« Je pense que le renouveau du football algérien est une réalité »

Avant d’être sélectionneur, vous aviez joué pour beaucoup de clubs algériens et étrangers…

Athmane Ibrir : J’ai fait toutes mes classes au MCA, et j’ai même joué en senior à l’âge de 18 ans, avant de rejoindre la JSEB (club de mon quartier) pour 4 ans puis le RCK. J’ai joué ensuite dans deux clubs professionnels au Canada, l’Impact de Montréal et le Supra de Montréal avec un passage d’une année au Sultanat d’Oman. J’ai été sélectionné en équipe nationale espoir et j’ai même occupé le poste de capitaine de l’EN Universitaire.

Et coté professionnel, vous avez été entraîneur de plusieurs sélections surtout chez les jeunes. Pouvez –vous nous en dire plus ?

Professionnellement, je suis conseiller en sport. Après cinq ans à l’ISTS, je suis parti au Canada pour continuer ma maitrise à l’Université d’Ottawa où j’ai eu ma licence A canadienne. C’est le plus haut diplôme au Canada et à la Concacaf. J’ai occupé plusieurs postes d’entraîneurs depuis 1992. De 1992 à 1996, j’ai été entraîneur de l’équipe nationale canadienne des U-17. Une année plus tard j’ai pris en main l’EN Canadienne des U -22 avec laquelle j’ai remporté les jeux de la francophonie à Madagascar. Ensuite, j’ai occupé le poste de directeur technique national à la fédération québéquoise pendant 2 ans. J’ai signé mon premier contrat avec la FAF le 1er Janvier 2007.

Vous avez toujours travaillé avec les jeunes. Est-ce une envie de participer à la formation de jeunes talents ?

J’ai toujours travaillé avec les jeunes. A la FAF, et après l’officialisation de l’organisation par l’Algérie de la CAN des U-17, un projet important a vu le jour et M. Haddadj a tenu à me confier la mission de préparer une équipe pour ce tournoi. On a fait les premiers stages entre février et juin 2007 en prospectant les joueurs nés en 1992 et qui étaient concernés par la coupe d’Afrique, et c’est à partir de là qu’on a décidé de créer une académie de football pour réussir dans la compétition. Il y a un manque de formation au sein des clubs, pas par manque de volonté mais dû à l’absence de moyens (terrains, ballons, prise en charge).

Justement, parlez-nous un peu de l’aventure dont vous êtes l’un des fondateurs à savoir l’académie de la FAF ?

L’Académie de la FAF a été mise en place en août 2007 et elle a été pour beaucoup dans la qualification de l’Algérie à la Coupe du monde de la catégorie. L’AC de la Faf est un concept mondial, utilisé dans plusieurs pays avec une dénomination différente (centre de formation, école de football). Elle a pour objectif de concilier les études et le sport, même si ce dernier prend une grande place dans la vie du jeune. Les débuts de l’académie ont été très difficiles, surtout que les jeunes n’avaient pas l’habitude mais au fur et à mesure, tout s’est très bien déroulé. Le grand mérite revient au staff technique de la catégorie qui a consenti des sacrifices. Maintenant, il existe trois générations de cette académie qui demeure un grand acquis pour le football algérien.

Les clubs doivent s’y engager aussi en créant leur propre centre…

Le futur n’est pas l’Académie de la FAF mais celui des clubs car la fédération ne fait que montrer la voie aux clubs. Les membres des staffs techniques de l’académie doivent partager maintenant leur expérience avec les clubs pour que ces derniers prennent le relais. Ces académies vont porter leurs fruits quand on aura notre propre centre de préparation et de formation. On est en train de travailler avec les moyens du bord. Le centre de Sidi Moussa peut être une vraie bouffée d’oxygène pour le football national car c’est un joyau pour la formation et le développement du football national.

Ces académies ont été comme une recette magique pour le succès, n’est-ce pas ?

La recette du succès de l’EN U -17, c’est surtout le travail et le sérieux. Je pense que nous avons très bien travaillé. J’ai mis à la disposition de cette équipe toute mon expérience. C’est une réussite pour nous et pour le football algérien.

La FAF a mis les moyens cette fois-ci pour la réussite de ce projet…

La fédération a énormément misé sur cette classe et en deux ans, nous avons joué 42 matches internationaux. C’est un bon investissement pour des jeunes de 17 ans qui ont de l’avance en matière d’expérience par rapport à leurs aînés. L’EN U-17 est celle des records. Elle se qualifie pour la première fois au mondial de la catégorie, elle joue en deux ans seulement tout ce nombre de matches. C’est le fruit du travail effectué en y mettant le cœur et surtout le sérieux car c’est la seule façon de réussir.

Parlez-nous un peu de la préparation de la CAN 2009 qui a eu lieu à Alger ?

On a très bien préparé la CAN d’Alger. Dès le départ, on a étudié le profil des équipes africaines afin de relever le défi physique car les joueurs africains sont quasiment des seniors. A partir de là, on a mis les joueurs dans un championnat plus âgé pour jouer contre des équipes comprenant des éléments nés en 1989. Les cadets ont alors compris qu’il fallait s’accrocher pour combler ce retard physique par de la technique ou le jeu tactique. Les adversaires étaient beaucoup plus forts physiquement mais on a su jouer intelligemment en développant du beau jeu tout en s’accrochant physiquement en jouant « la zone », pour se mettre à deux ou à trois sur le même joueur. Cela nous a demandé beaucoup de débauche d’énergie pour compenser notre retard physique par l’endurance physique. On a été très opportunistes en marquant un but à l’adversaire avant de préserver le score. Il y a un point où on a fait énormément de progrès c’est le côté mental. Les jeunes ont appris les valeurs du travail, de l’entraînement et du sérieux.

Une qualification historique pour le tournoi mondial…

Une qualification méritée tout d’abord pour une équipe qui s’est beaucoup sacrifiée. Déjà, lors de la CAN, nous sommes tombés sur un groupe assez relevé en compagnie du Cameroun, de la Guinée et de la Gambie. On s’est qualifiés au tour suivant grâce à notre solidité défensive mais aussi notre mentalité.

Puis sont venues les demi-finales et la grande finale face aux Gambiens…

En demi-finale, nous avons fourni une belle prestation face au Burkina-Faso. Cela est dû au fait que nous nous sommes libérés suite à notre qualification au mondial. Face aux Burkinabais, nous avons montré beaucoup de qualités. Un jeu de haut niveau pour continuer, il nous restait pas beaucoup de ressources physiques et cela est dû essentiellement au manque de profondeur dans la formation en Algérie car nous possédons de bons joueurs mais on manque d’excellents éléments. L’essentiel est d’avoir réussi cette coupe d’Afrique avec en prime une qualification historique au mondial. Maintenant, on doit travailler encore plus pour assumer notre rôle en Afrique.

Qu’en est-il de l’avenir de l’EN U-17?

Les meilleurs de l’U-17 rejoindront la sélection nationale des U-20 qui préparent le championnat d’Afrique des nations de 2011. C’est vrai qu’ils seront plus jeunes que les joueurs de l’effectif actuel mais les cadets ont plus de 40 matches internationaux dans les jambes. On tablera sur cinq ou six joueurs qui pourront alimenter l’équipe nationale. Mon contrat expire en décembre 2009.

Pour conclure, pouvez-vous nous résumer en quelques mots vos deux ans et demi à la tête de la sélection nationale U-17 ?

Il faut tout d’abord remercier la Fédération Algérienne de Football qui a dégagé tous les moyens pour prendre en charge ces jeunes. La FAF a beaucoup investi dans cette catégorie. Je pense que le renouveau du football algérien est une réalité.