Rencontre avec Hocine Belalloufi

Le conférencier a, bien sûr, parlé de son livre en exposant aussi ses positions personnelles sur la récente agression militaire de Ghaza par l’Etat sioniste mais les débats ont essentiellement tourné autour de cette dernière guerre. Bien entendu, divers avis ont été donnés sur les solutions proposées pour le règlement du conflit palestino-israélien. A ce sujet, Hocine Belalloufi dira, qu’avant tout, c’est aux Palestiniens de décider. Ainsi donc, le conférencier insistera, sur les positions prises par les régimes arabes qui sont divisés : la première solution vise à étouffer toute sorte de résistance à cause de l’avant-garde, le Hamas ; et la seconde consiste en une véritable solidarité avec la Palestine. C’est dans ce second groupe que se positionne l’Algérie. Toutefois, elle devrait, et c’est l’avis de tout le monde, quitter l’UPM.

Le conférencier citera les exemples de la Mauritanie qui a rompu ses relations diplomatiques avec Israël, du Qatar qui a gelé ses relations économiques avec l’Etat sioniste et de la Syrie qui a gelé les négociations. Ce dernier pays refuse d’abdiquer par rapport à son Golan. Hocine Belalloufi déclarera : « Rien ne justifie la colonisation de la Palestine, d’autant que les Juifs d’Europe ont été victimes d’une tentative d’extermination par les nazis.

D’ailleurs, le mouvement sioniste existait bien avant cette tentative d’extermination.  » Quant à sa position personnelle sur la solution du conflit palestino-israélien, le conférencier est pour une Palestine laïque et démocratique où musulmans, chrétiens et juifs vivront ensemble : citoyens d’un même Etat, tout en ayant, tous, les mêmes droits. Il insistera aussi sur le fait que ce conflit n’est pas une guerre de religions comme veulent le présenter les puissances impérialistes du monde : « Il y a un Etat colonisé et non une guerre entre ethnies », dira-t-il avant d’ajouter : « La solution de deux Etats ne signifiera pas la fin de la lutte contre Israël. Il n’y a aucune raison d’accepter l’idée d’un Etat d’Israël « éthniquement pur.  »

D’ailleurs, beaucoup de Juifs à travers le monde refusent qu’Israël parle au non de tous les Juifs. Mieux encore, ils sont solidaires avec les Palestiniens ». Hocine Belalloufi évoquera aussi le développement du mouvement antisioniste dans le monde. Ensuite, ce sera l’amalgame entre la résistance palestinienne et l’islamisme qui sera abordé, c’est-à-dire, le Hamas et la démocratie. Avant de répondre à cette question, Hocine Belalloufi donnera une brève analyse de la récente agression contre Ghaza la résumant ainsi : « L’objectif de cette guerre était d’étouffer toute résistance palestinienne mais cela a été un échec puisque même s’il y a eu un massacre des Palestiniens, la résistance n’a pas été détruite.

Le Hamas en est sorti renforcé et l’autorité palestinienne discréditée puisque la voie choisie par Mohamed Abbas n’a rien apporté.  » Hocine Belalloufi reconnaîtra que les choses ne sont pas aussi simples que cela avant d’ajouter aux objectifs de cette guerre l’électoralisme : « L’opposition critique le pouvoir sioniste quant à sa façon de « défendre les intérêts d’Israël » et la réponse a été d’agresser Ghaza.  » En fait, Israël, lors de chaque échéance électorale entreprend une agression contre les Palestiniens. Quant à sa position personnelle en tant que militant de gauche, l’invité du Café littéraire l’exposera comme suit : « En tant que laïque et socialiste, je ne partage pas l’idéologie du Hamas. Mais, ce mouvement n’a rien de comparable avec le FIS algérien, car le Hamas lutte, avant tout, pour un Etat palestinien et n’a pas, à ce jour, abdiqué devant Israël. Il ne s’agit pas de juger le Hamas sur la base de son idéologie islamiste et de croire que le Fatah est démocratique.  » Ensuite, le prétexte invoqué par les Etats impérialistes afin de pouvoir lutter contre « les Etats prétendus voyous » a été abordé. Hocine Belalloufi citera les exemples de la Syrie et de l’Iran avec leurs contradictions, puisqu’en plus du fait qu’ils soient menacés, ils répriment eux-même leurs peuples. A propos de la Syrie, l’invité du Café littéraire dira : « Ce pays réprime son peuple mais refuse de renoncer à son Golan et de se soumettre à l’hégémonie américaine ». Parlant de l’Iran, il dira : « Ce pays réprime également son peuple mais il revendique le droit de développer son nucléaire civil.

Et puis, même s’il s’agit de l’arme atomique, au nom de quoi un pays serait autorisé à l’avoir et un autre pas ? » La question du Hezbollah a été également au centre des débats. Le conférencier en fera l’historique : « Le Hezbollah a été créé en 1982. Ce parti islamiste a commencé d’abord par tuer les communistes. C’est dans les prisons que plusieurs militants du Hezbollah ont côtoyé les communistes et les laïques. Le Hezbollah a compris qu’il n’était pas question de guerre de religions mais qu’il n’y a qu’un seul ennemi : Israël. Aujourd’hui, le Hezbollah a renoncé à l’instauration d’un état théocratique au Liban. Mieux encore, il ne tombe jamais dans le racisme antijuif.  » L’actualité mondiale, c’est aussi l’investiture de Barack Obama comme Président des USA. Tout en reconnaissant que le nouveau Président américain avait pris position pour la reconnaissance de Jérusalem comme capitale de la Palestine, Hocine Belalloufi dira : « Il ne faut pas trop se faire d’illusions. Obama sera « obligé » de défendre les intérêts américains. Il n’a pas le pouvoir absolu. Toutefois, les Américains sont conscients qu’ils doivent faire marche arrière par rapport à la politique de Bush.  » Enfin, signalons que Hocine Belalloufi est en train d’écrire un deuxième livre sur la question démocratique en Algérie.

Tarik Amirouchen