De notre envoyé spécial à Oran Hacène Merbouti
Ainsi, faut-il le souligner, El Bahia connaît un essor sans précédent, des chantiers à perte de vue, des buildings dignes des villes américaines destinés à abriter des bureaux ainsi que des centres d’affaires. Aussi, le port connaît une dynamique intense. Au loin nous apercevons la célèbre corniche qui a inspiré les plus grands écrivains ainsi que les chanteurs dont le regretté Hasni.
18h30. Les gens pressent le pas pour renter chez eux, notre balade se poursuit au célèbre boulevard du Front de mer, une vue imprenable sur la baie nous enchante, un cadre idyllique pour se promener après une journée assez chargée. Des familles, des jeunes couples se promènent la main dans la main, nous rappelant les belles années à Alger. Une personne nous aperçoit en train de prendre des photos. Elle se rapproche de nous, nous déclinons notre identité et elle commence à nous relater quesles faits durant la nuit sur le boulevard. « Certes, naguère, l’animation était plus intense, le boulevard s’animait jusqu’à une heure tardive de la nuit, le coin a perdu un peu de son charme, néanmoins, les habitudes sont restées encrées dans les mémoires des gens, on peut se balader en famille, en couple, en toute sécurité, sans aucun risque ; les restaurants restent ouverts et le transport ne s’arrête que tardivement dans la nuit ».
19h20 : notre balade se poursuit toujours, un confrère m’interpelle sur un fait qu’on ne retrouve plus Alger. Les gens sont sociables et respectueux ici et contrairement à Alger les esprits sont plus évolués, le stress et les embouteillages de la capitale sont quasi inexistants. Ici, les gens se baladent, se promenent, rigolent….. « Ils prennent la vie du bon côté », comme dirait l’autre.
Dans les prémices de la nuit, on retrouve toute une culture et un art de vivre comme ce jeune couple qui se promène avec leur bébé. « On a notre habitude, on travaille tous les deux et notre enfant reste chez une nourrice, c’est le seul moment de la journée où on peut se permettre un moment de tranquillité et d’intimité », nous confient-ils. Ici, les gens ne vous scrutent pas du regard même si les quartiers chauds de la ville sont réputés pour être les fiefs de la criminalité et les agressions sont monnaie courante. Un contraste et l’envers du décor s’offrent à nous dès l’entame des quartiers à proximité d’El Hamri et des Castors. Les ruelles sont exiguës, les routes délabrées et les ivrognes et les drogués trouvent ici leur « camp retranché » à l’abri des regard. « Surtout ne vous aventurez pas de ce côté-là,vous risquez d’être pris à partie par les soulards », nous lance un homme accompagné de son fils. Nous rebroussons chemin. Il est 20h09 exactement. Le rythme de la ville s’intensifie, nous apercevons au loin une tour récemment achevée et illuminée aux couleurs bleu azur et bloud cendré, une merveille qui me subjugue, deux tours identiques sont en cours de construction.
Nous pressons le pas pour retourner à la résidence où se trouve la délégation des journalistes. El Bahia est vraiment une ville de tous les paradoxes, un homme nous parlera de l’existence de favelas à l’Ouest, nous n’aurons malheureusement pas le temps, ni la possibilité et les moyens de les visiter ; néanmoins, cette petite virée nous a permis de découvrir à moitié une ville charmante, étonnante, prospère, additionnée à un contraste fait de misère cachée parsemée d’agressions car la veille même un élève a été agressé par son camarade avec un poignard et une femme a été éventrée. Nous regagnons notre lieu de résidence laissant la ville s’animer aux lumières multicolores.
H. M.
