La Dépêche de Kabylie : Votre Excellence, quel est votre sentiment après une année passée en Algérie ?
Jean-Claude Richard : Franchement, je me suis vite adapté ici, je me sens bien surtout avec ce beau soleil permanent qui procure de la gaieté et réchauffe les cœurs. Aussi, j’ai eu la chance de voyager à travers l’Algérie et j’ai visité plusieurs régions dont Sétif et les sublimes ruines romaines de Djemila ainsi que Ghardaïa qui est aussi appelée la vallée du M’zab, j’ai été fasciné par la culture et l’architecture de cette région. L’accueil des gens est chaleureux j’en garde de merveilleux souvenirs.
Avez-vous visité la Kabylie ?
Non, pas encore, mais j’espère m’y rendre prochainement, c’est une région dont on me dit beaucoup de bien, on m’a parlé de ses montagnes verdoyantes ainsi que de ses oliviers. C’est une région historique dont est issu le chanteur Matoub.
Vous connaissez Matoub ?
Oui, c’est un chanteur et poète qui a été assassiné. Un symbole de la culture berbère.
La sécurité revient peu à peu en Algérie, quelle analyse en faites-vous ?
Evidemment, les choses ne sont plus ce qu’elles étaient il y a 10 ou 15 ans. La paix revient grâce aux lois de la Concorde civile et la réconciliation nationale initiées par Son Excellence le président de la République Abdelaziz Bouteflika envers qui j’ai beaucoup de respect. C’est une chose grandiose qui a permis le retour de la paix en Algérie. Personnellement, j’ai fais presque toutes les wilayas de l’Est en voiture. C’est dire la stabilité de la région.
Quelle lecture faites-vous à élection présidentielle ?
Comme tout le monde, je suis l’évolution de la situation politique à travers la presse dont je ne peux pas me passer.
Justement, comment trouvez-vous la presse ?
Franchement, j’ai été étonné de la liberté de la presse en Algérie, c’est un domaine qui a effectué un grand saut démocratique, une presse professionnelle. J’admire les enquêtes, les dossiers et les reportages réalisés ou traitant divers sujets, et brisant tous les tabous, et je profite au passage pour saluer toutes les personnes de la profession et la presse francophone qui jouit d’une assez grande liberté d’expression.
Abordons la question cruciale des visas : Quel est le nombre de visas que vous délivrez annuellement ?
L’année dernière, l’ambassade a délivré 5 500 visas.
Quelles sont les conditions de délivrance ?
Les conditions requises pour la délivrance d’un visa diffèrent d’un sujet à un autre. Cela dépend des personnes qui le demandent.
Pour le permis de travail, le demandeur de visa doit être muni d’un contrat de travail établi par une entreprise suisse et signé par l’employeur. Pour les étudiants, généralement il faut obtenir une bourse, le demandeur doit fournir une lettre d’acceptation de l’université de son choix, des garanties de fonds ainsi qu’un niveau d’études de 1er et 2e cycles. Grosso modo, on applique les mêmes mesures que les pays de l’Union européenne.
Vous avez adhéré depuis décembre dernier à l’espace Shengen : Quelles sont les raisons qui ont motivé le gouvernement suisse pour cette adhésion ? Ne craignez-vous pas que la Suisse devienne un lieu de transit pour se rendre dans d’autres pays de l’Union ?
L’adhésion de la Suisse à l’espace Shengen est un moyen sûr et rapide de faciliter les échanges et ce n’est guère une mesure de libre circulation des personnes. Concernant votre question, à savoir si la Suisse va devenir un moyen de passage pour se rendre dans d’autres pays, il ne faut pas se leurrer car il y a une série de mesures qui sont prises pour l’octroi d’un visa Shengen qui sont les mêmes pour tous les pays de l’Union et l’on a remarqué des personnes auxquelles on a refusé le visa vers des pays de l’Union viennent faire une demande de visa en Suisse.
Abordons la coopération bilatérale algéro-suisse : Quel est le volume des échanges commerciaux entre les deux pays ?
Nous vendons plus à l’Algérie que ce que nous achetons comme les technologies modernes, les médicaments, à l’instar de « Novatis », l’industrie des machines que le groupe Buhler et dernièrement le Comptoir de Lausanne a eu l’Algérie comme invité d’honneur pour présenter sa gamme de produits avec une éventualité d’exportation vers la Suisse.
Parlez-nous des investissements ?
Les hommes d’affaires suisses s’intéressent de plus en plus à l’Algérie, plusieurs entreprises émettent le souhait de s’y installer.
L’Algérie offre de meilleures conditions d’investissement qu’autrefois avec l’instauration d’un climat de sécurité assez favorable, néanmoins, il faut créer les instruments juridiques et un accord a été signé le 9 février dernier pour éviter la double imposition et ce, dans le cadre de la coopération dans le domaine juridique afin d’attirer les investisseurs, à l’image de Buhler, Novatis et Nestlé. Aussi, des firmes suisses qui activent dans le domaine de fabrication et de transformation de l’électricité s’intéressent de près au marché algérien afin d’y investir. Aussi, une coopération dans le domaine de la formation, à l’image de Genelem qui propose de fournir une aide gratuite de coaching et de gestion afin d’accompagner ces jeunes et les former pour créer leurs propres entreprises.
Les relations entre les deux pays ?
Les relations entre les deux pays sont excellentes et la Suisse a une très bonne image en Algérie et il faut s’en féliciter.
L’Algérie, et malgré son emplacement stratégique est un littoral large de 1 200 km en plus d’un désert merveilleux peine à percer dans le tourisme, à l’image de la Tunisie et du Maroc. Qu’en pensez-vous ?
Comme vous savez, l’Algérie est passée par des moments difficiles et elle a été isolée pendant presque dix ans, l’instauration de la paix est le passage obligé pour chaque nation pour asseoir un développement durable et ainsi penser au tourisme, c’est un facteur déterminant et on a beau disposer des meilleurs atouts. Et actuellement, les choses évoluent et je salue les efforts fournis par le ministre de l’Environnement et du Tourisme, Chérif Rahmani, pour hisser l’Algérie parmi les grandes nations touristiques, car l’Algérie est un très beau pays avec de très belles plages et un désert merveilleux. C’est un cadre vraiment idyllique.
A combien est estimée la communauté algérienne vivant en Suisse ?
La communauté algérienne est assez importante en Suisse.
Quelles sont les relations de la Suisse avec l’UE ?
La décision d’intégrer l’Union européenne doit passer par le peuple (un référendum), mais pour le moment, le peuple nen émet pas le souhait, néanmoins des accords sont établis entre la Suisse et les pays de l’UE dans les domaines des transports, l’industrie agroalimentaire, le programme Erasmus (échange des étudiants) mais les relations avec l’Union sont étroites.
La Suisse est aussi réputée pour être un paradis fiscal et abrite les plus grandes fortunes mondiales, à l’exemple du patron d’Ikea
Je ne vais pas employer le terme « paradis fiscal ». Il est vrai que la Suisse offre des conditions favorables en matière de fiscalité et les pays qui nous critiquent n’ont qu’à en faire autant. Les paradis fiscaux se trouvent aux Caraïbes, dans les îles paradisiaques.
La Suisse est aussi réputée pour abriter les plus grandes banques mondiales, ça c’est un fait mais elle jouit aussi d’un emplacement stratégique ainsi que d’une culture touristique, elle attire les stars, les hommes d’affaires et les investisseurs car elle offre aussi de très bonnes conditions d’accueil. Aussi la Suisse est réputée pour être un havre de paix et j’espère que cela durera aussi longtemps (rires).
Revenons en Algérie, certains pays comme l’Allemagne et les USA appellent leurs ressortissants à limiter leurs déplacements en Algérie. Quel est votre avis sur le sujet ?
Comme je vous l’ai déjà dit, la politique de réconciliation nationale a permis le retour de la paix en Algérie et son image est plutôt positive à l’étranger maintenant si tel ou tel pays appelle ses ressortissants à limiter leurs déplacements ça n’engage qu’eux, la position de la Suisse est claire et grâce à cette politique, l’image de l’Algérie a évolué à l’étranger.
Revenons à votre parcours. Quelles sont les missions diplomatiques que vous avez menées avant d’atterrir en Algérie ?
J’ai été ambassadeur au Sénégal en 1998, à Cuba entre 2000 et 2004 et en Roumanie de 2004 à 2007. J’ai également exercé des fonctions diplomatiques au Mexique. Ce sont des expériences aussi exceptionnelles les unes que les autres et j’en garde de très bons souvenirs.
Comment voyez-vous l’économie algérienne ?
Elle est basée essentiellement sur les hydrocarbures mais il y a un développement dans le domaine des PME, l’agroalimentaire et pourquoi pas faire de l’Algérie une destination touristique de choix.
La société algérienne…
Il y a un mélange de modernité et de traditions, une double culture. La mondialisation touche quasiment tous les pays, l’effet de la télé, etc.
Les gens voyagent beaucoup, néanmoins l’Algérie possède son histoire, une culture forte ainsi qu’une civilisation musulmane.
La société algérienne évolue à l’instar de tous les peuples.
La Kabylie ?
J’ai lu et entendu dire que cette région possède une grande culture et une histoire où modernité et traditions se côtoient. J’ai hâte de la visiter et j’espère le faire prochainement.
Vous serez le bienvenu Votre Excellence
Je m’en réjouis d’avance (rire… )
Propos recueillis par Hacène Merbouti
