Lors de notre randonnée nocturne dans ce qu’on appelle la ville de Souk El Tenine et celle de Souk El Khemis, nous voulions savoir comment les Souk el tininois et les Maâtkis passaient leurs nuits ramadhanesques, Hélas, la ressemblance est frappante, le vide a pris la place de l’animation et de l’activité. Rien ne dit que c’est Ramadhan et pourtant, les deux villes sont bien éclairées, les commerces ouverts et les cafés maures grouillent de monde.
Des gens, paisibles pour la plupart s’attablent autour d’un café, consomment des limonades et d’autres boissons gazeuses ; même les trottoirs servent de terrasses car la chaleur de l’intérieur est insupportable. Les gens s’amusent à jouer aux dominos et aux cartes tout en sirotant leurs boissons fraîches en attendant le s’hour.
Il faut dire que le calme et la gentillesse fusent de partout. Saha ftourek, saha shourek en somme, c’est bien. Seulement ceux que nous avons abordés trouvent regrettable cet état des lieux car l’ambiance et l’animation sont les grands absents et pour preuve, les gens veulent sortir le soir en famille, aller voir un film, assister à une pièce de théâtre ou à un gala artistique ou simplement aller dans un salon de thé avec sa femme et ses enfants, et puis s’offrir une belle glace à la belle étoile, ou à défaut prendre une part de ce « quelbelouz » dont tout le monde raffole. Hélas, à Maâtkas ou à Souk El Tenine, ou même n’importe où en Kabylie ces choses n’existent pas, on ne les voit que dans les films venus d’ailleurs et même ces films nous sont à présent interdits car toutes les chaînes satellitaires sont codées. Hélas, encore hélas en Kabylie et spécialement à Maâtkas, les salles de cinéma, les planches théâtrales, les lieux de loisirs et toutes les structures censées nous distraire, nous faire oublier nos misères quotidiennes et notre galère rituelle ne sont pas disponibles. Alors, le Kabyle comme le Maâtkis est forcé de composer avec les cafés maures, les murs et les ruelles étroites et dégradées.
Hocine Taïb