Contrairement aux années précédentes, années fastes où l’afflux des émigrés, des touristes étrangers aussi fut mirifique, l’été, édition 2009, s’annonce d’ores et déjà un échec commercial s’entend. Tout le monde se frottait les mains avant l’apparition de la fameuse, grippe porcine : commerçants, trabendistes, gérants de bars et autres structures analogues… C’est aussi l’été de tous les dangers… incendies, chaleurs, humidité, pollution, épidémies… Submergée de toutes parts, la ville de l’ex-Fort National n’en peut plus. Une cité victime de trop de laisser-aller, de gabegie, elle se déprave chaque jour davantage, perdant son lustre légendaire. Il y a quelques années seulement, région authentiquement touristique, avec ses sites panoramiques, ses montagnes, elle affiche aujourd’hui un misérabilisme accru, irrémédiable.
Attablé à la terrasse d’un café squattant le trottoir, Belaid la soixantaine entamées, visible à ses cheveux tous blancs, émigré en vacances, nous rassure qu’il n’est pas atteint du virus A/H1N1, avant de causer avec nous. Avec sa bedaine imposante, il égrène avec ironie des souvenirs où cristallisait beaucoup de détresse et des illusions : « Le vrai tourisme, dira-t-il, n’est pas le fourmillement humain qui va dans tous les sens. Le tourisme est une culture de savoir-vivre et de savoir-être ». Et de s’interroger : « Où est la Kabylie d’antan ? Où sont les lieux de convivialité et d’échanges ? Larbaâ Nath Irathen, lieu de culture, qui a vu défiler tant de célébrités, a gagné certes en grandeur, mais a perdu en chaleur humaine ». C’est vrai que d’autres structures immobilières ont vu le jour… mais la quantité n’est jamais synonyme de qualité. Beaucoup de gens discutent du sort qui sera réservé à la zone d’Aboudib et ses hangars trônant lamentablement depuis une dizaine d’années. Un spectacle à voir de préférence d’en haut. Sous d’autres cieux, l’on a connu la ruée vers l’or, alors qu’à LNL, c’est la course au moindre mètre carré de terrain. Les autorités locales en charge du dossier sont quasiment absentes. Aucune stratégie ou plan pour sauver ce qui reste encore. Nous assistons à une multiplication éhontée de débits de boissons alcoolisées alors que les lieux de pratique culturelle, sportive et de loisirs sont inexistants. Les résultats scolaires frisent la catastrophe. Tout le monde doit méditer cette maxime: « Qui sème le vent, récolte la tempête ». Un petit tour à l’extérieur de la ville nous renseigne à coups sûrs sur la réalité de la vie, le désespoir : des rivières d’eaux usées à ciel ouvert, des marticules d’ordures entassées depuis des mois que les services de la voirie ignorent même l’existence. Belaid est hors de lui : « Après cela on ose venir vous parler de politique touristique, alors qu’on est incapables de ramasser nos rejets ! » Le pessimisme ambiant nous incite à dire que Larbaâ Nath Irathen a existé. Le nombrilisme continue…
SKS
