Entre 1962 et 1990, c’était la période des réformes et des soulèvements, la recherche de son identité, sa culture et les appartenances idéologiques qu’une certaine organisation nommée « les Frères musulmans » remua ciel et terre pour imposer dans le monde arabe et même au-delà et l’Algérie n’a pas été épargnée. Depuis 1961, un certain El Yemmeni fera des voyages en Algérie, officiels et en mission « prédicateur » qui, du reste, serviront à enraciner des valeurs inconnues à la société algérienne.
L’Algérie fraîchement libre et indépendante, l’occasion pour les baâthistes d’étendre leur réseau et c’est les hommes à Saïd Qotb, père spirituel et militant acharné des frères musulmans qui se chargera de la logistique et prêcher un discours macabre et l’Algérie et l’une de ses cibles.
Après sa mort en 1966, ses acolytes prennent le relais et les années 1970 seront celles de la mutation et la rupture avec un certain mode de vie, le discours religieux sera politisé et l’apparition de Mustapha Bouyali, opposant islamiste et leader du mouvement islamique armé, qui par un discours sulfureux que d’aucuns qualifieraient à l’époque de retour aux valeurs islamiques, mobilisera les foules dans les mosquées, les quartiers et les rues. Néanmoins, les islamistes qui étaient peu nombreux rasaient les murs, un mouvement se met en place, et c’est Mahfoud Nahnah qui sera l’un des cerveaux de ce mouvement.
Les valeurs de Novembre commencent à s’immiscer, en faveur d’un discours politique bien ancré et tyrannique et un islamisme dont la montée se dessinait petit à petit. C’est en quelque sorte la marche de l’empereur, les esprits sont endoctrinés et l’Etat dépassé. Après les années 1980, c’est l’apocalypse et les événements se multiplient et que resta-t-il de l’appel de Novembre ?
La Déclaration de 54 qui exigeait l’instauration de l’Etat algérien souverain, démocratique et social dans le cadre des principes islamiques fût détournée par le discours religieux qui, à la faveur de l’ouverture après les événements sanglants d’Octobre 1988, permettra la création d’un parti (le Front Islamique du salut) dont les fondateurs activaient depuis belle lurette et étaient pour la plupart des universitaires, issus des facultés islamiques tunisiennes, égyptiennes et pakistanaises.
Bouyali mort en 1987, les protagonistes du mouvement prennent le relais et le Premier ministre de l’époque a commis l’irréparable.
Les valeureux martyrs devaient se retourner dans leur tombe, la lutte acharnée contre le colonialisme n’était qu’un lointain souvenir pour les islamistes.
L’arrêt du processus électoral sera le déclencheur d’une guerre civile sanglante et, 30 ans après l’Indépendance, retour à la case départ, si ce n’est pire. Les acteurs de cette guerre ne peuvent réprimer la haine, la gestion du pays depuis des années était aux abois, l’Algérien ne prêchait guère la conviction, compte tenu de la tournure que prendra cette débâcle électorale, les islamistes imposèrent leurs traditions importées d’ailleurs, et c’est tout un peuple qui se trouva orphelin, le pays aussi à la faveur d’un tohu-bohu et d’une cacophonie qui dura plus de dix ans. Aujourd’hui, les Algériens regrettent encore l’époque où nos maquisards combattaient avec ferveur pour l’instauration d’une République libre, souveraine et démocratique, l’Algérie c’est métamorphosée, ses gens aussi, la guerre a enfanté des hommes mais aussi une lutte acharnée pour la prise du pouvoir, et la main de l’étranger est amplement responsable dans cette descente aux enfers dont le pays ne connaîtra pas la stabilité. Oui, que reste-t-il de Novembre ?
Hacène Marbouti