Ce qui est arrivé à notre équipe nationale en prenant le chemin vers l’hôtel de domiciliation, qui n’est qu’à seulement 1 km de l’aéroport du Caire, illustre parfaitement l’hystérie dans laquelle est plongée la rue égyptienne contre le onze algérien. Le bus transportant l’équipe algérienne et l’ensemble du staff technique a été pris d’assaut par un groupe de supporters, qui a gravement caillassé le bus, causant d’importants dégâts matériels, et occasionnant des blessures à 3 joueurs ainsi qu’à l’entraîneur des gardiens. L’équipe de Canal+, présente dans le bus, a été témoin de l’agression caractérisée dont a été victime la délégation algérienne.
Toute la scène de violence a été prise par les teléphones portables et par la chaîne française, qui a tout diffusé dans les heures qui ont suivi l’agression. Il faut signaler que pratiquement tous les médias égyptiens ont versé depuis des semaines dans la haine et la passion démesurée à l’occasion de ce rendez-vous sportif. Point de doute sur l’acharnement des médias égyptiens contre l’équipe nationale, le staff technique et l’Algérie entière, en s’avançant même à déclarer que l’Egypte aura son billet pour l’Afrique du Sud en usant de tous moyens, entendre par là le débordement, la violence, la corruption, outrepassant toutes les recommandations fixées par les organismes dûment habilités dans ce domaine, la CAF, la FIFA. En dépit du bon accueil et des formalités d’usage accomplies correctement par la délégation algérienne, à son arrivée à l’aéroport du Caire en provenance de Rome, le fâcheux incident renseigne sur la défaillance du système sécuritaire égyptien, qui a failli dans sa mission, avec le risque de provoquer une crise diplomatique entre les deux états. Sitôt alertée de l’agression, la diplomatie algérienne s’est mise en branle afin d’abord de comprendre ce qui s’est passé et ensuite de stopper la dérive.
Hachemi Djiar, ministre de la Jeunesse et des sports, Mourad Medelci, ministre des Affaires étrangères, et Mohamed Raouraoua, président de la FAF, n’ont pas tardé à réagir pour condamner l’acte abject qui a ciblé la délégation algérienne, à la veille d’un important rendez-vous.
L’ambassadeur d’Egypte à Alger a été convoqué au ministère des Affaires étrangères pour s’expliquer sur la tournure prise par les évènements. Le ministre de la Jeunesse et des Sports algérien, présent au Caire, a rencontré son homologue égyptien, sommé de s’expliquer sans convaincre. Le président de la République algérienne, Abdelaziz Bouteflika, était en contact téléphonique permanent avec les ministres des Affaires étrangères et de la Jeunesse et des Sports. Des instructions fermes ont été données. Les deux ministres sont tenues d’assurer la sécurité et les conditions aux représentants de l’Algérie à cette compétition internationale. Ironie du sort, avec toute la véracité des faits sur la responsabilité directe et sans ambages du dérapage grave qui a ciblé la délégation algérienne, le lendemain du forfait et la nuit qui a suivi, tous les comptes rendus de presse des médias égyptiens ont endossé l’incident à la délégation algérienne, allant même jusqu’à simuler des scénarios de violence, que les joueurs Algériens ont eux même saccagé de l’intérieur le bus qui les transportait et que cela et sciemment fait dans l’objectif de créer une situation confuse et porter le chapeau à l’Egypte. Le représentant de la FAF en Egypte, présent sur les lieux, a fait une déclaration claire et nette, reconnaissant que la délégation algérienne a bel et bien été agressée par des supporters égyptiens, non loin de l’hôtel de domiciliation qui leur a été réservé.
Il faut dire aussi que les autorités égyptiennes ont brillé par leur désinvolture au niveau de l’hôtel.
Deux mariages ont été programmés avant-hier jeudi et hier vendredi dans l’enceinte même de l’hôtel, n’ayant guère tenu compte de la présence de l’équipe algérienne à deux jours d’une importante rencontre.
La délégation algérienne qui a élu domicile au 4e étage de l’hôtel en question s’est opposée à la tenue de ces deux mariages, finalement annulés et déplacés de l’hôtel réservé à l’équipe nationale algérienne. Après l’agression, la délégation algérienne qui est arrivée à l’hôtel, scandait à tue-tête “one, two, three, viva l’Algérie”. Les joueurs algériens ont montré une parfaite résistance à ce complot et ont redoublé de conviction et d’abnégation à remporter ce match. Certains joueurs se sont même déclarés pas du tout affectés. “Tout se passera sur le terrain et nous sommes déterminés à prouver que nous sommes meilleurs et à rendre heureux le peuple algérien”. Si la tension et la pression sont fortes en Egypte pour les Verts, elles le sont encore davantage pour tous les Algériens en Algérie. Les Algériens, tout en anticipant 48 heures avant, le climat festif de ce soir, après la qualification, suivent de très près le développement de l’affaire en Egypte.
A Tizi Ouzou, des carrefours et des lieux d’attroupement sont improvisés avec des préparatifs accélérés pour installer dans plusieurs endroits des écrans géants pour suivre la rencontre.
Des cortèges de voitures, klaxons hurlants sillonnent à longueur de journée et de nuit, jusqu’à une heure tardive, les rues avec des drapeaux algériens de toutes dimensions.
Des points de vente sont improvisés, où les jeunes procèdent à la vente de posters, de photos de joueurs et de drapeaux algériens ainsi que des maillots à l’effigie de joueurs algériens cédés à différents prix. Depuis la qualification de l’Algérie en 1986, 23 ans après les Algériens renouent avec le bonheur et la joie des victoires. La fête a commencé avant l’heure, la qualification deviendra évidente à l’issue de la rencontre. Ce ne sont ni les auteurs de l’agression de la délégation, encore moins le panel des médias égyptiens, qui stopperont l’Algérie dans son élan, de victoire méritée sportivement et dans un fair play total.
Khaled Zahem
