La commune de Draâ El Mizan, la seconde en population après celle de Tizi Ouzou, a de tout temps été convoitée par plusieurs partis politiques depuis l’avènement du multipartisme. La première expérience d’élections plurielles en Algérie, le 12 juin 1990, a donné un vainqueur inattendu l’ex-fis. Cette victoire a été imputée à la non-participation du FFS qui avait boycotté ce scrutin. La deuxième consultation de 1997 a été remportée par le FFS. Malheureusement, là aussi, il y eut beaucoup plus de bas que de hauts car après à peine trois années de gestion, le maire de Hocine Aït Ahmed a été écroué pour malversation. Arrivée enfin l’élection controversée d’octobre 2002, celle-ci replace le FLN aux commandes. Fait attribué, d’une part, à l’appel au boycott lancé par le Mouvement citoyen,et à la sanction des candidats du FFS, d’autre part. Aujourd’hui, alors que beaucoup de citoyens parlent déjà d’une très mauvaise gestion des affaires communales par l’actuel exécutif, des listes commencent déjà à circuler. Les discussions ne portent que sur cet événement qui se prépare. La rue bouge et parle. Du côté des partis politiques, les réponses données sont souvent vagues. “Notre parti se réunira ce week-end. A mon sens, d’après les échos que nous avons recueillis ici, notre parti n’est pas concerné par cet autre coup d’Etat qui ne vise qu’à usurper une fois de plus la volonté populaire. Ce n’est pas le moment de parler de la participation, mais comment riposter à cette injustice ?” s’interroge un cadre du parti de Hocine Aït Ahmed. Au FLN, même si on ne s’oppose pas directement à l’idée de dissolution, discipline partisane oblige, les uns et les autres pensent, eux aussi, qu’il s’agit là d’une dérive. “En 2002, quand nos militants s’étaient portés candidats, ils étaient presque lynchés. Aujourd’hui, ils veulent nous faire avaler qu’elles (élections) étaient perturbées. Dans notre commune, il n’y avait eu aucun empêchement”, estime un militant du vieux parti. Un militant du RCD, quant à lui, nous a renvoyés aux propos de leur leader sur BRTV. Le fait le plus marquant de cette agitation est sans doute les listes indépendantes. On croit savoir que plus d’une dizaine de listes, chapeautées soit par des militants exclus de leur parti soit par d’ex-élus ou encore par des personnes soucieuses de l’avenir de cette commune sont en train de circuler. Du côté des autres intervenants de la société civile, les avis sont mitigés. “Je pense que dissoudre les APC à quelques mois de la fin du mandat est une aberration. Sinon, comment une assemblée élue dans ces conditions va-t-elle rendre des comptes au bout d’une année d’exercice ? Car tout compte fait, il faudra attendrit six mois pour tenir ces élections”, juge un cadre administratif. “En tout cas, cette consultation ne changera rien du tout. Puisque le maire n’a plus de prérogatives, il est devenu un simple facteur qui transmet les doléances des citoyens pour le chef de daïra. Il n’a rien entre les mains. Même les postes de travail du filet social doivent être approuvés par la daïra”, ironise un jeune informaticien. Les plus avertis disent que si le gouvernement voulait en finir avec cette situation de blocage, la meilleure solution et la plus idoine serait d’organiser des élections générales. “S’il y a une assemblée où la Kabylie n’est pas représentée, ce ne peut être que l’APN”, conclut un autre citoyen. Dans tous les cas de figure, cette décision de dissoudre les assemblées anime aussi bien les uns que les autres, même si les intentions restent semi-voilées.
Amar Ouramdane
