De lourds cartables sur de frêles épaules

Cette année encore, les cartables n’ont pas diminué de volume ; bien au contraire, ils ont pris du poids faisant la hantise des petits écoliers du primaire qui renouent avec le fardeau de ces cartables « surchargés » au sens exact du terme. Ils font pitié à voir, pliés sous le poids des livres et cahiers, entassés et bourrés à bloc.

Leurs ombres sur les murs reflètent une authentique silhouette d’une tortue géante qui se déplace péniblement. Ces malheureux enfants du cycle primaire avancent pliés en deux sous le poids du cartable, avec l’échine obligatoirement courbée, en avant pour se maintenir en équilibre, il suffit d’un simple trébuchement pour les voir s’étaler par terre écrasés par le poids des articles scolaires qui dépassent de très loin les normes universellement appliquées.

Un citoyen commerçant de son état raconte avoir pesé sa fille et son cartable (réflexe professionnel obligé), il a obtenu le résultat suivant : la fillette en 3e année primaire pèse 29 kilos, le cartable 11 kilos, soit le cartable pèse plus d’un tiers du poids de l’écolière. Le plus bizarre, c’est le fait que ces écoliers sont obligés de trimballer avec eux leurs cartables en sortant à midi et revenir avec leurs fardeaux sur le dos pour la reprise des cours de l’après-midi.

Les écoliers qui habitent un peu loin de leur école préfèrent ne pas rentrer chez eux à cause de ces lourdeurs et préfèrent attendre pour certains, plus de deux heures devant le portail de l’école, la reprise des cours, et cela qui’il vente ou qu’il pleuve. Des enseignants interrogés à propos de cet état de fait, expliquent que c’est pour éviter des vols entre élèves de divers niveaux, qui suivent par intervalle les cours dans les mêmes classes, qu’on oblige ces enfants à ne pas se séparer de leurs cartables.

Que penser alors de ces écoliers qui font un peu plus de 4 kilomètres par jour, à l’aller et au retour, chargés qu’ils sont, et pour la plupart, en empruntant des pistes boueuses qui demandent un effort supplémentaire le long du trajet et qui attendent encore une foisn, chez eux la corvée des devoirs.

Ces malheureux, qui sont en pleine période de croissance risquent en plus de la déformation de la colonne vertébrale et cela pour ceux qui sont physiquement bien portant ; pour ceux de santé fragile, il est facile d’imaginer leur calvaire à cause du tâtonnement dans l’élaboration du programme scolaire qui saute sans crier gare du fondamentale au classique, ensuite au mélange des deux selon l’humeur des décideurs, qui restent encore après un demi siècle de l’indépendance au stade des réformes qui n’en finissent pas, au point de provoquer un rejet psychologique de l’école chez les enfants des zones rurales dont les conditions de scolarisation sont loin d’être attirantes pour plusieurs aspects. Pour couronner le succès imaginaire dans de texte de leurs réformes composées d’un programme aussi surchargé que les cartables, ils bombardent cette année, nos potaches d’une heure supplémentaire de cours par jour, à titre d’arrangement pour le nouveau week-end à l’algérienne c’est-à-dire ni universel ni local, mais de nulle part.

Parions que les résultats seront à la hauteur de ce programme mi-figue mi-raisin, sinon plus pire.

Oulaid Soualah