En matière de patrimoine forestier, la wilaya de Bouira dispose d’un couvert végétal géré par deux structures relevant de la direction générale des forêts : la conservation de la wilaya et le Parc national du Djurdjura. Cette couverture forestière de la wilaya de Bouira est estimée à quelque 112 000 hectares, soit 26% de la superficie de la wilaya, qui s’étend sur les massifs du Djurdjura, l’Atlas blidéen (daïras de Lakhdaria, Kadiria et Souk Lekhmis), les Bibans (Bechloul, El Hachimia et Bordj Okhriss) et le Titteri-Hodna (Sour El Ghozlane, Dechmia). Cet espace a subi une forte dégradation au cours des deux dernières décennies suite aux grands incendies criminels. Il a subi également d’autres types d’agressions dues aux coupes illicites, défrichements et occupations illégales par certaines constructions. De plus, des signes d’érosion n’ont pas manqué de se manifester là où la forêt a reculé. C’est le cas à la périphérie des maquis de chêne vert d’Aghbalou. Les facteurs sociaux et humains qui concourent à la dégradation de la forêt sont, entre autres : présence humaine autour et à l’intérieur des massifs forestiers, pauvreté et chômage qui conduisent les habitants à commettre des délits forestiers pour pouvoir subvenir à leurs besoins primaires (coupe et vente illicites de bois, défrichements pour l’extension des parcelles de céréales, surpâturage…), présence des carrières d’extraction de pierre et des stations de concassage à l’intérieur des massifs, constructions illicites d’immeubles à usage d’habitation ou d’élevage et incendies liés aux activités agricoles, aux négligences ou aux actes criminels. Des facteurs que l’on retrouve dans la majorité des régions de la wilaya, et qui ont fragilisé davantage l’écosystème forestier et réduit l’étendue du couvert végétal. Pour revaloriser le tissu forestier, une nouvelle approche a été adoptée par le gouvernement visant à associer le riverain en tant qu’élément vital de ce milieu complexe et en sa qualité de partie prenante privilégiée dans la nouvelle définition du développement rural. C’est ainsi que la politique du renouveau rural, articulée autour des PPDRI, depuis 2005, le Projet d’emploi rural (PER II) et depuis peu le PPDR, sont venus apporter une assistance aux populations rurales riveraines de la forêt, pour augmenter leurs revenus par une diversification des activités agricoles et rurales et pour en faire des partenaires de l’administration dans l’action de préservation du patrimoine forestier. La sensibilisation des citoyens à la préservation de la forêt est une action considérée comme l’épine dorsale de toute forme de prévention. Des citoyens qui sont de ce fait appelés à collaborer avec le service des forêts et de la Protection civile pour une action de salubrité publique qui engage l’avenir de la collectivité. A ce propos, le Parc national du Djurdjura (PND) ne lésine pas sur les efforts pour sensibiliser le citoyen à travers le territoire relevant de cette entité administrative qui doit gérer pas moins de 18 550 ha répartis sur 18 communes (12 dans la wilaya de Tizi-Ouzou et 6 dans la wilaya de Bouira). En effet, la montagne du Djurdjura constitue un écosystème botanique, faunistique et climatique qui lui a valu sa classification en réserve naturelle. Les sites les plus en vue sont Tikdja, Lalla Khedidja, Tala Guilef et la cédraie des Aït Ouabane. Pendant la colonisation, la zone de Tikjda a pu obtenir un statut spécial par rapport au reste du territoire, ce qui préfigurait déjà une ébauche de parc naturel. Sur le plan réglementaire, ce n’est qu’en 1983 que le massif du Djurdjura accéda au statut de parc national (PND). La mission dévolue aux parcs nationaux se répartit en plusieurs actions, à savoir la préservation de la flore et de la faune et de leurs biotopes, la conservation des sites archéologiques spéléologiques et géomorphologiques et le développement des activités de recherche scientifique et de vulgarisation. A cela s’ajoutent les activités de développement rural particulièrement à la périphérie des zones délimitées puisque la majorité d’entre elles sont fortement habitées. Le territoire du PND compte, dans l’état actuel de la recherche, 990 espèces de plantes dont 32 sont endémiques, 145 rares et 70 très rares. Sur le plan faunistique, des espèces en voie de disparition trouvent dans la réserve du Djurdjura, le refuge idéal pour leur préservation. Il en est ainsi de l’hyène rayée, la mangouste, la genette et quelques rapaces comme le percnoptère, le gypaète bardu et l’aigle royal. L’animal emblématique de ces tréfonds de montagne est sans conteste le singe magot qui est une espèce maghrébine (Algérie – Maroc). Les oiseaux sont également bien représentés puisqu’on y rencontre pas moins de 114 espèces dont 47 sont migrateurs. Durant la saison estivale, et plus précisément au mois d’août dernier, le massif forestier de la wilaya a énormément souffert des incendies récurrents qui ont ravagé plusieurs hectares de forêt comme cela a été le cas à Tikjda. On avait recensé alors la destruction par les flammes de 40 hectares de cèdres noirs séculaires, 60 hectares de chênes certes et 40 hectares d’une céderaie en état de regénérescence sans compter près de 50 hectares d’arbres fruitiers, maquis et broussailles. Une perte inqualifiable pour l’écosystème de la région classé réserve biosphère au patrimoine mondiale de l’Unesco. Une réserve biosphère qui gardera pendant longtemps encore les séquelles et les préjudices de ces actes criminels imputés à des bergers pyromanes. A noter que plusieurs campagnes de reboisement sont prévues durant cette période automnale par l’administration des forêts pour tenter de réparer les dégâts occasionnés, mais cela sera-t-il suffisant pour permettre à la faune et à la flore d’évoluer et de s’épanouir dans un écosystème calciné ? Peut-être, à condition que ce genre d’incendie ne se reproduise pas l’année prochaine.
Hafidh B.
