Depuis le mois de février dernier, les locaux de l’école primaire Aberkane d’Ighzer Amokrane accueille des «élèves» pas tout à fait comme les autres. En l’occurrence, il s’agit des apprenants adultes— des femmes exclusivement— qui viennent s’initier aux cours d’alphabétisation.
«Les séances ont lieu tous les après-midi à raison de deux heures et demie par jour, soit un volume horaire hebdomadaire d’à peu près 18 heures», nous dira Mr Anki le directeur de l’établissement. «Nous sommes constamment ici, à leur disposition et à l’écoute de leurs besoins», enchaîne-t-il.
Les cours qui portent sur l’initiation aux langue française et arabe sont encadrés par des universitaires. Les apprenants sont répartis en deux groupes d’une trentaine d’éléments chacun. «Mon désir c’est d’apprendre le français pour pouvoir m’en servir dans la vie de tous les jours, quant à l’arabe, je la maîtrise suffisamment, c’est pour cela que je juge inutile d’assister aux cours», souligne Karima 26 ans, qui nous dit avoir déserté prématurément les bancs de l’école. «Je regrette amèrement de ne pas être allée jusqu’au bout de ma scolarité, comme l’ont fait bien des jeunes filles de ma génération qui sont à présent bardées de diplôme», lâche-t-elle sur une pointe d’amertume. Dans la salle de classe que nous avons visitée en présence du directeur, nous avons retrouvé un groupe de femmes d’âges très différents. «Par les temps qui courent, il est devenu indispensable de savoir lire et écrire, comme par exemple remplir un imprimé ou composer un numéro de téléphone. Comme ça au moins nous avons un atout qui nous prémunit contre l’escroquerie», affirme l’une d’elle, du haut de ses 65 ans. La doyenne du groupe est cependant beaucoup plus âgée. Elle a … 75 ans et s’appelle Keltouma : «Le colonisateur nous a spolié de tous nos droits y compris celui d’aller à l’école. Maintenant que l’opportunité se présente, il n’y a pas de raison de ne pas la saisir même si je sais que ma vie est derrière moi», nous dit-elle à propos de cette démarche entreprise à l’autonome de sa vie. Une démarche qui se veut à la fois une revanche contre le sort et le mépris des hommes.
N. Maouche
