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Sur les traces de l’exil… et de ses mirages

C’est avec une immense passion que Rabah, 25 ans, célibataire et chômeur de son état, assis à une terrasse d’un café en ville, nous parle de sa demande de visa introduite, il y a trois jours au niveau du consulat général de France à Alger. Concernant la réponse, il n’en sait rien, car le dossier et les critères ne sont pas clairs, mais il sait parfaitement que si on le lui accorde, il partira sans hésiter et sans perdre une seconde. Ici, à Larbaâ Nath Irathen, les jeunes rêvent de l’étranger, ils ne discutent que de cela.

“L’étranger n’est pas une fatalité, il faut avoir de l’audace de jouer les cartes à la hauteur du challenge”, nous dira un autre jeune, moins âgé, assis à côté de nous, apparemment, intéressé lui aussi par “l’exil”. Pour certains, c’est l’ambition de voir cet au-delà de la Méditerranée qui les anime, mais pour d’autres, c’est l’espoir ou le désir de se faire une vie et de s’y installer d’une manière définitive. En tout cas, ils veulent tous partir disent-ils, car là bas est mieux qu’ici. La majorité opte pour l’Hexagone, car ils y trouvent les leurs et c’est plus facile de réussir. Il y a toujours quelqu’un pour les aider, que ce soit un frère, un cousin ou simplement un ami.

Les autres préfèrent mettre le cap sur le Canada, en optant por l’émigration. Celle-ci concerne les universitaires, les enseignants et les expérimentés dans une spécialité donnée.

Le chef qui laisse “sa” daïra pour le Canada…

Même les commis de l’Etat se mettent de la partie. Les citoyens de LNI se souviennent tous de leur chef de daïra qui avait fugué l’année passée, semant des doutes et des interrogations, pour s’installer au Canada avec sa famille.

Que dire de ceux qui rejoignent les USA par la grâce de la fameuse loterie qui se fait annuellement aux Etats-Unis. Depuis l’année 2000, on assiste à l’émigration surtout des étudiants, les autorités françaises, parle-t-on, délivrent de plus en plus de visas pour eux. Selon nos interlocuteurs, des centaines d’entre eux quittent la région chaque jour, et l’information du départ Issouhel Leflani se diffuse et circule de bouche à oreille. La Kabylie se vide de ses étudiants. Une fois de l’autre côté de la Méditerranée, ces jeunes courent à la recherche d’un travail. Après l’obtention d’un job, ils cherchent la régularisation. “Là-bas, sans papiers tu n’as aucun droit”, explique l’intrus, un ex-clandestin régularisé, après s’ être marié avec une fille qui a la double nationalité originaire de la région.

Quoi qu’on dise des souffrances et des misères endurées par nos jeunes émigrés, ils semblent de plus en plus disposés à partir. “Que faire ici ?” s’interroge Rabah en âge de fonder un foyer et sans travail depuis des années. Nos jeunes Algériens, malheureusement, souffrent, en effet, non seulement du chômage, mais aussi de la marginalisation et surtout d’un climat d’instabilité et d’incertitude où sombrent la plupart. Ainsi, un jeune qui n’a pas son père ou sa mère qui touche l’euro est condamné à subir toutes les injustices du monde. “A défaut de la présence des retraités des pays d’Europe, la Kabylie connaîtrait un mauvais sort”, diront d’emblée nos interlocuteurs qui, d’ailleurs, n’ont pas tort. Mais combien peut vivre encore un retraité ?” Telle est la question qui sème l’anxiété dans le cœur des jeunes.

S. K.S.

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