Les médecins spécialistes pris d’assaut

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Le froid et la neige qui ont touché certaines localités n’ont pas empêché ces patients de l’après-Aïd d’occuper en masse les salles d’attente des différents médecins de la ville. Ce sont les gastrologues qui ont reçu le plus de patients en relation avec l’Aïd.

De l’intoxication, aux problèmes de colon et autres soucis gastriques directement liés aux repas riche et gras de l’Aïd, la liste est longue et les salles d’attentes bondées. « Je souffre de colopathie depuis six ans déjà. J’ai fait très attention durant les deux jours des fêtes, en vain. Au fait on est loin de pouvoir faire face à la tentation d’un bon asban Ddouara ou chtetha bouzellouf. Je me suis régalé et en le faisant j’ai bien prévu cette visite chez le médecin. Mon traitement habituel n’était pas à même de calmer les douleurs dont j’ai souffert hier soir. Ceci dit, je ne regrette pas mon repas. D’autant que je l’ai partagé avec des êtres très chers.

Cela m’arrive rarement de faire des entorses à mon régime. Quand c’est fait j’assume les conséquences. J’espère seulement que le docteur trouvera un moyen de calmer cette crise. Le régime c’est toute l’année qu’on y est contraint de toute façon. Colopathie ou pas colopathie on est devenu végétariens pour des problèmes économiques », déplore Dda Voussad, 58 ans, rencontré chez un gastrologue du centre-ville. La deuxième spécialité qui a connu un succès certain cette semaine, n’est autre que la pédiatrie. Là aussi, les salles ne désemplissent pas.

Outre l’intoxication alimentaire qui a touché une bonne partie des enfants qui attendaient leur tour, la plupart des symptômes énumérés par les mamans étaient liés aux conditions climatiques qui ont marqué cet Aïd.

Même si la pluie n’était pas au rendez-vous, le soleil n’y était pas non plus et le thermomètre tendait plutôt vers les minimales. Rhinites, rhinopharyngites, bronchiolites et autres petits bobos liés au froid ont poussé de nombreuses mamans à laisser tomber « Ass ouchellah » pour emmener leurs bambins rouges de fièvre dans la plupart des cas.

On tousse, on désencombre les narines, on calme les caprices des uns et les crises de larmes des autres, on suit la course effrénée d’un bout de chou, on peine à moucher le nez d’un autre. Telle était l’ambiance des salles d’attente des pédiatres de la ville de Tizi-Ouzou. « Je n’ai pas surveillé ma fille le jour de l’Aïd. Je comptais un peu sur ma belle-sœur pour le faire. Elle se la joue végétarienne et super sensible à la vue du sang. Alors je lui ai épargné cette épreuve et négocié une séance gratuite de bébé-sitting.

C’était réglé. Alors que j’étais absorbée par le nettoyage du mouton, ma fille s’amusait toute seule à jouer dans la seconde cour avec un seau d’eau. Elle était trempée jusqu’aux os. Et ma belle sœur n’a pas trouvé meilleur moment pour piquer un somme. Ma fille s’est retrouvée avec 40 de fièvre le soir même.

On a dû la transporter à la polyclinique pour faire baisser sa température. Je la ramène aujourd’hui parce qu’elle est encombrée au niveau de la poitrine et a du mal à respirer.

Elle a des antécédents bronchiolytiques », nous raconte Hassiba, maman de Céline, 4 ans. Fatiha, elle, est venue pour son fils de 6 ans. De nature chétive et très sensible, Amine n’a pas dû supporter la vue du sang et toutes les odeurs qui ont dû se dégager du mouton au moment du nettoyage. Il n’a rien avalé les deux jours de l’Aïd et n’a pas arrêté de vomir depuis. Sa maman soupçonne également une intoxication alimentaire provoquée par des chips que le gamin aurait grignoté. Le médecin la rassurera certainement sur l’état de santé de son fils et lui donnera le bon remède. Chez les pédiatres, aucune exception ; les nouveaux nés et les contrôles sont prioritaires. On ne sort pas de la règle même au lendemain de l’Aïd !

En raison des changements climatiques qui ont marqué l’Aïd, il y a eu une affluence particulière chez les rhumatologues. Et contrairement aux idées reçues, on ne trouve pas que des vieux chez ces spécialistes des articulations. Des jeunes et des moins jeunes attendent patiemment la main magique du rhumato qui gommera comme par enchantement les douleurs atroces qui ont gâché leurs fêtes. Des patients viennent pour la première fois, souffrant de traumatismes liés à l’effort ou faux mouvement. L’Aïd, on ne soulève pas une ballerine mais bien un gros mouton bien dodu généralement. D’où les complications au niveau des tendons ou des articulations, généralement, rapidement durables.

Le froid de ces derniers jours n’a pas arrangé l’existence des sujets souffrants de rhumatismes articulaires. « Je souffre de rhumatismes depuis des années. En prévision de l’Aïd, j’ai renouvelé mon traitement chez mon médecin à Alger. Le jour de la fête je me suis usée avec la position debout et n’ai pas fait de grands efforts vestimentaires pour tenir mes genoux au chaud. Ces derniers n’ont pas tardé à me le faire payer.

Le soir même j’ai senti des fourmillements à leur niveau. Une douleur atroce s’en est suivie à chaque fois que je tentais un mouvement. Je ne peux plus marcher longtemps sans souffrance. Je viens consulter chez ce médecin en attendant de rentrer chez moi et aller voir mon spécialiste », nous raconte Nna Ouiza, 70 ans venue passer l’Aïd à Tizi Rached d’où elle est originaire.

Nna Ouiza n’est pas la seule maligne du groupe. Zina aussi est passée voir son médecin traitant avant l’Aïd pour un « stock » de médicaments. « La douleur était tellement insupportable que j’ai du doubler, puis tripler, puis quadrupler la dose dû traitement, le soir j’avais tellement mal que j’ai dû prendre une cinquième dose. Le lendemain, j’ai découvert des bleus bizarres au niveau de mes genoux et chevilles.

J’ai toujours aussi mal,ceci dit » ; nous raconte Zina qui n’était pas très maligne sur ce coup. Son traitement était à base de corticoïdes et la posologie prescrite par son médecin ne correspondait nullement à celle qu’elle s’est « généreusement offerte ». Un comprimé contre cinq ; faites le compte !

Heureusement, rien de bien méchant pour cette fois-ci. D’après, son médecin les bleus devraient disparaître dans quelques jours, à condition de respecter les posologies administrées par le médecin.

En dehors des médecins installés à leur compte, les urgences de l’hôpital ont connu une affluence particulière durant la même période et même durant la fête.

Dans la plupart des cas des petits bobos liés au sacrifice et des problèmes de digestion. Les centres d’imagerie et autres laboratoires d’analyses médicales, n’ont pas échappé à la règle.

Ces derniers étaient bondés de monde. Les gens occupés aux préparatifs de la fête ont tous pensé à remettre à plus tard ces « épreuves », par faute de temps mais surtout par faute de moyens. Certains ont expliqué avoir attendu la fin des fêtes pour parer une éventuelle panne sèche en liquidités durant l’Aïd. Après la fête on est plus libres avec nos dépenses. Et puis il y a la tirelire des petits…n’est-ce pas ?!

Samia A-B.

kabyliemag@yahoo.fr

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