Du génie n’en déplaise à « l’éditeur gargotier »

Kaci Sadi, un jeune et talentueux poète originaire de Ahl Lekser, à Bouira, vient d’agrémenter tasekla taqbaylit (littérature kabyle) de « Imengar », un recueil de poésie qui rompt agréablement avec cette tamedyazt très carrée à laquelle nous ont souvent habitués des rimeurs en panne, tant dans la forme que dans le fond, d’imagination.

Kaci, lui, essaye et réussit à libérer son « awal » du moule et de la redondance stérilisante. Son verbe, son vers, sa strophe captent et secouent le lecteur qui se surprendra à relire le poète avec le sentiment de faire une grande rencontre. Le verbe facile et surtout kabyle, l’auteur d’Imengar nous embarquera avec des mots simples dans différents univers qui font notre quotidien. En fait, chaque Asefru de Kaci est un succulent voyage dans un fragment de notre quotidien.

Nous retiendrons, entre autres, ses éclats de rires dans Dsigh ghef tedsa :

Dsigh deg tmeghriwin

Dsigh deg ljanazat

Dsigh ghef ayen ur nem3in

Dsigh mi rwigh rregmat

Dsigh ula ghef teqcicin

Yedsan s uhuzzu n tuyat

Dgha tettef-iyi tedsa

Dsigh-d nnigh ha ! ha ! ha !

Imengar est à lire. Seulement, il n’est pas évident, pour le moment du moins, d’affirmer où le trouver. En fait et pour la petite histoire, qui encore une fois discrédite le monde de l’édition, Imengar est édité à compte d’auteur. L’œuvre a coûté au jeune Kaci 50. 000,00 dinars, une coquette somme qui, nous l’imaginons bien, lui a valu bien des sacrifices.

Mais bon, jusque-là, et quand bien même les Editions Baghdadi, car c’est de cette maison d’édition qu’il s’agit, ont les moyens de prendre en charge l’impression et se disent ne pas être engagés dans les petits calculs d’épiciers, tout est « normal ».

Mais voila qu’après avoir empoché les 50. 000,00 dinars, le grand éditeur se limite à imprimer mille exemplaires d’Imengar. La diffusion et la commercialisation est à la charge de… l’auteur. Terrible ! « J’ai été trahi par mon excès de confiance », nous dira l’auteur qui s’il le savait, aurait négocié un meilleur prix avec un quelconque imprimeur du coin.

Pour notre part et pour dénoncer ce comportement de gargotier nous n’accompagnons pas notre papier de la couverture de Imengar qui, bien sûr, porte le logo, l’adresse et le numéro de téléphone de la Maison d’édition.

Nous illustrons notre papier avec le portrait de Kaci Sadi exécuté par Djamal Fattani, un autre jeune et talentueux artiste.

T. Ould Amar