Des projections euphoriques pour une wilaya en panne

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La liste des insuffisances est interminable et les citoyens font le pied de grue en ruminant l’espoir de lendemains qui chantent. Même l’administration reconnaît cet état de fait et souligne les retards qu’accuse la wilaya en matière de développement. Sans recourir aux subterfuges discursifs et à l’alignement des chiffres, l’administration endosse en partie l’échec de sa politique de développement. Pourquoi ? «Cela est dû simplement à l’absence de maturation», prétexte-t-on. D’autres prétextes qu’on ne cesse de ressasser comme la rareté des assiettes foncières pour l’implantation de nouveaux projets sont également mis sur le tapis pour justifier les retards accusés dans la réalisation de quelques projets et convaincre les élus et par là les citoyens de la teneur d’un bilan qualifié par des élus lors de la dernière session de l’APW de «mitigé». Partant de ce constat peu reluisant, un nouveau mode opératoire a été esquissé conjointement par l’administration et l’assemblée populaire de wilaya. En clair, il s’agit de la fameuse commission mixte administration/ APW mise en place au lendemain de l’intronisation du nouveau responsable de l’exécutif de wilaya. Les deux parties travaillent désormais en étroite collaboration. Cette nouvelle politique de gestion des affaires publiques vise essentiellement à créer une synergie pour prendre en charge, après un diagnostic, dit-on, exhaustif, tous les projets en souffrance au niveau de la wilaya et réduire les déficits à même de mettre en branle la machine du développement avec notamment la réalisation de nouveaux projets. L’administration compte même organiser des journées d’étude pour, précise-t-on, «susciter l’intéressement de potentiels d’investisseurs.» Dans cette optique, la commission mixte administration- assemblée populaire de wilaya a proposé 3050 opérations à réaliser durant la période 2010/2014 pour un montant global de 265 milliards de dinars. Ces opérations inscrites soit au chapitre des programmes centralisés pour un montant de 80,5 MDS DA ou programmes décentralisés (PSD/PCD) pour un montant global de 161,7 MDS DA, toucheront plusieurs secteurs, dont le secteur de l’énergie avec 15 opérations, l’agriculture et l’hydraulique 94, les services 57, infrastructures de base 89, infrastructures administratives 34, éducation, formation professionnelle et enseignement supérieur 91, habitat et urbanisme 11 et infrastructures socioculturelles 107. Un programme de développement qui s’assigne comme objectifs : la mise à niveau des infrastructures existantes et leur modernisation, la réalisation de nouveau projets, l’amélioration des conditions de vie des populations, la réduction des inégalités territoriales, des aménagements tous azimuts…entres autres.

Du gaz pour 52 000 foyers

Au chapitre des programmes centralisés figure le secteur de l’énergie qui constitue de fait une priorité pour les pouvoirs publics. Classée en bas du tableau, la wilaya de Béjaïa enregistre l’un des taux les plus faibles en termes de raccordement au réseau de gaz. Devant cette situation, la wilaya compte mettre le paquet pour relever significativement ce taux durant les quatre prochaines années. Opportunément donc, il est question à ce propos de rattraper le retard qu’accuse la wilaya et ce avec la mise en œuvre d’un programme permettant d’ici à 2014 de porter le taux de raccordement à plus de 60%. Un programme considéré comme une priorité devant permettre le raccordement de 52 000 nouveaux foyers. Présentement, selon l’administration, le taux de raccordement ne dépasse pas 25% et atteindra 32% d’ici à la fin de l’année en cours. Plus insignifiant encore, selon l’APW, qui le situe autour de 17%. Outre les communes situées sur le couloir de la Soummam et sur les communes côtières, les localités d’Ihebachène et Khellil seront raccordées au réseau alimentant la wilaya de Sétif. En outre, laisse-t-on entendre, une étude est prévue par le ministère de l’Energie et des Mines pour alimenter les zones montagneuses en gaz. Pour en finir avec les coupures récurrentes du courant électrique, il est prévu pendant le prochain plan quinquennal la réalisation d’une nouvelle centrale électrique d’une capacité de 1200 MW dans la wilaya de Béjaïa. Elle serait probablement implantée dans la commune de Beni K’sila qui répond, argue-t-on, aux «critères» recherchés par la Sonelgaz.

30 500 logements

Dans le domaine de l’habitat, il est prévu durant le prochain plan quinquennal 2010/2014 la construction de pas moins de 30 500 logements, tous types confondus dont, 7500 logements sociaux, 6000 LSP, 2000 logements destinés pour la résorption de l’habitat précaire et 15 000 aides pour le logement rural. Toujours au même chapitre, à savoir programmes centralisés, il sera procédé incessamment au lancement des travaux portant réalisation d’une pénétrante autoroutière. D’ailleurs, un décret portant déclaration publique du projet vient d’être publié au journal officiel. Un cadre juridique, indique un communiqué de la wilaya, qui permettra aux pouvoirs publics d’intervenir pour procéder aux expropriations, indemnisations et déplacement des réseaux. Dans le même souci, ajoute le même communiqué, la commission de suivi chargée de tisser des contacts avec les propriétaires des biens s’est réunie mercredi dernier au siège de la wilaya. Un autre projet qui revêt lui aussi une importance stratégique, à savoir un centre hospitalo-universitaire, sera fonctionnel dès la prochaine rentrée sociale. Il s’agit de hisser l’hôpital de Béjaïa au rang d’un CHU. Deux autres projets d’une enveloppe de 9 MDS DA porteront sur la réhabilitation du réseau d’assainissement de la ville de Béjaïa et sa protection des inondations, une étude et réalisation d’un port de pêche et de plaisance sur le littoral est, extension et mise à niveau du port, protection maritime du dédoublement de la RN 9, extension de la piste de l’aéroport et construction d’une aérogare moderne pour les arrivées, réalisation de 18000 places pédagogiques et 7000 lits au profit de l’université, ainsi que deux centres de l’artisanat et une pépinière d’entreprises… S’agissant des programmes décentralisés, il est projeté la réalisation de 2978 opérations nécessitant la mobilisation d’une enveloppe budgétaire de l’ordre de 161,7 MDS DA. Dans ce sillage, il est notamment question de désenclaver les terres agricoles, la protection et la conservation de la faune et de la flore, la lutte contre l’érosion, la revalorisation des ressources forestières, le reboisement pour l’extension du couvert végétal. Ces actions au nombre de quatorze profitent, faut-il le souligner, au secteur de l’agriculture qui est présentement laissé en jachère. Pour les besoins du secteur de l’hydraulique, une enveloppe conséquente de l’ordre de 22,2 MDS DA est mobilisée pour la réalisation de 42 projets jugés importants à même de combler les déficits en AEP dans quelques communes notamment celles qui se situent sur la cote ouest. Ainsi, le taux de raccordement en AEP dans les communes éprouvées par la rareté de ce précieux liquide sera relevé durant les prochaines années. D’autres actions allant dans le sens de la préservation des oueds et autres seront également réalisées. Dans ce souci, il sera procédé à la pose de collecteurs et la réalisation de stations d’épuration, l’éradication des fosses septiques, l’aménagement de quelques oueds et la rénovation de nombreuses chaînes de refoulement. Sur le plan environnemental, une enveloppe de 2,1 MDS DA a été dégagée pour la réalisation, entre autres de 18 décharges contrôlées regroupant une quarantaine de communes, une station de transfert des déchets, la construction d’une maison de l’environnement… Ces opérations, indique la direction de l’environnement, sont censées «éliminer toutes les décharges sauvages éparpillées à travers la wilaya.» Concernant les infrastructures routières, outre la pénétrante autoroutière, il est attendu la réalisation de 67 opérations pour un montant de 69,26 MDS DA. A ce sujet, la direction des travaux publics compte réhabiliter 1200 km et la remise en état du réseau se trouvant en piteux état dont quarante points noirs ont été d’ores et déjà recensés. Aussi, une trémie, au carrefour à Amriou et un échangeur au lieudit quatre chemins seront réalisés à Béjaïa. D’autres projets sont en cours de réalisation à l’image du tunnel Cap Aokas. A court terme, les travaux portant évitement de la ville de Kherrata vont être entamés, ainsi que le dédoublement de la RN 26. Pour les besoins du secteur de l’éducation une enveloppe de 5,6 MDS DA a été mobilisée pour la concrétisation de 67 projets.

Ces projets visent à améliorer les conditions de scolarisation. Dans cette optique, le premier palier du secteur bénéficiera, dans les prochaines années, de 276 classes et 37 cantines. Pour le moyen et le secondaire, il est prévu la construction de 8 CEM totalisant 159 classes et 40 demi-pensions, 6 lycées et 23 salles de sport. Le secteur de la formation professionnelle sera lui aussi enrichi avec les projets qui vont être réalisés dans les quatre années à venir. Il est prévu, dans ce sens, la construction d’un INSFP à Akbou, un CFPA à Taskriout, deux internats, l’une à Akbou et l’autre à Aokas, deux demi-pensions aux CFPA de Timezrit et Draâ El-Gaïd, ainsi que l’acquisition de divers équipements.

Réalisation de 10 polycliniques

L’autre secteur dont les ratages et autres scandales sont légion est celui de la santé. Pour redorer le blason de ce secteur, 7 MDS DA ont été mobilisés pour la réalisation de 42 projets, dont 10 polycliniques, un centre de transfusion sanguine, l’extension de l’hôpital d’Akbou, l’engagement de travaux de réparation dans les structures de santé et l’acquisition de divers moyens notamment roulants.

Pour les besoin d’une prise en charge efficiente des attentes des jeunes en matière d’infrastructures sportives et de loisirs, durant le plan quinquennal 2010/2014, une étude pour la réalisation d’un complexe omnisports a été retenue. Aussi, il est prévu la construction de 5 salles OMS, 6 complexes sportifs de proximité, une piste d’athlétisme à Akbou, 5 piscines semi-olympiques, 8 maisons de jeunes et 3 auberges. Le coût global de toutes ces opérations s’élève à 6,96 MDS DA. Il est à souligner au demeurant que durant le quinquennat 2010/2014, plusieurs autres actions touchant d’autres secteurs, dont la culture, l’urbanisme, l’action sociale, le tourisme et l’artisanat et autres seront réalisées. En conséquence, des milliers de postes d’emploi seront créés et cette nouvelle dynamique permettra à coup sûr à la wilaya de Béjaïa de rattraper un tant soit peu les retards accusés par le passé. D’ailleurs l’objectif principal assigné à ce programme de développement est de faire sortir la wilaya du sous-développement.

Dalil Saiche

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