Les élèves, leurs parents, les enseignants et tout le personnel de l’éducation nationale ne semblent pas être épargnés par le tournis et l’angoisse qui caractérisent l’ambiance de la reprise. Cette reprise prévue pour aujourd’hui, soit à une semaine de la fête d’Aïd El Fitr s’annonce d’ores et déjà perturbée.
Effectivement toutes ces caractéristiques font de la rentrée scolaire 2009-2010, une rentrée spécifique et très particulière.
Il faut bien dire que la rentrée scolaire qui s’annonce sous le signe d’un grand remaniement et des changements continus, est synonyme de morosité et d’inquiétude qui hantent aussi bien les enseignants, les élèves que leurs parents. Jamais la rentrée scolaire n’a été perturbée autant que celle-ci.
Ramadan, rentrée scolaire et Aïd El Fitr, véritable saignée pour les parents
Trois événements cruciaux, à savoir le ramadan, la rentrée scolaire et la fête de l’Aïd El Fitr, suscitent la crainte de nombreux ménages algériens. Ces craintes sont justifiées par les lots de manuels scolaires d’un côté et des dépenses pour l’achat des fournitures scolaires de l’autre. Et à cela, s’ajoutent les dépenses liées aux achats de l’Aïd, où le père de famille est sommé de suivre les traditions afin de satisfaire ses enfants.
Il va sans dire que la succession de ces trois rendez-vous va grever les petites bourses qui ont été déjà lourdement affectées durant les trois premières semaines du mois de Ramadan, où une dense mercuriale a sévi sur le marché des fruits et légumes.
De l’avis général, cette suite d’événements représente une véritable saignée sur le plan budgétaire pour les ménages algériens. A tout cela, s’ajoute le risque de la propagation du virus H1N1 (la grippe porcine) qui inquiète aussi bien la tutelle que les parents d’élèves.
Cette préoccupante pandémie a incité le ministre de tutelle à élaborer un plan d’action opérationnel dès la rentrée pour juguler une éventuelle propagation de la grippe porcine dans les établissements scolaires.
Huit heures de cours par jour… néfaste pour les élèves
La nouveauté de cette année réside en le prolongement de l’année scolaire à 35 semaines au lieu de 27, c’est-à-dire jusqu’au 4 juillet 2010. Contrairement aux pratiques du passé, le mois de juin sera destiné aux cours et à l’évaluation des connaissances et des compétences acquises. A souligner que les examens de fin d’année seront redéployés. Le baccalauréat est fixé du 13 au 17 juin, le BEM du 20 au 22 juin et l’examen de fin de cycle primaire se déroulera les 9 et 29 juin pour respectivement les première et deuxième sessions.
Aussi, les élèves bénéficieront de plus de temps de repos de 45 jours avec six périodes de vacances. Ce qui n’est pas logique aux yeux des enseignants c’est l’article 3 de l’arrêté du 25 août 2009, qui fait obligation aux enseignants et à l’ensemble des personnels du secteur de l’éducation nationale de prendre part, durant les vacances scolaires, à l’encadrement des concours officiels et a la correction de ces derniers ainsi qu’aux opérations de formation programmées en tant qu’encadreurs ou bénéficiaires.
Ce qui a enclenché le mécontentement de certains syndicats du secteur qui affirment que «priver les enseignants de leurs vacances est une chose inacceptable».
Avec cette nouvelle réglementation annoncée par M. Benbouzid, les élèves et les enseignants devraient ainsi s’habituer à ce nouveau régime horaire et des durées de cours qui ne se terminent qu’à des heures tardives de la journée. Ce qui veut clairement dire que ces élèves sont contraints de passer plus de sept heures en classe. Un défi qu’aucun des élèves ne pourra relever. Bien au contraire, ce nouveau régime horaire influera de manière négative sur leurs capacités à pouvoir assimiler les cours. Il conviendra de dire que la durée des cours imposée par le nouveau week-end est plus que néfaste pour les élèves.
Mais après que les examens de fin d’année auront été effectués, qu’est ce qui obligera les élèves à se présenter aux cours en pleine canicule du mois de juillet.
Des dizaines, voire des centaines de collèges et lycées continuent à souffrir sérieusement d’un déficit d’enseignants, particulièrement dans certaines matières comme le français, les mathématiques. Ainsi, tout l’optimisme des responsables de l’Education exprimé à chaque reprise vis-à-vis de la réussite de leur réforme se trouve minimisé, voire pulvérisé par la triste réalité du terrain. A cela, s’ajoute le retard enregistré dans l’ouverture des concours de recrutement. Ce retard, a indiqué le SG de l’Union nationale des professeurs de l’éducation fondamentale (UNPEF), influera de manière négative sur la scolarisation des élèves.
Imiter les pays européens, l’une des prérogatives de Benbouzid
Comparant la réalité du système éducatif de notre pays à celui des pays arabes et européens, le premier responsable de l’éducation nationale a affirmé que «l’Algérie enregistre un grand retard dans la date de la rentrée scolaire». Pour illustrer ses propos, il cite l’exemple de la Tunisie, du Maroc, de la Hollande, du Danemark et de la France dont la rentrée scolaire a lieu le 1er septembre, tandis que la rentrée scolaire en Allemagne et dans la Jordanie se fait le 1er-août.
Le ministre a évoqué la nécessité de se conformer à ces pays que ce soit dans le volume horaire ou dans la date de la rentrée scolaire. Cette décision intervient après que le département de Benbouzid a démontré que l’Algérie enregistre un retard de 10 semaines par rapport à la moyenne européenne.
M. Benbouzid a, à maintes reprises, révélé qu’il est «un grand copieur». Reste à savoir si le premier responsable de l’Education nationale copie pour l’intérêt de nos enfants ou pour juste imiter les pays européens.
Le coordinateur national du Conseil national autonome des professeurs de l’enseignement secondaire et technique (Cnapest) n’est pas aller avec le dos de la cuillère pour critiquer les réformes de Benbouzid.
«Un budget très important estimé à 500 milliards de DA a été alloué au secteur de l’Education nationale. Mais malheureusement aucun résultat positif n’a été enregistré», a-t-il déploré. Seules les réformes qui ne sont pas bien réfléchies continuent à susciter le mécontentement des syndicats du secteur et des parents d’élèves qui s’inquiètent quant à l’avenir de leurs enfants.
Pour l’enseignement primaire, une nouvelle organisation du temps scolaire a été mise en place. Les horaires d’enseignement sont réduits à tous les niveaux du cycle primaire dont la durée de séance d’enseignement passe de 60 mn à 45 mn. Ce qui permet, selon le communiqué de la tutelle, d’enseigner dans les standards universels. Le ministre avait indiqué à ce propos qu’avant l’application de ce projet, des groupes de travail seront installés en octobre pour faire subir cette nouvelle méthode à des expériences pilotes, de manière à savoir ses points faibles afin de les prendre en charge et probablement d’appliquer cette méthode l’année prochaine. Apparemment le ministre n’a pas pu patienter jusqu’à l’année prochaine pour appliquer son projet. Ainsi, l’élève fait encore l’objet d’expériences indéterminables et continue à payer les frais de ces réformes qui ne sont même pas bien réfléchies.
L’uniformisation des tabliers pour les élèves sème la zizanie
Parmi les instructions du ministre de tutelle, on relèvera l’uniformisation des tabliers scolaires pour les scolarisés. En effet, le ministère de l’Education nationale a ordonné aux directeurs d’établissements scolaires, en cette fin d’année scolaire 2008/2009, d’afficher la circulaire liée à l’uniformité du tablier scolaire à partir d’aujourd’hui.
Pour les élèves des cycles primaire et moyen, ils devront mettre un tablier bleu pour les garçons et rose pour les filles. Quant aux lycéens, ils porteront le tablier blanc.
Cette décision émanant du département de Benbouzid vient effacer la différence sociale des élèves.
Il faut dire que cette décision a semé la zizanie chez les parents d’élèves qui ont soulevé moult interrogations à propos de la couleur spécifique des tabliers des élèves.
Le ministre a, à cet effet, indiqué que «son département ministériel n’exige pas un bleu et un rose spécifiques pour les tabliers des élèves pour la rentrée scolaire 2009/2010, en attendant l’adoption de l’uniformisation des couleurs des tabliers au cours de la prochaine année scolaire». Les élèves des cycles primaire et moyen doivent donc porter des tabliers de couleur bleue pour les garçons et rose pour les filles, tandis que la couleur blanche a été retenue pour les tabliers des élèves du cycle secondaire. «Peu importe que les couleurs de ces tabliers soient foncées ou claires», a expliqué le ministre de tutelle pour mettre fin à toute cette polémique.
Pas de sévices moraux et de châtiments corporels
Conscient de la gravité et de l’ampleur du phénomène de la violence en milieu scolaire, le ministère a pris un certain nombre de mesures. Il s’agit, entre autres, de l’interdiction, par des dispositions législatives et réglementaires, des châtiments corporels et des insultes, brimades et humiliation et prise de sanctions administratives pouvant aller jusqu’à la radiation à l’encontre de tout contrevenant à cette interdiction et qui peut même faire l’objet de poursuites judiciaires. La loi d’orientation sur l’éducation, notamment son article 20, instruit les élèves sur la nécessité de respecter leurs enseignants et tous les autres membres de la communauté éducative, ainsi que son article 21 qui interdit le châtiment corporel, les sévices moraux et toutes formes de brimades. Le projet de décret est en instance de publication. Les arrêtés et les circulaires abondent dans le même sens.
Des mouvements de protestations dés la rentrée
De nombreuses actions sont prévues par les syndicats nationaux de l’Education nationale afin de faire valoir leur plate-forme de revendications. Il s’agit notamment du Syndicat national autonome des professeurs de l’enseignement secondaire et technique (Snapest) qui a brandi la menace de reprendre le chemin de la protesta si ses propositions relatives à l’élaboration du régime indemnitaire ne sont pas prises en charge. Pour sa part, le Conseil des lycées d’Algérie (CLA) compte geler les lycées dès aujourd’hui. Quant aux adjoints de l’éducation, ils comptent observer une grève nationale de quatre jours, cyclique chaque mois, et ce à partir d’aujourd’hui. Les enseignants contractuels, quant à eux, menacent d’observer une grève de la faim en octobre. Ces derniers n’ont pas cessé depuis plusieurs années de réclamer leur intégration, mais en vain.
Lemya Ouchenir
