Ce Pisan, né en Toscane en 1170, que le célèbre « Dictionnary of scientifique Biography », cite en qualité de « premier mathématicien chrétien » est arrivé dans cette cité des sciences, lorsque, écrivait-il dans son ouvrage, le « Liber Abaci », son père fut nommé « en qualité de scribe officiel à la douane de Béjaia, en mission pour les commerçants de Pise, il me fit venir auprès de lui alors que j’étais puérile (jeune), et ayant réfléchi aux avantages que je pouvais en tirer, il voulut que je reste pendant quelques temps pour étudier l’abaque et en recevoir l’instruction. Là initié grâce a un exmirabili magisterio (enseignement remarquable) dans le savoir-faire au moyen des neuf figures indiennes, la science de cet art me plut à un point plus élevé que tout le reste et j’appris, pour mieux la connaître, tout ce qu’on pouvait étudier en Egypte, en Syrie, en Grèce, en Sicile et chez les habitants de Provence, selon les façons propres à chacun ». C’est à partir de Béjaia que Fibonacci a étudié la science de l’algèbre et du calcul qui lui ont permis de publier en 1202 le « Liber Abaci », un traité d’arithmétique qui permettra le début d’une nouvelle ère en Occident. Ce traité d’arithmétique « prône les avantages de la méthode positionnelle indienne. Les démonstrations reposent sur des arguments empruntés a Euclide car, comme Fibonacci le signale, arithmétique et géométrie s’interpénétrent et se viennent mutuellement en aide. L’ouvrage se veut didactique et est divisé en quinze chapitres. Le premier chapitre, traite la connaissance des neuf figurines indiennes ainsi que du zéro qui indique une position vacante. Les autres chapitres traitent de la multiplication des entiers, addition,soustraction, division, multiplication des fractions et des entiers, calcul des prix, applications commerciales (alliages, monnaies, troc et ristournes), progression et proportions, règles de fausses positions, calcul a effectuer avec radicaux carrés et cubiques. Enfin, le dernier chapitre est consacré à des problèmes numériques de géométrie et à la résolution des équations du second degré, suivant les méthodes d’Alkhawarizmi », lit-on dans un document rédigé par « Gehimab ». Le haut niveau de l’enseignement et de la recherche dans le domaine des mathématiques à Béjaia, n’est pas étranger à l’activité portuaire de la ville. Dans son traité, Fibonacci puise souvent ses exemples du vécu et des expériences des marchands, des navigateurs ou du port même. Ce mathématicien de renom s’est intéressé à la question du transport maritime des marchandises, ce qui a été pour lui une source de recherche. En effet, souvent les navires n’étaient que des simples naves, rondes et à voiles, fragiles et exposées aux divers dangers de la navigation et aux difficultés des conditions climatiques, d’où l’importance de procéder au calcul du poids des marchandises pour mieux réussir la répartition des charges et maintenir l’équilibre des navires en cas de tempêtes. Fibonacci s’est intéressé, par ailleurs, au système de conversions en traitant de la diversité et de la complexité des systèmes de poids et des mesures. Il faisait connaître aux marchands les différents systèmes afin qu’ils soient en mesure d’effectuer des conversions. Ces marchandises sont pesées par des peseurs accrédités auprès de la douane et en fonction des poids et mesures pratiqués dans la ville où se produit la transaction. Les problèmes de change n’étaient pas de moindre importance que ceux cités plus hauts, puisque la question monétaire s’est posée non seulement sur le plan de l’espèce monétaire mais aussi sur le plan des monnaies de compte et des monnaies réelles, d’autant plus que la valeur monétaire changeait d’une place à une autre. On découvrira a travers le traité de cet élève d’En Naceria, l’avancée de l’arithmétique mise en place par ce grand mathématicien grâce à l’influence du port et l’imense activité portuaire qui a fait que Fibonacci a réussi à cerner et solutionner les grandes questions du trafic marchand en traitant les problèmes du change, du pesage, du chargement des navires et de la répartition des bénéfices. Le couronnement de ce fabuleux travail est l’introduction en Europe des chiffres arabes. C’est a partir de Béjaia que Fibonacci bouleversera le monde de la mathématique. Ce monde qui le lui rend bien aujourd’hui, puisque Béjaia a en 2002, le 800e anniversaire de la publication du « Liber Abaci », la ville de Pise lui consacre plusieurs manifestations dont une exposition en septembre 2003 sous le thème « Piser e il Mediterraneo » et à laquelle a pris part l’association Gehimab de Béjaia. Ceci en plus du congrés international « Leonardo Fibonacci: Matématica e sociéta nel mediteraneo del Secolo XIII », la fondation « The Fibonacci, Association », de la manifestation scientifique qui a eu lieu en Arizona et en 2002 qui est la « dixième conférence internationale sur les nombres de Fibonacci et ses applications ». Béjaia, a aussi accueilli, du 28 au 30 novembre 2003, la « VI Conférence permanente des villes historiques de la Meditérranée ». Par ailleurs, Gehimab célèbra en cette fin d’année 2004, le millénaire de la fondation du Royaume Berbère des Hammadites (1004 2004).
Yacine Boudraa