Qui veut aider Shahrazad ?

Cependant, « trouver de la saveur » à avaler du gaz n’est, sans doute, qu’un phénomène ! En effet, à Ighzer Belghoum, village relevant de la commune d’Ahl El-ksar, une fille de 13 ans semble y déroger à la règle.

Sollicité par son père, Arezki Tribèche, afin de « rendre public » le cas de sa fille qui devrait être prise en charge, car sa situation est des plus déplorables, on a été reçu modestement chez lui. « Étant donné ma situation précaire c’est le devenir de ma fille qui me chagrine le plus ! », lâcha d’emblée Arezki. Lui et sa famille se sont habitués, car le cas de leur fille, s’est curieusement banalisé. «Quand ma fille, Chahrazad, avait à peine six ans, on a découvert son désir d’avaler du gaz », enchaîne Arezki qui nous racontera que sa fille a été retrouvée évanouie à côté d’une bouteille de gaz. Chahrazad a été vite hospitalisée. C’est ainsi que : « Nous avons remarqué son comportement bizarre. Elle a fini par avouer qu’elle avale du gaz ! « , rajoute sa mère. Vu la situation précaire de la famille, la petite Chahrazad « a dû » abandonner tôt ses études. Pis encore, depuis, elle a des crises d’épilepsie. Une maladie caractérisée par des attaques convulsives avec perte de connaissance. Timide, Chahrazad nous confia : « Le gaz a plutôt une saveur douce pour moi ; mais puisqu’on dit que c’est une maladie j’espère en guérir ». Dans ses mains, un gros paquet de certificats et ordonnances, Arezki nous apprend : « Même, Nassim, mon fils de six ans souffre depuis quelque mois d’une amnésie ». Un garçon amnésique et une fille épileptique s’ajoutent à une pauvreté aiguë. Tel est la situation d’Arezki qui lance un SOS !

Nous nous sommes déplacés chez le médecin traitant dans son cabinet où il travaille avec son conjoint, médecin généraliste aussi, le Dr Amar Lamri nous confirme avoir rencontré et reçu des cas similaires. « Une personne qui avalait du pétrole, une autre du gravier et bien d’autres choses », dira-t-il, à cet effet. Il nous explique, en outre : « Généralement, c’est au début, une nausée et un dégoût mais une fois le sujet accoutumé, il apprécie son acte. Son cas évoluera, en l’absence d’une prise en charge effective, à une sorte de dépendance ».

Quant aux effets de cette forme de dépendance, notre interlocuteur ajoute : « C’est notamment sur le plan neurologique, à savoir l’épilepsie. Mais aussi on développera inévitablement des syndromes psychiatriques « . Des syndromes qu’on ne peut pourtant prévoir a priori mais entre autres, dira-t-il : « La manie qui est une affection caractérisée de l’agitation et par une surexcitation cérébrale extrême et permanente ». Tout en regrettant et exprimant sa « pitié » du cas de Chahrazad, le Dr Lamri a tenu à souligner l’urgente nécessité de sa prise en charge.

L. M.