Après les routes coupées, les sit-in et autres rassemblements de protestation, la ville des Genêts vit ces derniers mois au rythme de nouvelles formes de protestation qui font l’événement. Il s’agit, en effet, des tentatives de suicide qui devient, à Tizi-Ouzou, une forme d’expression, une manière revendicative, qui s’impose, plus que jamais, dans le jargon de la protestation.
Cette situation renseigne quant au laisser-aller et à la non-prise en charge des doléances des citoyens.
Ces derniers, désabusés par une telle attitude méprisante, laissent éclater leur colère, jadis en bloquant la route ou en organisant une marche, en recourant aux menaces de se jeter du haut d’immeubles et dans la majorité des cas du haut des sièges d’institutions publiques.
Avant-hier à Tizi-Ouzou, ce sont d’abord les agents de sécurité, recrutés pour « sécuriser » le siège de la wilaya, qui ont menacé d’un suicide collectif pour dénoncer une « arnaque d’Etat » dont ils se disent victimes.
Leurs dossiers seraient entre les mains du premie responsable.
Dans le même temps, un jeune âgé de 30 ans a menacé de se jeter du 3e étage d’un immeuble de la cité Bakrar au centre-ville de Tizi-Ouzou pour dénoncer le mandat d’arrêt décidé à son encontre après la plainte du P/APC l’accusant de « destruction de documents officiels ». Le jeune en question n’a consenti de revenir sur sa décision qu’après l’intervention du procureur de la République qui lui a donné des garanties pour étudier son dossier.
Ces deux faits, ajoutés à la grève de faim entamée par une dame qui revendique la « restitution de son terrain », sont révélateurs de l’état d’esprit d’une population qui a du mal à se faire entendre.
Le suicide est-il devenu à ce point un moyen d’attirer l’attention des responsables ? Les citoyens sont-ils, dans ce sens, contraints à menacer de mettre fin à leur vie pour faire valoir leur souhait d’une vie meilleure ?
Quelle que soient les réponses, les chiffres sont là pour illustrer une réalité amère, celle d’une frange de la société qui à défaut d’un vécu satisfaisant, choisissent la mort pour se délivrer de tous les soucis.
Les chiffres des 5 derniers mois, communiqués par la Protection civile, sont là pour dire que le suicide, ou la pendaison pour réprendre le jargon de la Protection civile, s’impose, malheureusement comme un moyen d’expression sociale. En cinq mois, les pompiers ont eu à intervenir 19 fois pour tentative de suicide (pendaison). Sur les 19 personnes, 16 ont trouvé la mort dont 11 hommes. Ces victimes se repartissent sur 15 communes, ce qui révéle que le phénomène n’est plus la particularité d’une région donnée. Durant ce mois de mai, trois pendaisons sont signalées à Redjouna, Mekla et Boudjima. Des chiffres qui interpellent les autorités compétentes pour intervenir afin d’arrêter la saignée et de redonner espoir à une jeunesse en proie à une crise sociale multidimensionnelle.
Cela passera necessairement et en premier lieu, par l’écoute et l’attention que doivent réserver les responsables aux doléances citoyennes, le reste viendra.
A. Z