Le tombeau du soldat…connu

Les impôts que doivent obligatoirement verser aux turcs ces villages kabyles sont composés d’orge, de blé l’huile, les figues et le cheptel qui seront acheminés ensuite au fort turc d’Assif Assemadh (Illazazen).

Le tombeau d’Ouadhlafen — tel est le nom de la personne enterrée au lieu dit Thakidhount à la sortie nord du village Ath Ibrahim, dans la commune de M’chedallah—. Avec le temps et certains croyances populaires aidantes, celui qui est enterré dans cette tombe isolée a été pris pour un saint quelconque où viennent certaines vieilles femmes pour allumer des bougies à chaque cérémonie religieuse. Après quelques investigations et un recoupement des témoignages historiques, populaires de la région, nous sommes arrivés à cette déduction : Ouadhlafen est en vérité un nom turc désignant un grade.

Ce Ouadhlafen est en fait un officier turc qui venait d’installer son campement en ces lieux thakidhount (la tente en kabyle) pour diriger l’opération concernant la récupération des impôts au niveau des villages avoisinants, par ses troupes en tenant sa comptabilité sous une tente, d’où l’appellation Thakidhount de l’endroit.

Les impôts que doivent obligatoirement verser aux turcs ces villages kabyles sont composés d’orge, de blé l’huile, les figues et le cheptel qui seront acheminés ensuite au fort turc d’Assif Assemadh (Illazazen).

Des citoyens d’Ath Ikhlef racontent que les Turcs ont aménagé des “silos souterrains” pour la conservation des céréales qu’ils amassent à partir des impôts au lieu-dit “Thighilt la Ksar” à quelques encablures du fort turc. On raconte qu’un jour cet officier a décidé de punir les berbères. Jugeant maigre le butin qu’ils lui versaient il doubla l’impôt.

Las de subir le diktat l’officier, les villageois d’Ath Salah lui tendent une embuscade et le tuèrent. Cette fraction des Ath Salah de la tribut Imchdallen dont les traces existent encore sur une colline au lieudit Ath Salah à distances égales entre Saharidj et Ath Ibrahim, changèrent d’endroit en allant s’installer de l’autre côté du versant de Lala Khedidja à Bouzegane wilaya de Tizi Ouzou. Ils construisent un village qui porte le nom de cette tribu “Ath Salah”.

Il a fallu qu’une association culturelle du village Ath Salah se rende sur les lieux et prenne attache avec la famille Alouche du village Ath Ibrahim et la famille Soualah (Isoulah) du village Aggache, en 2007 pour qu’on remonte au parcours historique de leurs aïeux. C’est ainsi que ce tombeau perd le mythe de saint et le cède à celui d’un soldat… connu.

Cette histoire confirme on ne peut mieux que le berbère refuse l’oppression et s’y dérobe quelle que soit la force qu’il y exerce.

Oulaid Soualah