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Quatre suicides en un mois

Pas moins de quatre cas de suicide ont été enregistrés, en l’espace d’un mois dans la seule région de Bouira. Le dernier cas en date est signalé, il y a près d’une semaine, dans la commune d’El-Esnam où un père de famille, enseignant de son état, avait mis fin à ses jours. On a tendance à croire que ce regrettable phénomène prend de l’ampleur de manière surprenante en période de grandes chaleurs. En fait, même si cela semble d’une manière générale vrai, sans pour autant qu’il ne soit vérifié par des statistiques fiables, il n’en demeure pas moins que le reste de l’année n’échappe pas à cette triste réalité. Rappelons, à ce propos, qu’en février 2007 et en l’espace d’une semaine, sept personnes dont un enfant de 14 ans s’étaient donné la mort. Cette comptabilité morbide n’est, hélas, que celle relevée par la presse. D’autres cas, notamment dans les hameaux les plus reculés, ont forcément échappé à la presse locale, une presse qui, impuissante, conclu son entrefilet avec le sempiternel “la sonnette d’alarme est tirée… les spécialistes devraient…” Sonnette d’alarme Imprégnée approximativement de la théorie freudienne. Cette “théorie’’ sera tout de même mise en branle. Elle se concrétisera notamment en la mise en place d’une cellule d’écoute implantée au niveau du centre d’information et d’animation de la jeunesse (CIAJ). Animée par des psychologues, cette cellule, comme son nom l’indique, est à l’écoute de tout le monde. Combien sont-ils à connaître l’existence de cette cellule ? Et à supposer, à titre d’exemple, qu’un jeune M’cheddali la connaisse, s’y rendra-t-il pour y déverser sa détresse ? Pas évident. Supposons que cette cellule accueille de la détresse, y détectera-t-elle le suicidaire potentiel ? Et surtout a-t-elle les moyens de le rattraper ? La mission semble impossible pour la simple raison que “la prévention du suicide ne se fait pas 5 minutes avant, mais 5 semaines, 5 mois ou cinq ans auparavant” d’après Pr Chiapello. Cela étant, cette cellule d’écoute, en associant d’autres secteurs (DSP, DAS…) dont celui de la communication, peut aider au recul du fléau en optant, sur fond pédagogique, pour une démarche de proximité qui viserait essentiellement l’entourage du suicidaire. L’environnement familial de ce dernier serait ainsi alerté à propos des signes précurseurs et, surtout, avisé du comportement à tenir à l’égard de la personne en détresse. Pour ce faire, des compétences avérées en la matière devraient animer cette cellule. Il serait criminel de compter sur des personnes employées dans le cadre du filet social pour aborder un dossier aussi dramatique. Il serait criminel de confier ce dossier à une personne qui, dans une œuvre dans tout ce qu’il y a de sérieux, explique que le suicide en Kabylie est plus important qu’ailleurs, parce que le Kabyle souffre du déni identitaire (linguistique et culturel, s’entend). Autrement dit, tous les partisans de “tamazight di lakul” sont des suicidaires en puissance. On avait aussi pris des raccourcis pour nous expliquer que l’absence de foi en Kabylie prédispose au suicide. Il est évident que parfois, on entend l’attachement à Dieu. Et cette fille qui s’est pendue avec son khimar ? Et puis si l’on s’amuse à ramener tout à Dieu, il faut aussi étudier la foi pervertie et reconnaître qu’elle aussi conduit à la mort.

T. O. A.

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