“Ayedhrar” son nouvel album

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La Dépêche de Kabylie : Saïdani Rabah, en tant que chanteur kabyle qui traîne au moins une quarantaine d’années de carrière, n’est pas à présenter mais faisons le quand même.

Saïdani Rabah : Saïdani Rabah est mon vrai nom. Je n’ai pas de pseudonyme, ni de nom d’artiste. Je suis né à Beni Koufi, dans la localité de Boghni en 1953, issu d’une famille modeste et j’ai été élevé à Boghni.

Quand avez-vous commencé à chanter et apprendre à jouer d’un instrument de musique ?

Dès mon très jeune âge.Comme beaucoup d’artistes qui n’ont pas la chance d’avoir les moyens pour s’acheter un instrument de musique, c’est bien évidemment la débrouille avec un bidon d’huile, une planche et des fils de fer pour confectionner sa propre guitare. Ainsi, le tour est joué. Ce n’est qu’en 1970 que je suis arrivé à me payer avec mes maigres économies une vraie guitare.

Ce qui veut dire que vous n’êtes pas allé loin dans vos études ?

C’est vrai. Je n’ai suivi que le cursus du primaire pour aller chercher autre chose, d’autant plus, que les études ne me disaient pas grand-chose donc j’avais cherché dans la formation professionnelle, dans l’ébénisterie et la dactylographie.

Mais comment expliquez-vous cette faculté à composer des poèmes d’une grande facture, toutes vos chansons sont à textes dont la qualité est irréprochable et j’en passe alors que pour parler d’autodidacte, c’est maintenant mais pas il y a quarante ans ?

C’est peut-être un don. C’est Dieu …

Revenons maintenant à vos débuts d’une manière officielle, avec la Radio par exemple tout en sachant bien sûr qu’avant, d’arriver là, votre premier public a été les jeunes de votre entourage et les fêtes familiales ?

J’avais participé à l’émission « Les chanteurs de demain » animée par Mohamed Benhanafi, que Dieu lui accorde longue vie. Outre qu’il m’avait encouragé, il m’avait permis d’entrouvrir certaines portes de l’édition.

Donc, vous enregistrez avec impatience votre premier 45T, sachant pertinemment que ce n’était pas facile de le faire pour un novice, qui est venu à votre secours ?

Effectivement, mon premier 45T qui comprenait deux chansons avec « Itij » et « Yellis Naldjar » avait été enregistré chez feu Mahboubati qui avait l’un des rares studios à Alger et édité chez DDA. Au demeurant,je n’ai jamais oublié l’aide de notre bien aimé, le grand artiste El Hadj Boudjemaâ El Ankis que Dieu lui accorde longue vie et qui m’avait, non seulement accompagné chez cet éditeur, mais m’avait ainsi cautionné d’autant plus qu’il avait assisté à tout l’enregistrement.

Pourtant, en ce temps là, il n’y avait en quelque sorte que le grand artiste Kamel Hamadi qui était pour ainsi dire le seul conseiller des maisons d’édition qui pouvait décider de la parution ou de la non parution d’un produit…

Notre grand artiste Kamel Hamadi que Dieu lui accorde longue vie s’était effectivement proposé de m’aider, de me composer des chansons je l’en remercie jusqu’à ce jour mais je n’avais pas accepté son offre.

Nous sommes donc en 1970, c’est une période faste pour la chanson kabyle, c’était plus facile qu’aujourd’hui ?

Ce n’était pas aussi facile que vous le croyez.Il fallait gagner sa place avec toute la concurrence qui existait. Savez-vous combien de jeunes talents s’étaient lancés en ce temps sans mettre dans le compte nos anciens artistes ?

Puisque maintenant c’est vous qui posez des questions, je vais répondre au hasard, Mouloud Habib, Medjahed Hamid, Slimani, Amar Koubi, Aït Menguelet, Ahcène Abassi, Mohamed Chemoum Aït Meslayène, Kaci Abedjaoui… je peux continuer mais pour ne pas perdre beaucoup de temps, je continue à poser des questions. Pour ne pas perdre le fil de mon entretien.

D’accord. Allez-y.

Vous allez bien sûr en France où vous enregistrer des 45T et des 33T et vous aurez l’occasion de rencontrer les monuments de la chanson kabyle …

Effectivement, je suis parti en France. C’est à l’occasion de l’enregistrement de mon premier 33T que j’avais eu la chance de rencontrer pour la première fois notre idole à tous, feu Slimane Azem. Ce jour-là, il y avait également à l’intérieur du studio Aït Menguelet. Donc, nous étions à trois à enregistrer chacun son 33T avec comme producteur Brahim Ounassar.

Parlons maintenant de l’une de vos œuvres qui avait marqué toute une génération et qui continue jusqu’à nos jours d’émouvoir les cœurs. Je veux parler de la chanson « Akatjaghk Ayakham »

Qu’est ce que vous voulez que je vous dise. Je

l’ai faite pour moi. J’ai chanté mon état d’âme. Peut-être que si j’ai à dévoiler le fond de ma pensée, plusieurs fans seaient déçus alors que chacun soit libre de tisser sa propre histoire ou son propre roman.

Avant de parler de ce nouvel album intitulé Ayedhrar, parlons d’une autre de vos anciennes chansons Akvayli, Amraveth, est-ce que ce problème existe toujours ?

Cette chanson est sortie en 1976. C’est un problème qui m’avait directement touché et auquel j’avais été confronté comme beaucoup de jeunes à cette époque et antérieurement. Certaines familles pour éloigner certains prétendants à leurs filles invoquaient le fait qu’ils étaient des marabouts et si cette condition n’était pas satisfaite, c’est le refus catégorique malgré l’amour des concernés. Je pense que les temps ont beaucoup changés avec les mentalités. Le problème n’existe plus du moins à ma connaissance et c’est mieux ainsi.

Donc, après avoir passé en revue votre passé, nous arrivons à ce nouveau produit. Zut ! çà me revient, je m’excuse. Je n’ai pas pour habitude de préparer mes entretiens donc je continue sur votre passé d’autant plus que vous avez observez une longue interruption dans votre carrière d’artiste…

Oui, à partir de 1992 pour les raisons que tout le monde connaît liées à la situation que notre pays avait traversé. J’avais fait un retour en 1998. En 2003 et en 2008 j’avais mis des produits sur le marché.

Donc, une année après vous revenez avec un CD et une cassette

Exactement …

Qu’est ce que vous pouvez dire de ce nouveau produit ?

Ce nouvel album comprend 8 titres avec Ayedhrar, Awidh meziyen, Ithekhdhem temzi, Latsaaziragh, Athamgharth, Ayemma Thakvaylith, Lihala Oufanane et Assaâdiw. Cependant, ce n’est pas à moi de le dire ou de donner un avis.C’est à vous, à tous les auditeurs et à mes fans, au public… Que cela leur plaise ou pas.

Pour moi, C’est bon et même excellent …

J’ai beaucoup aimé “Lihala Oufanane”, cela m’a rappelé  » Aya kham « , pensez-vous réellement à un réel changement ?

Merci. Pour revenir à la situation des artistes, elle est malheureusement et tristement connue. C’est la même situation que vivent tous les vrais créateurs. La chanson ne fait pas vivre de nos jours alors qu’auparavant, l’artiste pouvait vivre de son produit. En outre les éditeurs cherchent le commercial, ce qui rapporte, qui remplit les poches.

Revenons-en à votre propre cas, en optant pour des chansons à textes, vous ne pensez pas que vous mettez directement votre produit dans une situation difficile ?

Je ne peux changer ma façon d’écrire, de composer, de chanter. J’exprime ce qui est vraiment au fond de moi-même et je ne retrouve la paix en mon âme que lorsque j’ai fait ressortir ce qui était dans mes entrailles. Donc, ce que j’ai fait n’est pas du superficiel. Je ne peux rien faire pour ce qui ne savent pas apprécier un texte, un poème ou ne font aucun effort pour réfléchir un petit moment et se poser des questions. Car, si après avoir écouté à maintes reprises une chanson, on n’arrive pas à se poser au moins quelques questions, c’est que cette chanson est un succès, sinon, c’est le contraire.

Peut-on connaître vos projets du moins à court terme ?

A vrai dire, je suis très occupé par ma profession ainsi que mes devoirs familiaux qui me prennent beaucoup de temps. Néanmoins, je réponds favorablement à toutes les invitations qui me sont adressées pour rendre hommage à tel ou tel autre artiste ou honorer par ma présence certaines cérémonies. Par ailleurs, j’ai l’intention d’enregistrer 6 à 8 clips d’ici à la fin de l’année en cours ainsi que deux chansons en hommage à Mouloud Mammeri en CD et en clip.

Avec plus de 400 chansons à votre répertoire, comptez-vous décrocher tout en étant satisfait de votre parcours ?

Je ne pense pas décrocher de sitôt. Ce n’est pas aussi facile que cela lorsqu’on a à chaque fois quelque chose qui bouillonne dans les entrailles, il faut bien le faire sortir. Je cesserai de chanter donc, lorsque mes entrailles seront vides.

Un dernier mot pour les lecteurs de La Dépêche de Kabylie ?

Je vous remercie de votre visite qui est celle de tous les nombreux lecteurs de notre journal. Tout le plaisir est donc pour moi d’avoir été honoré de la place que vous m’accordez tout en sachant que notre journal La Dépêche de Kabylie a pour objectif de promouvoir notre culture.

propos recueillis par Slimane Sahnoune

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