La superficie de cette commune au relief largement montagneux, issue du dernier découpage administratif de 1985 est de 39,36 km2. Commune montagneuse par excellence, les frontières sud sont délimitées par le Parc national du Djurdjura qui demeure une source de richesse pour les montagnards. On y puise de la pierre quand on veut construire, on y coupe du bois quand on veut se chauffer, on y laisse paître les bêtes, on y prélève certaines plantes médicinales tels que l’origan, le serpolet, l’absinthe, la camomille etc…L’endroit le plus prisé par les jeunes est le lieu dit “Tawint guidew”, (La fontaine des singes). Tous les après-midi, alors qu’il fait une chaleur époustouflante ailleurs, on vient ici pour respirer l’air frais et sain, et surtout boire de l’eau fraîche provenant directement de la fonte des neiges qui se sont agglutinées le long du rigoureux hiver dans les grottes. Un véritable plaisir au gosier qui ne demande qu’à boire.C’est là que nous avons rencontré les jeunes, au nombre de 4, réunis autour de quelques bières et qui dansent au rythme des mélodies d’une guitare approximativement réglée d’un de leurs compagnons. Ici dira Mourad, 21 ans, agent de sécurité au Sud, “C’est la paix totale, on ne dérange personne et nous voulons échapper à la chaleur torride du village qui dépasse les 40°”. Cette fraîcheur n’a rien à voir avec celle du sud. Tu sais mon plus grand malheur, c’est la fin de mon séjour ici. Là-bas, à Adrar par 48° à l’ombre, crois-moi que c’est l’enfer, et Mourad de continuer ironisant : “C’est là-bas que Lee Van Cleef est mort”. Comme le dit le proverbe, on ne peut pas vivre d’amour et d’eau fraîche, Mourad à l’instar de beaucoup de ses amis qui sont partis chercher leur pain ailleurs. Tout à fait normal pour une commune qui a tant donné pour l’émigration extérieure et intérieure “Ighirben our nezgir lebhar”. Mais là où le bât blesse. C’est que dira Yahia, un autre jeune du groupe “nous avons payé des personnes à raison de 2 à 3 millions de centimes, selon la tête du client pour pouvoir nous caser dans ces postes de travail précaire. Alors, messieurs de la presse qu’attendez vous pour écrire sur cette pratique honteuse et indigne de l’Algérie de 2005”. Samir alors contre toute attente, prend la parole pour rétorquer à son compagnon : “Tu ne sais pas que même le premier ministre en a parlé ? la presse a joué son rôle. Tanemirt Akhou”. Le 3ème adolescent qui n’avait pas participé au débat improvisé jusque-là, dira : “Avant de passer à ce qui se passe au sommet pourquoi ne pas profiter de l’occasion pour dénoncer ces écarts. Cet endroit, qui est soi disant classé patrimoine mondial par l’UNESCO. Pourquoi les autorités locales n’interviennent pas pour arrêter la construction du mur de la honte qui va désormais nous interdire l’accès à Amrah ?” Nous quittons ces jeunes sur ce questionnement pour regagner la rivière où il y fait bon vivre aussi. Arrivé à Tamda Oussak c’est une nuée de gosses qui est venue à notre rencontre et tous sont unanimes. “Ici c’est bien, mais de temps en temps nous préférons la mer”. Mais faute d’associations culturelles ou autres qui activent réellement sur le terrain, une initiative est venue du comité du village, mais qui ne représente qu’une fraction du village (Adroum) a décidé ce départ en mer, comme ce fut le cas pour l’année dernière”. “Ce n’est pas normal nous fera remarquer un jeune étudiant en vacances sur ces lieux. C’est les associations culturelles qui doivent faire ce travail et à ce jeune de rebondir sur le mur dont nous avons parlé. “Qu’a fait l’association écologique Tachemlit ? a-t-elle au moins fait un rapport dans ce sens ? Rien à mon sens. Ce qui fait penser qu’il ne s’agit ni plus ni moins que d’une association budgétivore”. La commune d’Aït Bouaddou a aussi une embouchure de quelques dizaines de kilomérres sur la vallée de Tiniri, célèbre pour avoir été chantée par Slimane Azem et donné son nom à une auberge implanté à Boghni. Ici les préoccupations ne sont pas exactement les mêmes; si elles ne différent pas de beaucoup de celles de la haute montagne.Le problème commun étant le chômage et la malvie des jeunes. C’est dans ces plaines que se situe l’oliveraie, ressource substantielle des paysans à coté des figues. La culture des céréales n’a jamais donné de bons résultats. Seules des espèces arboricoles qui résistent aux froids glacaux d’hiver et à la chaleur torride de l’été sont cultivées, (Olivier, figuier, cactus et à un degré moindre, les poires, noyer, le cerisier, et cognassier). Une retenue collinaire a été réalisée sur les lieux par les services agricoles, elle est sous-utilisée et se trouve dans un état d’envasement avancé. Elle a fait d’ailleurs plusieurs victimes, des enfants qui venaient se rafraîchir dans les parages au moment des canicules.En haute montagne ou en contre-bas de l’immense agglomération, la place du chef-lieu “Tizi Baklane” est révélatrice. Tous les jeunes des autres villages s’y rencontrent, car on y trouve l’agence postale, la mairie, le kiosque multi-service et tout récemment 2 cybercafés. Cette place est la véritable vitrine de la commune. Point d’abribus, ni panneau d’indication, ni arbre pour procurer une sensation de fraîcheur aux jeunes oisifs et retraités qui changent d’emplacement en fonction de la position du soleil. La plupart, sont des anciens émigrés qui ont loué leur force dans les mines du nord de la France et surtout dans les aciéries de la Meurthe et Moselle, La loire etc… Sans ces vieux (euro-retraités) la situation serait tout autre. Ce sont eux qui achètent les fourgons pour assurer le transport des citoyens vers Ouadhias et Boghni, ce sont eux qui achètent des tracteurs pour transporter sable et olives de Tiniri, pour défoncer les terres plates. Pour les terres situées en haute montagnes, (figurerais), les entretenir revient à demander aux Égyptiens de reconstruire leurs pyramides. Sans l’apport des émigrés encore en activité en France et ailleurs et les retraités, la commune d’Aït Bouaddou serait juste bonne pour un décor de film des années 1900 date de départ en masse des ouvriers pour alimenter en force de travail les usines de l’ex-métropole.L’agence postale d’Aït Bouaddou est l’une des plus nanties dans la région. Elle tente de redorer le blason alors qu’elle avait fait l’objet d’un détournement d’une somme faramineuse par son receveur, aujourd’hui en taule.Elle a inauguré sa station ERSS, sa WLL et attend le visu terminal qui rendra d’énormes services aux fonctionnaires locaux (APC, enseignants) qui ne seront plus obligés de se déplacer jusqu’au chef-lieu de daïra pour s’enquérir du nouvel avoir.Géré par un administrateur désigné, car Aït Bouaddou a rejeté dans un climat de tension jamais atteint, les élections communales dernières. Les jeunes qui représentent 70% de la population ne croient plus en la vertu des élections et de leurs impacts positifs sur le quotidien des citoyens.Professeur de lycée à Tizi Ouzou et natif de la région, Ali s’explique “les élections locales ont toujours été des moments propices aux déchirements, aux agressions verbales et autres coups bas. Le moment est venu de rehausser le blason de cette commune qui ne mérite pas le sort dans laquelle elle est plongée depuis 1962 à ce jour” et de conclure optimiste. “La commune a besoin d’un nouveau souffle,d’une nouvelle énergie, nouvelle compétence qui donneront un coup de pied dans le fourmilière de la gestion anachronique de la citéL’intronisation d’un jeune parti avec des idées nouvelles dans la commune est une excellente initiative”.Cet enseignant fait sans doute allusion à une section de l’UDR qui a été installée le 13 juillet 2005 et dont la nouvelle a suscité l’espoir, parmi la population qui espère une mutation profonde dans la manière de gérer les affaires locales. Aït Bouaddou faudra-t-il le souligner ne manque pas de potentialités. Elle peut faire autre chose dans l’économie durable et rurale plutôt que s’accrocher aux éphémères pensions des anciens.Plutôt que les débats stériles, la population à besoin de travail, de moyens de loisirs (notamment les jeunes), se soigner, s’éduquer. La dernière visite de M. le wali qui avait promis une enveloppe financière pour la construction d’une maison de jeunes sur les lieux et place de l’ex cantine scolaire mérite d’être signalé, même si d’autres problèmes demeurent en suspens. Il s’agit du désenclavement des maisons, l’aménagement des pistes, l’eau potable, les aires de jeux et tout ce qui touche à la tranche juvénile qui se sent de plus en pus abandonnée par les pouvoirs locaux visiblement en panne d’idées porteuses de projet et donc de développement local.
M. Ouaneche
