Site icon La Dépêche de Kabylie

Triste, quand ce n’est pas dramatique

Quelques images du sport algérien. La première nous vient du stade d’El Harrach. D’une capacité de six mille places, cette enceinte a rarement accueilli moins de dix mille spectateurs quand le club local y évolue. Cela donne un entassement déjà périlleux dans les gradins mais il y a pire : les pylônes électriques et la toiture à la solidité douteuse “abritent” à chaque match des supporters dont on tolère la folie faute de leur proposer mieux ou par crainte d’en subir la colère. Un jeune homme vient de perdre la vie après une chute fatale qu’il doit à la… compréhension des dirigeants de son club et des services de sécurité. Sur le terrain de jeu, il a fallu un miracle pour qu’il n’y ait pas d’autres morts. Les joueurs d’El Harrach, “emmenés, par l’un de leurs entraîneurs, malmènent un arbitre qui vient d’accorder un but à l’équipe visiteuse avant que le stade ne soit envahi par la foule. Un entraîneur et des joueurs “ professionnels” qui ignorent une loi élémentaire du jeu : le mur à neuf mètres cinquante, c’est au joueur chargé de tirer le coup franc de l’exiger. S’il ne le souhaite pas, il peut jouer rapidement la faute. S’ils (l’entraîneur et les joueurs) connaissent la règle, c’est encore plus grave. La deuxième image, on la doit à l’équipe nationale de handball pour qui la coupe du Monde a été une véritable aventure. Partis en Croatie sans aucune préparation, avec des tenues de supermarché et un entraîneur pigiste, les joueurs n’avaient que leur valeur intrinsèque et leur volonté pour faire bonne figure. Une fois éliminés de la course, ils ont démontré dans le “tournoi des recalés” qu’ils sont capables de belles choses. A la clé, une défaite sur le fil du rasoir contre un grand d’Europe et trois victoires face à des sélections bien plus nanties. Pour une équipe “ qui a fait sa préparation dans les premiers matchs de la compétition même, ce n’est pas si mal,” a ironisé Kamel Akeb, le sélectionneur. Et de passer en revue les déboires d’un sport qui nous a valu les rares satisfactions internationales, avant de repartir dans son club…tunisien. On connaît trop Kamel Akeb, joueur de talent puis technicien reconnu, pour croire à l’argument diplomatique qu’il a avancé pour renoncer à l’Equipe nationale. Il a exigé des moyens qu’on n’est pas disposé à lui donner. Quand on a fait une coupe du Monde avec des survêtements offerts par une âme charitable, il n’y a manifestement plus rien à attendre. Dernière image recueillie dans la gadoue des champs de Fréha qui a organisé l’épreuve nationale de cross-contry. Vainqueur de l’épreuve féminine, cette athlète de Borddj Bou Arréridje plaint du manque de…concurrentes qui lui permettraient de passer à un autre niveau. Tout le monde vous le dira, la concurrence vient de la qualité et la qualité émerge du nombre. Or la pratique féminine, en athlétisme comme dans d’autres sports rétrécit comme peau de chagrin. Dans la gadoue de Fréha, pourtant, on a découvert un champion du monde juniors qu’on ne connaissait pas. Là aussi, tout le monde vous le dira, quand on a été champion en juniors, on peut aller plus loin. Surtout que la première performance, le jeune athlète ne la doit qu’à sa volonté et les…pistes ensablées d’un bourg d’El Oued. Triste, quand ce n’est pas dramatique.

S.L.

Laouarislimane@gmail.com

Quitter la version mobile