« Malgré tout, bladi nebghik »

« Quarante-sept ans, c’est encore trop jeune », rabâche-t-on etjustifie-t-on sur fond de langue de bois toutes les fois que l’Algérien fait valoir son désir de démocratie. Et on tourne le dos à la généreuse aspiration populaire !

Ben Bella, le premier à prendre le relais, avait déjà annoncé la couleur baâthiste et zaïmiste (une tare qui, plus loin, fera école et des émules parmi même les politiques de l’opposition). Le premier président de la République conjuguera le pouvoir à la première personne du singulier. Démocratie, république, libertés sont autant de concepts qui, dans la bouche de Ben Bella, n’avaient que le sens de : « Nehnou ârab! (nous sommes arabes) ». Et toc pour le fragment le plus important de notre identité millénaire !

Arrivé au pouvoir par effraction, le colonel Boumediène ramènera dans ses valises les cinq révolutions socialistes et socialisantes. Les Castro et Mao feront fi des résolutions du congrès de la Soummam. Le pouvoir de Boumediène tiendra jusqu’à 1979. En cours de route, il imposera les cinq « thaouabets (constantes) » et « dhil el islam (à l’ombre de l’islam) ». Tamazight ? Fallait pas rêver ! Le troisième chef de l’Etat, Chadli Bendjdid en l’occurrence, fera prendre de l’épaisseur au « dhil el islam » et, en amont, ouvrira grandes les portes à l’économie du bazar. Le génie de Chadli est tel que des barques motorisées seront vendues à… Tamanrasset. Ce même génie convaincra le célèbre Peter Ustinov de voir en l’Algérie « le Japon de l’Afrique ». Cette ambiance qui se voulait BCBG sera rappelée à l’ordre par la Kabylie. Le Printemps berbère exigeait la démocratie, les libertés et « tamazight di lakul ». Toujours allergique aux aspirations populaires, le pouvoir décide de mater « Tafsut ».

Pendant ce temps, la révolution de Khomeïni éclaboussait le pays. Arrive octobre 1988, le « chahut de gamins » fera tout de même sortir la grande muette des casernes. Le pouvoir est dépassé. Sur fond d’une larme écrasée, Chadli légalisera le multipartisme. L’espoir est né. Pas pour longtemps. Un monstre intégriste est partie prenante de la démocratie naissante. Il occupera tous les espaces. Il n’est pas loin d’accéder au pouvoir absolu. « Djazaïr houra dimuqratya », crie dans la rue le peuple berné. Le FIS est stoppé net dans son élan négateur. Chadli « est démis ». L’armée prend les choses en main. On appellera Boudiaf au secours de l’Algérie. Boudy répondra à l’appel de la patrie. Un grand espoir est né. L’authentique (au diable, les urnes!) Mais le président du Haut comité de l’Etat est assassiné. L’espoir est de nouveau anéanti. Arrive au pouvoir le duo Zeroual-Ouyahia.

Mal inspiré et au lieu de s’accrocher à l’idéal de Boudiaf, le nouveau pouvoir fera dans la démago en imposant la généralisation de la langue arabe. Après une année de boycott, tamazight, elle, s’invitera contre vents et marées à l’école.

Pendant ce temps et malgré la « rahma » proposée par Zeroual, le terrorisme s’accroche à l’idée d’une république islamique. Succédant à Zeroual, Bouteflika s’efforcera de réhabiliter l’image de l’Algérie. Il ira plus loin que la « rahma » en proposant aux brebis égarées la « réconciliation nationale ». Tous l’applaudiront, y compris les « oppositionnistes » d’aujourd’hui. Le premier mandat de Bouteflika sera entaché par la mort d’hommes en Kabylie.

Le Printemps noir opposera l’idée de citoyenneté à un pouvoir toujours sourd.

Il réussira cependant à imposer « tamazight langue nationale ». Un acquis non négligeable s’inscrivant dans les aspirations démocratiques d’une Kabylie toujours rebelle. En entamant son troisième mandat, Bouteflika suggérera son mea culpa et affichera sa volonté de se réconcilier avec la Kabylie. « On m’avait trompé », disait-il. « Ar rbeh, a tafat », répondrait un Ouaguenouni pur et dur. Aujourd’hui, et même si le terrorisme bat de l’aile et que l’argent du pétrole coule à flot, la population attend autre chose que du béton.

Elle attend cette démocratie sans aucun qualificatif et, qui plus est, à portée du…. pouvoir.

En attendant, « malgré tout bladi nebghik », comme dit l’artiste.

T. Ould Amar