Fortes rançons, libérations et impunité

Les poches restantes de l’organisation du GSPC, affiliée à Al Qaïda Maghreb, écumant en Kabylie, procédent à des faux barrages dans certaines localités isolées et ciblent des entreprises, des hommes d’affaires, des émigrés, qu’ils kidnappent pour des semaines. A présent, depuis presque deux ans, pas moins de 40 kidnappings sont orchestrés par les terroristes, du GSPC au niveau de la wilaya de Tizi-Ouzou.

Le procédé pratique est simple, selon le témoignage d’un homme d’affaires victime de cette technique des terroristes du GSPC en perte de vitesse et de terrain. C’est selon la taille financière, le profil de la proie. Quelques heures après le kidnapping, les terroristes ordonnent à leur victimes de téléphoner à sa famille. Une fois le contact établi, les terroristes demandent avec surenchère la rançon à payer sous peine d’une liquidation physique. La rançon se chiffre à des milliards, revue à la baisse à chaque négociation. La famille se déploie, pêle-mêle, pour la collecte de la forte somme, allant jusqu’à faire impliquer des proches, des amis, pour rassembler la rançon en échange de la libération.

Des communications téléphoniques régulières sont effectuées entre les ravisseurs et les familles des victimes, jusqu’à convenir d’un rendez-vous pour conclure l’échange. Généralement, c’est à une heure très tardive de la nuit, dans un endroit isolé que la rencontre est organisée, dans la discrétion la plus totale, avec la certitude pour les terroristes que la somme demandée est acquise.

Les terroristes embusqués à l’endroit du rendez-vous autorisent à l’un de leurs acolytes d’avancer vers la famille pour récupérer le butin.

C’est une fois l’argent entre les maison du chef du groupe, que la victime kidnappée est relâchée et rejoint sa famille. Le « séjour » passé chez les terroristes, selon toujours le témoignage recueilli, n’est émaillé d’aucune « irrégularité », bien au contraire, les assaillants prennent soins de leur « proie ».

La plus forte rançon demandée par les terroristes à l’une de leurs victimes et récupérée, avoisine les 25 milliards de centimes. Le coût global que les terroristes ont empoché des différents forfaits n’est pas loin des 100 milliards de centimes, pour seulement la wilaya de Tizi-Ouzou.

On doit s’attendre à ce qu’une partie de cet argent soit réinjectée dans le fonctionnement de l’organisation, le recrutement, le matériel, rien n’y fait. Les rivalités entre les éléments du groupe et les ambitions et objectifs des uns et des autres ont fait que le butin est partagé entre eux, quand cela se fait sans liquidation physique. Exploitant et profitant de la loi sur la rahma et la réconciliation nationale, certains terroristes ont accompli l’acte de repentence après s’être assuré d’avoir rempli les caisses personnelles, et ainsi reprendre la vie civile avec garantie et surtout avec la possibilité d’investir.

L’interconnexion du terrorisme et du banditisme

Il n’est pas évident que tous les cas de kidnappings sont l’œuvre du GSPC, il faut dire que le banditisme de son côté a emboîté le pas à la pratique du GSPC.

Les kidnappings sont devenus un véritable fonds de commerce, qui permet sous la menace de morts, de soustraire des sommes colossales d’argent à ceux censés s’impliquer dans l’action du développement. Si la wilaya de Tizi-Ouzou a accusé un retard par rapport au reste du pays, en partie cela est du à l’insécurité régnante qui a fait fuir et découragé tous les acteurs du développement.

Les terroristes ont toujours agi à visage découvert. Certains kidnappings ont été l’œuvre de personnes encagoulées, relevant du banditisme, qui a trouvé une solution d’enrichissement rapide. Pour l’heure, seulement l’aviculteur de Aïn Zaouia à Maâtkas, kidnappé depuis plus d’un mois, est resté sans nouvelles, et les auteurs du forfait ne sont identifiés s’ils rélèvent du banditisme où du terrorisme. Un peu moins d’une semaine, le fils d’un richissime de Beni Douala est sans nouvelle, la négociation entre la famille et les ravisseurs est en cours.

Par contre du côté de Ouacifs, précisément à la commune d’Aït Toudert, deux tentatives de kidnappings ont été avortées car repoussées par des citoyens, qui se sont impliqués pour faire échec aux terroristes.

Face à tout cela, l’interrogation la plus récurrente est la position de l’Etat, qui semble-t-il, n’a jamais convoqué une victime libérée après rançon. Il est vrai que contre la mort certaine des mains des terroristes, tous les moyens utilisés pour y échapper sont légitimes. En tout cas, les forces de sécurité, qui continuent à signer de cinglants revers au GSPC, qui n’est qu’à ses derniers balbutiement, a permis un tant soit peu au retour de la quiétude et à la sérénité. Le pire est derrière, le souci collectif à présent est le retour à la paix totale, afin de se consacrer à l’essentiel, qui n’est autre que la relance et le développement de notre wilaya et du pays.

Khaled Zahem