Village martyr par excellence avec 48 chahids, offrande pour la liberté et la dignité, il a été des années durant le refuge des compagnons du colonel Amirouche, jusqu’au jour où la population était forcée à le quitter pour Sidi Aïch pour certains, Ath Waghlis et Alger pour d’autres où ils demeurent jusqu’à présent. Brûlé et bombardé sans relâche à partir des postes avancés de l’armée coloniale, situé sur les hauteurs de l’Akfadou, sa population a connu les affres les plus barbares commises par les hordes sauvages et mercenaires de l’armée française, notamment un certain 22 février 1958 quand, enfants, femmes et hommes avaient été rassemblés au lieudit « Alma » pour assister à l’horrible massacre de huit innocents dont une jeune femme, torturée, égorgée puis brûlée sans état d’âme.
Après l’indépendance, il a été rattaché administrativement à la commune de l’Akfadou puis Tifra au milieu des années quatre-vingt. Situé au pied de la dense forêt de l’Akfadou, Tasga est l’un des cinq villages qui constituent le douar Ikedjane.
S’il est classé en deuxième position après Tifra de part sa superficie et sa population, estimée à plus de mille habitants, il est néanmoins l’un des villages les plus déshérités, étant oublié et complètement marginalisé par les autorités locales.
Sa population constituée à 90% de jeunes est touchée de plein fouet par la déperdition scolaire et le chômage, ce qui les poussent à se tourner vers des petits métiers quand ils arrivent à en trouver bien sûr, notamment dans les quelques chantiers en activité dans la région, mais aussi vers l’élevage bovin qu’ils pratiquent d’une manière traditionnelle, c’est-à-dire en s’articulant sur la forêt qui leur assurent 80% de l’alimentation de leur cheptel. Les produits de la forêt constituent aussi une source de gagne-pain, pas toujours facile pour certains, alors que la majorité écrasante des jeunes n’ont de ressources que les pensions de retraites de leurs parents.
Deux commerces en alimentation générale, un café, deux librairies et un magasin d’habillement, voilà bien en quoi se résume l’activité commerciale des quelques mille habitants de ce village.
Les imposantes bâtisses de certains richissimes ne peuvent en aucun cas cacher la misère de la majorité de la population et le désarroi d’une jeunesse qui se consume à petit feu. Un constat des plus amers matérialisé par l’inexistence d’opportunités d’emplois et d’avenir. Dans ce village, il n’existe aucune structure culturelle ou sportive et les routes et chemins sont dans un état lamentable, ressemblant plus à des sentiers qu’à autre chose et se transforment en rivières en temps de pluie, notamment. Les conduites de l’AEP et celles des eaux usées laissent à désirer. A titre d’exemple, le tout nouveau quartier du côté d’Alma, construit dans le cadre de l’aide de l’Etat à l’habitat rural, est sans eau, sans réseau d’assainissement ni électricité.
L’inexistence de routes ou pistes carrossables oblige les habitants de l’intérieur du village à transporter leurs marchandises à dos de bêtes de somme, les choses se compliquent davantage quand il s’agit du transport d’une personne malade ou en cas d’incendie. Une situation désastreuse et un cadre de vie qui se dégrade de jour en jour, et qui pousse de plus en plus les habitants à un exode massif vers d’autres contrées plus clémentes, Sidi Aïch notamment et la cité des Hammadites pour certains qui disposent de moyens financiers adéquats.
Sur le plan de la solidarité, l’entraide et le respect mutuel qui caractérisait et rythmait jadis la vie et le quotidien de ses habitants sont entrain de disparaître progressivement, cédant place à la méfiance, l’individualisme et la déchirure du tissu social du village.
Une vraie léthargie règne sans partage ni limite sur le village, ce qui laisse à penser qu’être habitant de Tasga, c’est avoir l’assurance de vivre sans but et mourir pour rien.
Arezki Toufouti
