Après avoir milité au FFS dès les années 1980, Tarik Mira, fils d’un héros de la guerre de Libération, passe au RCD en 1997 pour s’occuper essentiellement du volet diplomatique. Fin analyste, sa lettre de démission apporte un éclairage supplémentaire sur le fonctionnent interne de ce parti mais aussi sur la conjoncture politique nationale. La voici dans son intégralité. « Le 23 mars 2009, après douze ans au poste de secrétaire national aux relations internationales, j’ai démissionné de ma propre initiative de l’instance exécutive.
Quatre jours plus tard, le 27, une lettre signée du secrétaire national à l’organique me suspend de mes activités du parti en attendant mon passage devant la commission de discipline. Sans analyser la procédure « juridique » et la nature de cette fameuse commission, relevons d’abord que cette « sanction » survient juste après ma démission. Auparavant, malgré les charges qui vont être retenues contre moi, il n’y eut rien de tel. Le réflexe consacré est toujours de se faire renvoyer.
Le premier but de cette sanction est de permettre au président du parti d’instruire à charge l’affaire sans ma présence aux réunions des 31 mai et 4 juin, respectivement du groupe parlementaire (GP) et du conseil national. Ce qui fut fait au mépris des statuts et règlement intérieur.
Le deuxième objectif était de légitimer l’actuelle et la future sanctions par le conditionnement de l’opinion militante. Comme dans la tradition des procès politiques, l’atmosphère précédant la sanction finale doit être lourde et orientée. Et, dans ce cas, un acteur de haute voltige campant le rôle de procureur, en l’occurrence le président du parti, doit amener l’opinion à croire en ses interprétations. Le président du parti fait référence à trois mails écrits par mes soins pour établir « ma trahison du parti ». Je ne m’appesantirais pas sur cette infamie. Je reviendrais une autre fois plus longuement là dessus. Ce qui saute aux yeux d’emblée est la gravité de l’acte de l’obtention de ces mails. Le secret de la correspondance, droit garanti par le Constitution et des pactes internationaux relatifs aux droits de l’homme, est violé délibérément. Un véritable scandale passé par pertes et profits qui indique de façon flagrante la nature du fonctionnement interne de type policier. Pour un parti qui réclame la construction de l’Etat de droit, c’est un avant-goût de ce que fera demain son président s’il accédait aux affaires, selon la formule consacrée.
Une fois de plus se vérifie l’adage de tout pouvoir totalitaire, de surcroît personnalisé : la fin justifie tous les moyens !
Il y a pire encore, le président du RCD susurre ici et là que j’aurais commis plus grave fait que la première « accusation », soit « l’intelligence avec l’étranger ». Retourner les arguments dont le parti fut affublé par ses adversaires contre ses propres militants est proprement indigne. Mais rien ne me surprend : plus le mensonge est gros, mieux ça passe. Il y a là ni plus ni moins une tentative d’assassinat symbolique, qui plus est envers le fils d’un héros de la lutte de libération nationale. En la matière, il y a beaucoup à dire. Je défie quiconque de mettre sur la place publique ne serait-ce qu’un début de preuve là-dessus, et ce malgré les effractions repétées et intéressées de ma boîte émail. La tradition est maintenant bien huilée. A chaque départ et cycle de purges, le président doit se présenter comme la victime, garant de la protection du parti. Bien sûr, le président et son parti ne font qu’un. Mais peut-il avoir tout le temps raison et contre tout le monde ? En réalité, ce centralisme amène automatiquement à ce genre de dérives. L’essentiel est que le chef soit sauf. La centralisation de la décision crée une imbrication étroite entre le fonctionnement antidémocratique, la gestion opaque et une politique critique. La combinaison de cette logique d’appareil partisan avec les obstacles dressés par le pouvoir fait fuir nombre de citoyens de la chose publique. Cette dernière apparaît comme un moyen rapide et indu d’enrichissement de la classe politique, y compris l’opposition. Lors de la dernière campagne législative, ce soupçon lancinant revenait comme un leitmotiv. Les citoyens nous demandaient de justifier nos patrimoines, y compris celui du président du parti, et les sources de leur constitution. La brèche ouverte par les événements d’octobre 88 tire à sa fin. Le pouvoir a rétabli la situation à son seul profit. Force est constater que l’opposition démocratique n’a pas su ou pu être à la hauteur des enjeux par ses fractures – dont la question du leadership masque des divisions politiques factices –, son fonctionnement et son rapport au pouvoir. Coller de près aux luttes internes des appareils du pouvoir pour asseoir sa stratégie de combat a été contreproductif. C’est la fin d’une époque. Une nouvelle démarche plus ouverte sur la société devra intégrer d’autres acteurs pour porter les couleurs de l’espérance démocratique en tirant les enseignements de nos expériences passées. L’impasse actuelle ne peut durer plus longtemps. Il appartiendra aux démocrates en relation avec toutes les forces porteuses du changement, notamment les jeunes, les femmes et les salariés, de mettre en place les instruments et les formes de lutte (toujours pacifique) afin d’aller vers cet idéal démocratique. Cette notion est jeune et toujours à renouveler. Un pacte pour les libertés qui définira les principes et fondements de la démocratie pourrait être un premier pas. «
Tarik Mira député de Béjaïa