Une situation écologique alarmante

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Annoncée comme imminente par la presse nationale et les responsables en charge de l’environnement, suite notamment à la visite du ministre des Ressources en eau, Abdelmalek Sellal, en avril 2006 à Béjaïa, le projet d’implantation d’une station d’épuration des eaux usées à Taharacht semble être mis aux oubliettes alors que la ville d’Akbou ne cesse de prendre de l’importance démographique par l’attrait économique qu’elle exerce sur les régions limitrophes et le manque de développement qui pousse les habitants des communes rurales à l’exode.

L’exemple de la commune d’Ighram qui ne compte aujourd’hui que 11 000 habitants alors qu’elle en comptait quelque 16 000 en 1998 est on ne peut plus clair.

Les facteurs de pollution ne cessent de se multiplier chaque jour davantage, les sources polluantes se sont diversifiées ces dernières années à la faveur de l’installation de quelque 7 sablières entre Tazmalt et Akbou qui puisent dans la nappe phréatique des quantités astronomiques d’eau pour laver les alluvions dont l’extraction et le traitement défigurent complètement le paysage naturel pour planter un décor de “fin du monde” sur le lit de l’oued, de la zone d’activités de Taharacht dont aucune unité n’est pourvue de station d’épuration, de la croissance de nombre d’habitants qui déversent dans l’Oued Soummam quelque 15 000 m3 d’eaux usées quotidiennement et y jettent leurs ordures ménagères dont aucune étude ne donne l’estimation par habitant et encore moins la nature de la mise en eau du barrage Tichyhaf qui prive la Soummam de son affluent essentiel : le Boussalam, une décharge publique intercommunale non contrôlée d’une superficie de 4 hectares implantée sur un terrain sablonneux au pouvoir filtrant médiocre et une vingtaine de stations de lavage-graissage situées le long de la route nationale n°26 dont les déchets sont directement ou indirectement acheminés vers l’Oued Soummam et à cela, s’ajoute en période d’olivraison, la mise en marche de la vingtaine de huileries qui déversent les sous produits de la trituration, dont la plupart d’entre elles sont dépourvues de bassins de décantations, notamment pour les margines.

Aucune étude sérieuse, croit-on savoir, n’établit l’impact qualitatif et quantitatif sur l’environnement et la santé publique de cette pollution à moyen ou long termes.

Les directions en charges du dossier se contentent de dresser des rapports et recommandations soummaires et sans consistance scientifique aucune sur les effets des “sécrétions” de l’activité humaine alors qu’elles sont dotées légalement de compétences administratives et territoriales en mesure de stopper un tant soit peu ce malheur.

Déjà en mai 1994, lors “des assises de l’eau” tenue à Béjaïa, un rapport détaillé de la DHW (Direction de l’hydraulique de la wilaya) a mentionné que : “l’Oued Soummam joue actuellement le rôle d’exutoire et de transport des différents rejets urbains et industriels. Sa capacité d’autoépuration, amoindrie par l’effet de sécheresse, ne suffit plus à absorber les charges de pollutions de plus en plus importante”, 14 ans plus tard, dans son rapport final, phase 2-2007, de la révision de PDAU (plan directeur d’aménagement et d’urbanisme) de la commune d’Akbou, l’URBASE a conclu dans le chapitre environnement : “Ces données donnent un caractère alarmant quant à l’avenir de l’environnement qui peut affecter la santé publique. Pour cela, il est indispensable de prendre les mesures nécessaires dans l’immédiat pour préserver la santé publique et l’environnement immédiat du citoyen.”

Contrairement aux déchets ménagers dont les conséquences néfastes sur la santé publique peuvent être constatées rapidement par l’apparition des maladies virales, la pollution générée par les déchets industriels a tout le temps de se développer de façon insidieuse par l’accumulation de matières et produits chimiques dangereux, telles les métaux lourds, dont les retombées négatives et dramatiques ne peuvent être constatées faute d’un suivi méticuleux qu’une fois le mal est fait, irréversiblement !

Oued Soummam peut retenir sa respiration et attendre, car même dans la cas où cette station venait à être réalisée, il nous faudra au minimum une dizaine, voire une vingtaine d’années, pour collecter toutes les eaux usées de la région et refaire le réseau d’assainissement de la ville d’Akbou qui commence à donner des “signes certains de vétusté” d’autant plus que les “politiciens” d’Akbou ne semblent accorder de l’importance au sujet qu’en période de campagnes électorales et les associations lors de la célébration des journées mondiales de l’eau, de l’arbre et de la météo, les 21, 22 et 23 mars de chaque année !

B. Sadi

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