Vingt-quatre ans d’ouverture démocratique biaisée. Le rêve d’un multipartisme construit sur des bases solides s’est évaporé devant la tournure tragique qu’ont prise les événements.
Des centaines de morts jonchaient les rues des grandes villes algériennes, la torture était érigée en mode de gestion des soulèvements populaires, la manipulation était à son comble, même si les raisons d’un soulèvement spontané étaient réunies. Crises économique et chute vertigineuse des prix du baril de pétrole depuis 1986, crise identitaire, fermeture du champ politique et médiatique, crise existentielle chez la jeunesse, pénuries, agitation de l’opposition…, tout était réuni pour une explosion sociale qui allait sauter les verrous d’un pouvoir aux abois. Faute d’une canalisation de la part des militants progressistes et la répression qui s’abattait, notamment sur les militants de gauche et les berbéristes, les hordes islamistes trouvaient en cette situation, à laquelle ils se sont greffés, un tremplin pour faire valoir leur sinistre projet. La confirmation ne viendra pas plusieurs années après l’ouverture dite démocratique de 1988, mais juste après l’arrêt du processus électoral, qui a vu l’Algérie sombrer dans une spirale de violence jamais connue. Le terrorisme islamiste sévit toujours! Le soulèvement d’Octobre 1988 a conduit à la démission de Chadli Bendjedid, lequel a légalisé l’activité du parti extrémiste le FIS, et a inséré de nouvelles donnes dans la Constitution de 1989, telles les associations à caractère politique, la création d’organes de presse privés…
Les aspirations d’Octobre, comme projet d’une société prise en otage par une gestion chaotique d’un FLN dépassé par le temps et les nouvelles mœurs politiques rêvées par les Algériens, se sont retrouvées, fatalement, entre le marteau d’une opposition démocratique longtemps réprimée dans le sang et un islamisme ravageur, promettant l’enfer au propre comme au figuré aux « ennemis d’Allah ». La Kabylie, région où l’engagement politique en faveur de la démocratie et l’amazighité est sans ambages et ce depuis 1963, n’était pas loin du soulèvement du 5 octobre 1988, même si elle n’avait pas pris part aux manifestations de rues. Elle a eu à exprimer ses penchants démocratiques et ses convictions amazighes depuis le Printemps berbère de 1980. Un soulèvement qui ne souffre aucune ambiguïté, vu le combat de longue haleine qu’ont eu à mener des générations de militants berbéristes. La conscience politique élevée qui caractérisait les militants de 1980 était ce rempart contre toute tentative de récupération du mouvement du Printemps berbère autant par le pouvoir que par d’autres forces politiques. Les événements de 1980 étaient une leçon pour tous les Algériens qui militaient pour un changement positif. Même si, aujourd’hui, la tendance tend à qualifier Octobre 1988 de pure manipulation du pouvoir de l’époque, étant en panne d’idées nouvelles, les aspirations de la jeunesse de l’époque étaient semblables à celles d’Avril-80, hormis le fait que la Kabylie en 1988 a, contrairement aux autres régions, appelé au calme, afin de barrer la route aux manipulateurs de tout bord et éviter, ainsi, un bain de sang dans la région.
M. Mouloudj
