En effet, au mois de mai 2006, un projet d’implantation d’une carrière d’agrégats à Tizi N’Chréa, à Ouzellagen, a essuyé une opposition ferme de la part des comités de cinq villages de la région. Au mois de mai dernier, à Draâ El Kaid, wilaya de Béjaïa, les villages avoisinant la carrière d’Azaghar s’étaient tous opposés à la réouverture de cette carrière. Toujours au mois de mai dernier, les habitants du village de Bir Assadik, à Msila, avaient exprimé leur refus et leur ras-le-bol, en exigeant la fermeture de la carrière de Maqlaâ El Kilss Al Kalaa, un projet qu’ils qualifièrent de “mascarade”. Les habitants du village d’El Ounas d’El Hachimia, à Bouira, ne sont toujours pas contents de la carrière qui est chez eux !
De par ces exemples, l’exploitation d’une carrière serait-elle un sujet, “théoriquement” controversé ou serait-elle en réalité une menace?
Ces populations expliquent leur refus par “les conséquences désastreuses que ces carrières ne manqueront pas d’engendrer sur la santé publique, la faune et la flore”.
L’économie contre l’écologie
Cependant, pour des exigences dites “socioéconomiques”, les autorités concernées ne cessent de délivrer des certificats de qualification et de classification professionnelle pour des entreprises intervenant dans le cadre de la réalisation des marchés publics de l’hydraulique, des travaux publics… dont figurent ceux de l’exploitation de ces carrières. Pis encore, certains observateurs et défenseurs de l’environnement relèvent que certaines de ces entreprises, très courtisées, bénéficient toujours de tous les égards, même au mépris des intérêts incontournables, à savoir se prémunir contre tous risques compromettants. En effet, l’exploitation des gisements miniers, entre autres, et en particulier les carrières d’agrégats est de plus en plus une activité convoitée. Elles sont implantées sur des sites naturels ou à proximité des zones d’habitations. Manifestement, “loin d’une politique réfléchie, certaines de ces stations continuent impunément de bafouer le respect de la réglementation dans ce domaine”, ajoutent ces “amis” de la nature.
Dans ces carrières, les travaux miniers qui se font, bien entendu, à ciel ouvert sont basés sur les rochers naturels extraits du sol et traités par différents procédés. Des quantités importantes de poussières s’en dégagent qui, sans être forcément, toxiques peuvent néanmoins engendrer des effets nocifs sur l’environnement et la santé publique. Cela dit, l’impact de la pollution atmosphérique générée par ces travaux sur le milieu est une réalité inévitable ! A l’origine, les poussières dégagées par les appareils de concassage et de dynamitage ont une influence certaine sur la croissance végétale, la qualité de l’air et, forcément, la santé publique.
La pollution atmosphérique est la contamination de l’air par des déchets ou sous-produits solides, liquides ou gazeux qui peuvent mettre en danger la santé de l’homme, anéantir les plantes, mettre en péril les animaux, pouvant également attaquer des matériaux… Cette définition sommaire est toutefois éloquente si l’on “cherchait” à analyser de près les zones où sont installées ces carrières. En effet, les grandes quantités de poussières dégagées par les travaux de ces stations ont diverses formes. Les particules sont ainsi dispersées dans l’air et, résultat des travaux des appareils de concassage et de dynamitage, peuvent sérieusement causer des effets désastreux. Une fois l’air est contaminé, des retombées néfastes sont à prévoir ! De l’avis des spécialistes, l’exploitation des carrières a un impact indéniable sur l’environnement. Pour preuve, arguent-ils, les poussières de nature calcaire agissent négativement sur l’aspect morphologique et fonctionnel de la plante. Il a été toujours constaté, disent-ils, une diminution des taux de chlorophylle chez les plantes poussant dans les zones où opéraient les carrières et ce par rapport aux taux mesurés sur les mêmes plantes loin de ces zones. Parce que, ajoutent-ils, les poussières se fixent en premier lieu à la surface des feuilles et les autres organes et en second lieu par leur pénétration dans les tissus à travers les stomates en ralentissant ainsi les échanges gazeux entre la plante et le milieu extérieur. Ce qui contribue essentiellement à la perturbation du phénomène fonctionnel le plus important pour la plante qui est la photosynthèse. En outre, une évaluation de la qualité de l’air dans ces zones serait, en général, caractérisée par une concentration abondamment élevée des poussières très fines de nature non toxique. Cependant, la capacité de rétention de ces poussières par les poumons est considérablement “inquiétante”, tandis que la concentration de ces particules dépasserait souvent les normes admissibles par l’OMS. Par conséquent, l’impact de ces poussières sur l’homme se manifeste principalement par le système respiratoire.
Ces substances étrangères présentes dans l’air sont favorisées par leur pénétration et leur retenue par les poumons, ensuite dans l’organisme… tout court. A ce propos, des médecins rappellent que cette pollution a une portée préjudiciable, notamment sur les personnes sensibles, malades, les nouveau-nés et les personnes âgées. Bien entendu, ces poussières sans être « forcément » toxiques provoquent des maladies respiratoires. Une bronchite aiguë, à titre d’exemple, nous dira un médecin spécialiste, dans une zone non poussiéreuse se traite dans 10 jours au plus tard, pendant que dans la zone polluée ce temps serait multiplié par 2 à 3 fois. En conséquence, le coût de traitement lui-même est multiplié ainsi par 2 à 3 fois ! Pis encore, souligne t-on, le taux de morbidité serait souvent élevé par rapport au taux de morbidité dans les autres zones !
Manifestement, à elles seules, les poussières présentent un facteur provoquant et favorisant les maladies respiratoires, et bien au-delà de “calamités”.
Par ailleurs, on ne peut s’empêcher d’“oublier” les lieux de travaux eux-mêmes dans ces carrières. Visiblement, en manque ou en l’absence de dépoussiéreurs dans certaines carrières, mauvaise qualité des masques à filtre, absence des contrôles médicaux hebdomadaires, pourtant eux aussi obligatoires…, la santé des travailleurs est fortement mise en danger. Faut-il rappeler dans ce sillage, que l’hygiène et la sécurité furent l’une des importantes revendications des travailleurs de AWE, carrière d’Ahl El-Ksar, lors de leur dernier débrayage en mois de mai dernier.
Le cas de la carrière d’Ahl El-Ksar
La carrière d’Ahl El ksar est exploitée par AWE (Algerian Water Entreprises), une société de droit algérien, créée en 2001 et opérationnelle depuis 2002. Deux ans plus tard, soit en 2004, cette société affiche un chiffre d’affaires de 1,3 milliard de dinars !
Installée à Iharquan, village d’Ahl El-Ksar, et dont les travaux de production ont commencé en janvier 2008, cette carrière d’agrégats est implantée au milieu de terres fertiles à vocation agricole dont une partie renferme des milliers d’arbres fruitiers appartenant aux modestes fellahs héritiers de la Révolution agraire. La majorité de la population de la région puise ses ressources de l’élevage bovin et ovin. Un village, Iharquan, et une école sont situés à quelque 450 mètres, à vol d’oiseau de cette carrière qui renferme aujourd’hui deux stations. Les jeunes de la région, livrés à eux-mêmes vivent la misère. Leur “détresse fut exploitée, les responsables de cette carrière leur promettant des jours meilleurs », nous dira un habitant des alentours.
A peine une année et demie depuis l’avènement de ladite carrière “ses travaux sont un danger potentiel pour la faune et la flore”, ajoute-t-il. On nous apprend que malgré les moult doléances et requêtes déposées par des citoyens, dès le début du chantier de cette machine dévastatrice, auprès des autorités concernées pour renoncer à ce projet, rien n’a été fait”. Les citoyens rencontrés regrettent qu’“il n’a pas été jugé utile de dépêcher sur les lieux une équipe pour constater de visu les désagréments que pourrait alors causer, lentement mais sûrement une telle carrière ».
La fermeture de la carrière signifierait, malheureusement, la mise en chômage des jeunes travailleurs de cette localité dans cette entreprise. Paradoxalement, c’est ce qui explique, sans doute, le peu d’empressement d’une bonne partie des habitants quant à “dénoncer” et de tirer la sonnette d’alarme même au péril de leur vie ! Cependant, le silence “justifié” des uns et le silence non justifié, voire “complice” des autres, censés protéger le citoyen et l’environnement, ne peut en aucun cas occulter “le droit d’en avoir” !
Les populations seront-elles un jour contraints à l’exode ou devront-elles se plier à ce sort ? Pourtant, à en croire les pouvoirs publics, des études et stratégies sont constamment mises au profit de la protection de l’environnement et de l’être humain. Cependant, à Bouira, le wali aurait rassuré quant au respect de l’environnement de l’entreprise AWE d’Ahl El-Ksar. En effet, à l’occasion des portes ouvertes sur la gendarmerie nationale, à la Maison de la culture du chef-lieu de wilaya, et en guise de réponse à une question d’un journaliste au sujet de l’impact des carrières sur l’environnement, le wali s’est d’abord félicité de n’avoir pas relever un “souci” en la matière. Pour ce faire, paraît-il, il a confirmé qu’à titre d’exemple la carrière d’Ahl El-Ksar est en règle en termes de préservation et de respect de l’environnement !
L. M.
