Ceinture de chasteté ?

Partager

Devant des statistiques assommantes relatives aux taux de réussite chaque année débitées sur le mode de l’ ‘’auto- congratulation”, mais relatives aussi aux réalisations des infrastructures et équipements scolaires (collèges, cantines, manuels didactiques,…), le moins vigilant des citoyens se posera la question de savoir où va l’école algérienne, quelles sont les bases de la formation des cadres et des citoyens responsables de demain, et comment l’école doit-elle s’insérer dans les exigences et les besoins de la nouvelle société qui aspire à plus de liberté, de prospérité et d’ouverture démocratique. Si l’argent du pétrole permet à nos gouvernants d’élaborer des projets gigantesques misant sur le quantitatif, qui pourra garantir la qualité et l’efficacité de l’enseignement dispensé par nos établissements ?

Une première erreur qu’il y a lieu d’éviter est sans aucun doute de fonder la critériologie de la réussite de l’école sur le taux de réussite aux examens de 6e (devenue 5e), du brevet d’enseignement moyen ou du baccalauréat. Dans une ambiance de médiocrité et de dilution des valeurs pédagogiques et morales, l’examen du bac ne constitue nullement une référence, d’autant que le déroulement de cette épreuve est souvent émaillée d’“incidents’’ divers souvent liés à la fraude. En juin 2006, une aporie de raisonnement dans la matière mathématiques a été détectée en retard dans l’énoncé de l’examen et l’information a vite fait le tour du pays et a même dépassé les frontières d’Algérie.

D’autres confusions ont été détectées dans les épreuves du bac de la session de juin de cette année. Nul besoin de s’appesantir sur les dérives – comme celle vécue sous le règne du ministre Benmohamed – afférentes aux fuites des sujets et autres manœuvres frauduleuses qui décrédibilisent, aux yeux du monde, un examen autrefois noble et socialement valorisé.

Comme si tant de discrédit touchant le cœur-même du capital pédagogique n’était pas suffisant, l’on n’a pris, au cours de l’année scolaire 2007/2008, aucune précaution particulière pour annoncer fièrement aux élèves de 6e année qu’ils accèderaient tous au CEM avec ou sans l’examen de 6e.

Y a-t-il meilleure façon de démobiliser les élèves dont les attaches à l’école commencent déjà à être ébranlées par moult aléas sociaux et pédagogiques?

La société, les organisations des parents d’élèves et des partis politiques ont réclamé des réformes dans le secteur de l’éducation depuis longtemps.

Le constat étant établi, reste la volonté politique de moderniser l’école algérienne pour le mettre au diapason des enjeux sociaux, scientifiques, techniques et économiques que notre pays affronte à l’aube du XIXe siècle.

Les chiffres des réalisations d’infrastructures scolaires et celui des enfants scolarisés – aussi mirifiques soient-ils – ne doivent pas cacher, comme par un système de ceinture de chasteté, la situation de l’école algérienne qui réclame plus que des réformes, une refondation.

Amar Naït Messaoud

Partager