Djaâboub met de l’ordre dans les exportations

En prévision de la rencontre officielle avec l’OMC programmée pour le 21 octobre prochain, un groupe de travail chargé de ce dossier d’accession à cette organisation mondiale se prépare à deux rendez-vous informels, dont le premier est prévu, avec le groupe représentant les Etats-Unis, pour le mois de septembre et le deuxième avec l’Union européenne au début du mois d’octobre. Les négociations vont bon train et se déroulent dans de bonnes conditions, souligne le ministre de l’Industrie, El Hachemi Djaâboub, intervenu hier dans le cadre des rencontres-débat qu’organise le quotidien El Moudjahid. L’invité du Forum a insisté, de prime abord, sur le fait que l’Algérie n’a aucune contrainte de temps, elle y accédera à cette organisation au moment opportun. « Il n’ y a pas de date butoir à ne pas dépasser. L’essentiel pour nous est de minimiser au maximum les droits d’entrée à l’OMC », a dit le ministre, tout en se voulant rassurant quant a l’aboutissement du dernier round. A ce sujet, il ajoute que « les négociations d’ores et déjà entamées avec les 48 pays sont bien avancées ». Une raison pour laquelle le premier responsable du secteur a exhorté l’ensemble des opérateurs économiques à se préparer à cette échéance en se conformant à la réglementation du commerce international « pour mieux défendre la production locale, par conséquent, l’économie nationale ». Dans l’optique d’éclaircir ce processus d’adhésion à l’OMC et l’accord d’association avec l’UE ainsi que les retombées qui en découleront de par leur concrétisation, un guide pratique sera bientôt rendu public, a fait savoir le ministre. Outre cela, une commission opérationnelle de suivi de la mise en œuvre de l’accord d’association sera, dans le même cadre, mise en place au niveau de la Chambre algérienne de commerce et d’industrie. D’après Djaâboub, cette commission sera composée d’opérateurs économiques et de représentants des pouvoirs publics et sera chargée « de recenser tous les problèmes liés à la mise en œuvre de la zone de libre-échange, notamment dans le domaine des produits agricoles et agroalimentaires ». Sur le point relatif au libre-échange, le premier responsable du secteur a expliqué qu’en vertu des négociations avec l’OMC, les droits de douane n’ont été exclus. « L’OMC ne veut guère dire l’ouverture des zones de libre-échange. Ce n’est qu’en 2017 que nous prévoyons de les instaurer », souligne l’hôte d’El Moudjahid avant d’ajouter que « nos entreprises auront l’opportunité de placer leurs produits sur les 25 marchés de l’UE et bénéficieront d’une franchise totale des droits des douanes sur ces marchés ». El Hachemi Djaâboub, faut-il le souligner, suite à sa nomination à la tête du ministère de l’Industrie en remplacement à Noureddine Boukrouh, s’est déplacé à Genève le 20 juillet dernier dans le cadre d’une rencontre informelle organisée pour une prise de contact avec les groupes de travail et le nouveau responsable de l’OMC.

L’attestation de rapatriement des devises exigée aux exportateursSur le chapitre des exportations hors hydrocarbure, eu égard aux résultats enregistrés ces deux dernières années et qui sont loin d’être reluisants, le ministre a mis l’accent sur la nécessité de revoir tout le fonctionnement des exportations, et surtout d’assainir le secteur. Pour ce faire, le département de Djaâboub a décidé d’instaurer de nouveaux dispositifs. Ces derniers se traduisent, entre autres, par la mise en place d’un Conseil national consultatif de promotion des exportations. Ce dernier sera, pour reprendre les dires de l’orateur, opérationnel très prochainement. Le soutien financier de l’Etat aux exportateurs, une démarche soutenue par le ministre, qui estime, dans la foulée, qu’a défaut de cet appui, « la promotion des exportations n’aura aucune chance de succès ». Avec la démarche de l’adhésion à l’OMC, que notre pays a entreprise, les formules de subventions spéciales à l’exportation des productions nationales deviennent, selon l’animateur du forum, « difficiles, voire impossibles ». C’est la raison pour laquelle un groupe de travail a été mis en place pour la refonte du Fonds de soutien aux exportations. Dans le même contexte, le ministre de l’Industrie a fait savoir que dorénavant des attestations de rapatriement de la devise seront exigées aux exportateurs. Une façon pour lutter contre le transfert informel des capitaux. Revenant aux résultats obtenus, le ministre a indiqué qu’au premier semestre 2005, le volume des exportations hors hydrocarbures n’est que de 454 millions de dollars contre 10. 6 milliards de dollars d’importations. Ce résultat est dérisoire aux yeux de Djaâboub. « Nous n’arrivons pas encore à dépasser le cap des 700 millions de dollars annuellement contre 18 milliards de dollars d’importations en 2004 », déplore le premier responsable du secteur en soulignant que le nombre d’opérateurs intervenant dans l’exportation, à savoir 800 exportateurs, est beaucoup plus inférieur à celui relatif aux importateurs inscrits au registre du commerce et qui ne sont pas moins de 32 000 opérateurs. Le marché informel : 732 recensés à l’échelle nationaleL’éradication des marchés informels est devenue une des priorités des pouvoirs publics. Sans cacher sa détermination, le ministre de l’Industrie s’est montré sévère. Si on se réfère à ses déclarations, la guerre est, derechef, déclenchée contre les « faux commerçants » qui « polluent » nos marchés. Pas moins de 732 marchés informels d’une superficie globale de 2. 7 millions de m2 ont été recensés sur tout le territoire national. 100 000 intervenants sont dans ce domaine, soit 13% des commerçants inscrits au registre du commerce. L’invité d’El Moudjahid a fait savoir, sans ambages, que des mesures seront mises en vigueur pour le nettoiement du commerce national. Un projet portant sur la réforme des Chambres de commerce et d’industrie est en cours de réalisation. Des actions de facilitation commerciale seront entreprises en faveur des commerçants qui sont dans l’informel afin de les aider à s’intégrer dans le circuit légal. « Tous les obstacles à la création d’entreprise seront supprimés. De nouveaux marchés seront créés », promit le ministre. Pour ce qui est des marchés de gros, trois nouveaux sont en phase de réalisation à Maghnia, à Aïn Defla et à Ghardaïa. A la question de savoir si l’amnistie fiscale est de mise, le ministre de l’Industrie a écarté cette éventualité. « Je ne crois pas avoir entendu lors des tripartites précédentes les opérateurs économiques réclamer l’amnistie fiscale », soutient-il.

Wassila Ould Hamouda