Appartenant à l’OPGI, des logements situés dans la cité des 140 Logements, furent reversés aux étudiants garçons en 2002. A l’intérieur, une petite cours est entourée de blocs où résident plus de 1000 étudiants. «Bienvenus dans notre ghetto!», nous dira d’emblée, Sofiane, résidant dans cette cité.
Il est 18 h 20, une longue file d’attente se dresse, pas devant le «resto», nous dit-on, mais devant les douches. Ces dernières s’ouvrent de 18 h à 22 h, les résidants sont tenus de payer 10 DA pour «l’eau». Ces dizaine d’étudiants doivent attendre très longtemps car il n’y a que 4 cabines qui sont, en outre, en situation de dégradation très avancée.
Un peu plus tard, une autre file, plus longue, se dresse cette fois-ci devant le «resto». C’est au rez-de-chaussée d’un bloc qu’il fut aménagé. Au dessus, des conduites d’assainissement apparaissent d’où, émanent des odeurs nauséabondes s’ajoutant à l’hygiène mal entretenue.
Pis encore, les résidants de cette cité «n’ont le droit qu’à une seule ration par repas». Ils n’ont pas le «droit de refaire la chaîne. Pour ce faire, l’administration de ladite cité a, ingénieusement, doté ses résidants de cartes magnétiques lesquelles doivent passer obligatoirement dans un appareil.
Si un résidant «ose rechaîner», cet appareil rejettera automatiquement «sa demande» par un bip sonore. «On est tenus de respecter un régime alimentaire», ironise Sofiane. Son camarade, Halim, nous dira : «toute cette procédure pour entrer dans un endroit qui ne sied même pas aux bêtes. A vrai dire, j’ai mangé comme une mauviette». Dehors, ces étudiants, en l’absence d’une salle TV, ont appris «à passer» leur temps avec très peu de moyens. Dans la salle Internet, il n’y a que six ordinateurs pour tout le monde qui sont connectés et«parfois, au bout d’une heure on arrive même pas à consulter un émail», dira Samir.
Quant à la bibliothèque, outre son exiguïté et le manque d’ouvrages, elle est, dit-on, gérée par «un employé qui n’aurait rien à voir avec le livre». Ainsi, on nous apprend que les ouvrages ont été classifiés par chiffres afin de mieux permettre à cet employé de «mener sa tâche».
En effet, les résidants n’ont qu’à demander le numéro qui correspond au livre choisi. Si un résident veut se renseigner sur un livre autrement que par «les chiffres», il n’aura jamais de réponse ! La majorité des chambres qui sont dégradées n’ont jamais fait objet de réfection. Ici, comme c’est le cas dans nos villages, les résidants s’approvisionnent en eau par eux-mêmes. En effet, notamment, ceux qui occupent les 5ème étages, ils descendent et remontent chaque jour pour s’approvisionner. Une véritable souffrance. «Nous sommes des sinistrés», nous dira Tarek. Quant à la permanence médicale, les résidants ne doivent pas tomber malades après 23 h, car c’est à cette heure justement qu’elle ferme. Alors qu’un comité de la cité, et le seul qui puisse revendiquer autant de lacunes, mais il n’existe pas. En plus, ces dix organisations qui «activent» au sein de cette cité, ne «travaillent que pour leurs intérêts personnels». Pire encore, ces organisations «satellites» sèment la zizanie parmi les étudiants, tels que le racisme, le régionalisme et autres pratiques indignes. En effet, loin de toutes les normes, cette cité est «dotée de deux bombes à retardement». Au rez-de-chaussée du bloc B, on retrouve des citernes réservés au gaz ! Aussi, au même endroit au bloc E, il a été placé une citerne d’essence ! D’ailleurs, on nous racontera qu’à la fin de janvier de l’année passée, cette citerne d’essence a failli «causer l’irréparable». Pour résultats, deux chambres avaient pris feu, un résidant s’était évanoui et un autre, en essayant de sauver sa peau, s’était fracturé la jambe. «Vous ne voyez pas que nous sommes condamnés au feu !», s’exclama Tarek. «Cette résidence n’est pas du tout une cité universitaire», rajoute son camarade Fateh. A l’issue de cet incident, l’administration de la cité avait promis aux résidants de «trouver une solution», mais depuis, parait-il, la promesse n’a pas été tenue, et rien n’a été fait. Par conséquent, ces étudiants courent tous les dangers. Il est 8 h30, le foyer de la cité, lui aussi situé au rez-de-chaussée, n’est pas encore ouvert, le transport tardera car on a diminué le nombre des 4 bus pour n’en garder que 2.
La cité filles… La cruelle précarité
On a tendance à ne pas soulever la crise des CU filles, comme si c’est tabou ! Et c’est une enceinte infranchissable car impossible d’y entrer. A l’extérieur de la cité 2000 lits pour filles, les résidantes étaient nombreuses à vouloir s’exprimer volontiers. «Dans notre cité, le resto est un lieu de malnutrition, en plus de l’insupportable odeur, qui occasionne beaucoup d’allergies…», nous dira Amel, résidante depuis deux ans dans cette cité. Alors que cette structure a été construite pour accueillir 2000 filles, elle héberge actuellement plus de 2400 ! En conséquence, un entassement et une promiscuité insupportable. «Le pire c’est d’être parqué à 5 voire à 6 filles dans une seule chambre. C’est à peine 0,80 m/fille. Nos chambres ne répondent même pas aux normes des prisons ! C’est dur d’y vivre», nous a déclaré Saïda, une autre résidente. Presque deux heures d’attente dans la file pour arriver à un plat «mal équilibré», perturbation de l’alimentation en eau, coupures systématiques de l’électricité, manque de transport tels sont les manques criants de cette cité. «Rien ne favorise les soirées studieuses», dira une autre résidante. Pis encore, «notre présence est, semble t-il, indésirable. Sinon, pourquoi tous ces grincements de dents, il y a même ceux qui nous profèrent des insultes et autres vulgarités et injures indécentes. On nous manque de respect…», déplore une autre.
Lorsqu’elle décrit cette situation «cauchemardesque», la colère fait trembler sa voix, et ses mains, elle n’en finit pas d’égrener les problèmes avant que Souhila, sa copine n’intervienne. «Le mépris et le harcèlement sous toutes ses formes sont le lot subi constamment par les étudiantes et en particulier nous autres les résidantes. Notre cité fait parfois objet d’intrusion», dira alors Souhila.
«On essaye de nous culpabiliser, comme si c’est nous qui attironts ces agressions. Comme si nous les méritions… vu que nous sommes des femmes !», dira Saïda. Une situation misérable dont nombreuses sont celles qui «préfèrent» se taire de crainte que leurs parents ne les obligent à arrêter leurs études !
L. M.
