson folklorique, je dirais qu’elle doit exister aussi, je la revendique parce qu’elle fait partie de nous. La chanson kabyle a d’ailleurs commencé et s’est faite remarquer par cela. Le problème qui se pose c’est que la chanson légère est plus favorisée par rapport à la chanson à texte. Nous remarquons que les médias et surtout les médias lourds préfèrent diffuser ces chansons que de passer celles de El Hasnaoui ou d’autres maîtres de renommée.
M. Ahrès, vous qui êtes amateur de la chanson chaâbie, quel était votre réaction par rapport au retour du maître Gerrouabi?ll Je n’ai malheureusement pas assisté, mais beaucoup de gens disent que son dernier concert entre dans la légende. Je lui rends un très grand hommage, c’est un homme qui m’a toujours marqué.
Fazila Boulahbal
