De notre envoyé spécial, Mohamed Bessa
Mais les Toureg du Tassili-N’Adjer prolongerons encore la fête kabyle puisque la wilaya de Tizi-Ouzou devait prendre, dés vendredi, le relais de Béjaïa. Une seule et même adresse pour ces semaines d’échanges instaurées par le département de Khalida-Toumi : La Maison de la culture Othmane-Bali où officie un certain Samir Philipion qui, comme son nom ne l’indique pas, est le propre fils de cette icône de la chanson targuie.
Cette espèce de randonnée culturelle qui s’appelle officiellement « Festival culturel local des arts et des cultures populaires de la wilaya de Béjaïa à Illizi » a débuté samedi soit quelques heures à peine après la nocturne arrivée de la délégation bougiote au terme d’un périple de plus de 24 heures. La recette ? Une cinquantaine d’acteurs du champ culturel local est chargée de porter en ambassade les facettes de la culture et du mode de vie kabyles chez les Touaregs.
Le coktail concoté par Mourad Nacer, le directeur de la culture de la wilaya de Béjaïa pour les wilayas-hôtes, est quasiment le même. De la chanson d’abord. Pour la virée targuie ce furent Louiza, Wissem, Boualem Ber, Kamel Naâli, Ferhat Mansouri, Akfadou, Abbas-Nait-Rezine qui ont porté les sonnorités de la Soummam avec, en accompagnement, la jeune troupe Tilania et le ballet de Karima Bensalem pour les chorégraphies. La poésie est représentée par Hmed Lahlou, un poète autant décalé que phénoménal. Le côté folklore est assuré par la troupe d’Idebalen d’Aguemoune. Cinéma amateur avec l’association Ciné-plus de Mourad Bouamara de Timezrit et des projections d’œuvres de Mohamed Yergui, jeune lauréat de l’Olivier d’or du festival du film amateur. Des conférences à thèmes avec Djamel-Eddine Mechehed et Ali Battache. Cheikh-Aheddad et Cheikh Mouhoub Belhabib sont à l’honneur de ces doctes conférences. Arts culinaires avec l’Association « Continuité des générations » représentée par Djaouida Belahbib et Samira Bouchenoua. De la bijouterie, de la poterie, de l’ustensilerie traditionnelle, etc. De la plastique avec Bouali et Zoaouèche. Et pour ne rien omettre, une expposition sur Bgayet à travers l’histoire signée de l’Association Gehimab et une autre sur le Parc national du Gouraya.
Avec Illizi, Béjaïa aura laissé le meilleur pour la fin. Cet ultime échange de 2008 qui survient après Khenchela, Relizane, Batna et Sétif fut assez fusionnel entre les Kabyles et les Touaregs. Outre une phonie commune, les deux communautés partagent en commun un certain sentiment d’oppression et d’adversité qui renforce leur fratérnité par la douleur même. « Ainsi, nous concrétisons pour nos populations des choses qu’elles voyaient tout juste à la télé ou entendaient à la radio, c’est super bien », s’exprime Samir Philipon. Le directeur de la culture de la wilaya de Béjaïa, Mourad Nacer, véritable maître de ces cérémonies s’en va dans une vaste rêverie. « Nous voulons délivrer un puissant message pour les jeunes auquels nous disons que nous avons un pays magnifique qui ne finit pas après trente heures de route. Ici, nous venons plonger dans la richesse, la générosité humaine et l’amour. Les valeurs d’entraide, de fratérnité et de toléreance sont au cœur même des objectifs de cet échange. Nous visons à faire en sorte que notre pays renoue avec ses racines les plus puissantes et s’élance dans les cieux comme les palmiers que nous rencontrons ici ». En fait, c’est une ville d’histoire qui s’enfonce dans la pré-histoire. Et c’est certainement le jeune peintre Mourad Bouali qui traduit le mieux cette émersion. « Je viens, dit-il, à la rencontre de mes ancêtres, les « peintres » d’ici ». Il se promet de prendre une nouvelle inspiration des pierres du Tassili. Ce sera utilement fécond.
En allant à Illizi, les Bougiotes rendent la pareille aux Touregs qui furent leurs invités durant l’été dernier. Nous y reviendrons fatalement dans nos prochains éditions.
M. B.