Tombe « particulière » au cimetière de la commune

Dès l’entrée du cimetière de Thala Meqrene, juste après la stèle de Aïssat Idir, qui surplombe la place principale de Djemaâ Saharidj, le regard est attiré par une tombe qui semble bien insolite. Une sorte de « dôme » en béton recouvert de tuiles kabyles a été réalisé du côté où se retrouve la tête du défunt avec une ouverture vers l’Est. Selon des informations recueillies auprès des vieux du village, cette tombe serait la sépulture de Mohand Arezki Ourahmoune, poète en son temps et visionnaire. Pour un cimetière où les villageois continuent d’enterrer leurs proches, selon le rite ancestral et religieux, cette tombe étrange, mais les gens ont tellement pris l’habitude de la voir qu’elle semble devenue chose normale en dépit de sa particularité. Dda Salah, octogénaire encore bien lucide, se souvient que son père lui parlait de ce poète dont le sens et le but des vers demeurent encore à explorer. Pour la famille, cela n’est que chose normale, leur « poète » ayant brillé, de son vivant, par sa singularité et sa vision d’un monde que lui seul entrevoyait. L’on rapporte que, depuis son enterrement, qui remonterait donc à la fin du dix-huitième siècle, certaines personnes auraient entendu des voix murmurant des vers : voix sourdant à travers les dalles, Md-Oussalem se souvient encore des vers que son grand-père se faisait un devoir et une fierté de déclamer. Il semble que le poète aurait déclamé un poème alors que les futurs hadji entonnaient leur chant de départ. Il aurait dit :

« Allah ! Allah sath rebi ! Elane dheguedhrar ddaquen

Dhimjouhad aftembachel widhakh yetsadjouenee nefquene

Widhakh el djeneth ethvanassene

Khir el hadjadj ma chawiquane ».

(Traduction :

« Dieu ! Dieu ! Ces gens de Dieu ! Ils vivent en montagne et étouffent ! Moudjahidine au service de leur famille, ceux qui approvisionnent en nourriture et en viande !

Pour ceux-là, le Paradis est plus sûr

Que pour les hadji qui chantonnent ! »

Cette année-là, certains candidats au « hadj » auraient pris la décision de repousser leur départ. Une chose est sûre, le tambour a disparu de ces processions à dater de ce… poème. Nul ne se souvient comment est venu l’idée de réaliser ce dôme sur cette tombe. Elle est là et semble bien « insolite ». Cette tombe continue de garder jaloureusement son secret, faisant face à la mosquée de Thala Meqrane, à côté de ce qui était, il n’y a pas si longtemps, l’artisanat de Djemaâ Saharidj.

Sofiane Mecherri