L’enseignement de la langue amazighe en quatrième année primaire sera facultatif et concernera à titre expérimental certaines communes seulement. Voilà entre autres, l’une des informations tirées du résumé de la circulaire ministérielle n° 2064/MEN/SG datée du 24/03/2005 adressée aux établissements scolaires de tous les paliers pour information et exécution le 28 mai 2005. Le condensé de cette circulaire-cadre organisant la rentrée scolaire 2005/2006 comporte six nouveautés d’ordre pédagogique et organisationnel relatives à l’approfondissement et à la poursuite de la reforme scolaire entreprise depuis deux années scolaires. Il s’agit de l’ouverture officielle de la troisième année primaire, avec l’inclusion de la langue française comme matière nouvelle, de l’ouverture de la troisième année moyenne dans les collèges en substitution progressive au désormais ancien enseignement fondamental, de l’avènement de deux troncs communs au lieu de trois dans la première année secondaire, de l’autorisation d’exercice pour les écoles privées sous contrôle du ministère de l’Education nationale, du relèvement du volume horaire de la langue française dans toutes les classes touchées par la réforme à 5 heures hebdomadaires et enfin de l’introduction de tamazight en quatrième année moyenne à titre expérimental et dans certaines communes seulement. Trente et une orientations et recommandations accompagnent le résumé de la circulaire ministérielle. Elles constituent autant de rappels et de précisions concernant l’organisation pédagogique et la vie scolaire en général avec ses diverses facettes et ses problèmes récurrents de communication et de partenariat avec les institutions de l’Etat. Parmi les six nouveautés apportées par cette circulaire, l’enseignement de tamazight pose un problème de fond et de méthode. L’approche choisie par la direction de l’éducation de Bgayet consacre le caractère facultatif de cet enseignement en offrant aux parents d’élèves la possibilité de refuser cette langue à leur progéniture. « C’est une terrible régression si cela devait arriver. Cela remet en cause les acquis d’au moins 25 ans de combat qui ont abouti à la constitutionnalisation de tamazight comme langue nationale. Je n’ose pas croire qu’au cœur de la Kabylie, tamazight soit une matière facuttative ! » Dira un enseignant qui a passé sa jeunesse à batire le pavé, à militer pour que sa langue maternelle entre enfin à l’école. Sur le plan pratique, les directeurs des écoles primaires concernées par cette opération pilote ont adressé un questionnaire aux parents d’élèves pour connaître le nombre d’élèves à inscrire en option dans les classes de quatrième année. La direction de l’éducation de Béjaia aurait donc mal compris l’esprit de la circulaire ministérielle qui selon un inspecteur de tamazight « viserait la sensibilisation des parents à l’importance de cet enseignement et non leur invitation à un choix par ailleurs douloureux au vu des conditions pratiques qui entourent cet enseignement ». Évaluer l’expérience d’une décennie d’enseignement de tamazight dans la wilaya devient une urgence avant de s’aventurer dans une tentative qui s’avérerait suicidaire. Un état des lieux fait par les porteurs de cette langue est donc inévitable. De nombreuses questions demeurent en suspens. La volonté politique affichée par les pouvoirs publics ne se concrétise pas sur le terrain bien au contraire ! De nombreux signes révèlent la mauvaise volonté des exécutants. Le prix du livre de tamazight, à titre d’exemple, est le plus cher de tous les manuels scolaires, cela n’encourage pas, à l’évidence, la généralisation de cette langue ! Le même inspecteur ajoute : « Ni les enseignants de tamazight, ni les inspecteurs n’ont été associés à cette démarche qui relève de la logique administrative étroite. Le sort de tamazight est aujourd’hui entre les mains de ceux qui ne croient pas en cette langue » !
R. O.