Ils sont nombreux à rejoindre les villages de la région d’Ath Aidel et l’Aarach en cette période de l’olivaison, certains reviennent sur leurs traces, leurs racines et retrouvent leurs maisons abandonnées il y a longtemps; d’autres en visite chez des proches afin de leur porter de l’aide, toutefois un seul motif les a réunis. Venant de différents lieux: du chef-lieu de la wilaya de Béjaïa, de la capitale, des autres villes et wilayas du pays mais aussi de France uniquement pour ne pas rater la cueillette des olives, qui n’est pas une simple activité mais tout un rituel, une tradition et un héritage ancestral et civilisationnel, dira Mustapha qui est arrivé il y a deux semaines avec sa femme de Dejon pour passer cette période « prestigieuse » entre les siens.
Un sexagénaire, mineur à la retraite nous dira: « ça fait cinq ans que je viens en cette période accompagné de ma femme, je m’occupe moi-même de mes oliviers et du ramassage de mes olives, je garde pleins de souvenirs. Certains oliviers on les a greffés ensemble moi, mon père, mon grand-père er moi. l’année passée, il y avait un couple français qui est venu avec mon fils, ils ont adoré l’ambiance, les traditions liées à la cueillette des olives et la beauté des paysages, ils comptent même revenir. » Certes, les raisons économiques ne sont pas en reste dans cet engouement et retour à l’originel. Car l’huile d’olive est une ressource très lucrative, d’ailleurs le litre a dépassé les 500 DA, l’huile d’olive est un élément essentiel dans la majorité des repas, des raisons pour lesquelles beaucoup de gens sont venus eux-mêmes ramasser leurs olives. Cependant, pour la majorité d’entre eux c’est beaucoup plus une occasion de se rencontrer et de visiter la campagne : profiter de son air sain et de la beauté de ses paysages, car rien ne vaut un déjeuner en pleine nature, par une belle journée ensoleillée. « J’adore tremper des figures sèches dans l’huile d’olive je n’échangerai cela pour rien au monde, j’ai l’impression que ça me rajeuni davantage », dira Omar un chef de famille venu d’Alger. Ainsi les gens ne voient plus en l’olivaison une tâche pénible ou une corvée mais tout simplement un séjour particulier, un retour vers l’authentique et l’original. « J’ai laissé mon PC, Internet, et la télé et d’autres choses mais cela ne me gêne pas parce que là au moins je passe plus de temps avec mon père ; on discute, on cueille les champignons ensemble et on fait un tas de choses d’autres ensemble, chez nous il est tout le temps occupé », a laissé entendre le petit Zidan venu de Béjaïa au village de Tachouaft dans la commune de Bouhamza. La cueillette des olives permet à ces visiteurs actifs de savourer de beaux paysages ; des villages implantés ça et là sur des collines perdues entre les montagnes d’El Babour où les forêts de pins cèdent la place harmonieusement aux champs d’oliviers pour occuper juste les espaces arides. Une nature vierge d’un charme authentique, cependant légèrement modifiée par les labeurs des rudes mains paysannes. Ni les couches de verglas des petits matins, ni la froideur des nuits n’ont affecté le plaisir de toutes ces gens venus à la campagne. Ainsi, les villages de Bouhamza, d’Amalou, de Seddouk, M’cisna, Beni Maouche et Tamokra voient leurs cœurs battre à nouveau et sortent de leur silence, les maisons abandonnées si longtemps retrouvent lumière et chaleur en ces nuits glaciales de décembre, elles ont même eu droit à de petits soins. Les habitants qui s’y attachent toujours semblent satisfaits de cette compagnie même si elle est occasionnelle et éphémère, les commerçants et les transporteurs de cette région, travaillent davantage. Si vous êtes motivés par la nostalgie ou la curiosité, n’hésitez pas à y aller.
M. C. Aït Meziane
