Une véritable aubaine pour les nécessiteux… et les autres

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A chaque mois de ramadan, les restaurants Rahma, qui sont généralement parrainés par le ministère de la Solidarité, faisaient le bonheur de millions de nécessiteux, des travailleurs des chantiers ou bien des simples passagers. Il est 19h, et déjà la circulation des véhicules commence à diminuer et celle des personnes aussi. Les gens commencent à quitter les rues soit pour rejoindre leurs maisons, ou bien chercher un restaurant Rahma où ils vont rompre le jeûne. Des gens, tous des hommes, bien sûr, en petits groupes guettent, de loin, certains avec impatience, et beaucoup timidement, l’ouverture de la porte du resto du Croissant-Rouge. Lors de notre arrivée en ce lieu, nous avons remarqué des femmes assises épluchant puis coupant en carré les pommes de terre avec une extrême dextérité. D’autres bénévoles nettoient le poulet que le cuisinier farcira. Pendant ce temps, le cuisinier prépare la chorba dans une grande marmite. Certes, le repas ne dégage pas encore une odeur alléchante. En outre, le hall et les couloirs de Croissant-Rouge sont aménagés en restaurant qui peut servir plus de 200 repas/jour. Les tables et les chaises sont alignées. Les assiettes, les cuillères, la limonade et les corbeilles de pain garnissent les longues rangées de tables. Dans une salle près de la cuisine, des denrées alimentaires sont stockées pour couvrir tout le mois de ramadan. Des donateurs sont toujours là depuis des années et puis les autres anonymes, nous dira un jeune bénévole. On jette un coup d’œil sur le menu : chorba, pommes de terre au four avec poulet farci, la limonade, melons, yaourts, c’est un repas riche et équilibré en protéines et en vitamines, tout sera servi à l’heure de la rupture du jeûne, nous dira un autre jeune bénévole. Il convient de savoi que les gens qui viennent rompre le jeûne dans ce resto ne sont pas forcément des personnes nécessiteuses. “Ce sont généralement des passagers et aussi des fonctionnaires qui vivent seuls’’, indique notre interlocuteur. Sans aucune bousculade, tout le monde prend place à l’intérieur, il y a même des places vides pour les retardataires. Dans la salle, des discussions s’entendent dans les coins isolés. Certains présents ont déjà fait connaissance, et les autres le font pour la première fois. “C’est mon cinquième ramadan que je passe ici et je trouve que les gens sont très sympatiques, et très accueillants, la qualité des repas servis est bonne, et c’est convivial”, nous révèle un jeûneur. Ce qui nous a attiré notre attention, c’est la variété des gens qui rompent leur jeûne dans ces restaurants. Ce sont généralement des étudiants sans aucun sou, des désabusés, des sans-abri ou encore les vieilles personnes abandonnées par les leurs, mais on trouve aussi des agents de l’administration et des cadres moyens des entreprises.

Quelques femmes, des enfants, et même des étrangers, des Africains en général. Il est 19h30, l’appel du muezzin, se fait entendre dans toute la ville.

L’appel à la prière a mis fin à toute discussion pour céder la place au cliquetis des cuillères. Plus besoin de s’attarder, chacun des jeûneurs a déjà la bouche pleine de chorba qui lui fait face depuis plus d’un quart d’heure. Enfin ce genre de solidarité a un charme exceptionnel qui reflète le privilégié et la grandiose de ce sacré mois.

Yahia Maouchi

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