Ils sont venus nombreux assister à l’assemblée générale initiée par des habitants soucieux du devenir de leur village dont le sort est peu enviable. Les présents à la réunion dépassent les 3/4 au moins des habitants en « âge de siéger » du chef-lieu Agouni Gueghrane dont la renommée a dépassé les frontières. C’est dans ce village niché au pied d’une colline « Le corbeau » qu’est né un des meilleurs fils de la région Slimane Azem qui a inscrit en lettres d’or la chanson et la culture amazighs. Havre de paix, de fraîcheur notamment en ces temps de canicule l’entrée du village annonce déjà la couleur d’une nature prodigue. C’est ici que « Anou », l’endroit le plus prisé des villageois s’y trouve. C’est une cavité naturelle qui fait office de climatiseur naturel. Visiter Agoun Gueghrane sans avoir au préalable respiré l’air pur et frais de l’Anou est un sacrilegé. C’est comme voyager à Paris sans avoir visité la Tour Eiffel. Trêve de romantisme et passons aux faits, aux problèmes qui gangrenent chaque jour que Dieu fait Agouni Gueghrane, le plus frappant étant celui de la décharge sauvage érigée au fil du temps à l’entrée du village, et qui juxtapose l’entrée du paradisiaque « Anou » auquel nous avons fait allusion. « C’est tout simplement un spectacle dévastateur », dira un citoyen, que nous avons rencontré après la réunion. D’autres points non moins importants ont été débattus lors de la réunion qui s’est soldée par l’élection selon les traditions de la djemaâ de 13 membres. Il s’agit des problèmes d’hygiène, sécurité et lutte contre les divers fléaux (drogue, alcool…) et tous les inconvénients qui vont avec, à savoir la perte des valeurs ancestrales,l’absence de sérénité et de convivialité au sein même de la population, l’insécurité…etcIl faut dire qu’à l’instar des autres communes de la région, les jeunes d’Agouni Gueghrane s’ennuient. Aucune maison de jeunes, aire de jeux, encore moins de stade municipal n’est recensé à travers le chef-lieu. C’est tout juste si les jeunes disposent d’un sous-sol de mosquée pour pouvoir discuter de tout et de rien, à défaut d’occupations saines et de travail, le chômage étant ici endémique. C’est dans le village limitrophe, Ait Ergane, de la même commune que nous avons relevé le taux record de 75% de taux de chômage, au cours de la visite effectuée par le wali en juin dernier dans la région;C’est bien simple, les jeunes ici se sentent abandonnés par les pouvoirs publics et on ne s’étonne pas de les voir « les pieds ici, et la tête ailleurs » au Canada, France, Afrique du Sud où leur dit-on, il fait mieux vivre. Ces jeunes sont bien sûr disposés à rester, à condition que la condition minimale de (sur)vie existe, à savoir le travail. Un autre problème crucial auquel est confronté le village est bien celui reccurent relatif à l’AEP. Pour Agouni Gueghrane qui abrite sur sa superficie une usine d’eau minérale, parler d’un manque quelconque d’eau est un véritable paradoxe. Or selon les propos de ce jeune citoyen pressenti, à la présidence du comité naissant « la moitié du village est dépourvue de cette matière vitale ». Le comité se propose aussi d’apporter des solutions en matière de justice sociale, plus exactement dans les aides à l’autoconstruction consentis par l’Etat qui devront revenir aux véritables démunis. Il y a le problème écologique qui retient aussi l’attention, il s’agit des eaux usées provenant du village Ait El Kaid qui se déversent dans le lit de la rivière « Assif Lansar Taftist », sur le barrage Taksebt, censé alimenter les foyers en eau potable. Le comité élu proposera par ailleurs à la future assemblée communale qui sera élue, l’aménagement et l’ouverture des pistes agricoles qui ne manqueront pas de mettre en valeur les terres à vocation agricole et arboricole de la commune. Afin de bien situer les responsabilités des uns et des autres (comité-APC), l’assistance compte bien ne pas faire l’amalgame entre ces 2 instances. En aucun cas, conclut le représentant de ce village, « nous laisserons, le comité élu servir de strapontin aux futurs élections locales qui se dégagent ». Invité à être plus explicite notre interlocuteur se fait plus clair « celui qui veut faire de la politique doit le faire au sein des partis, le comité sera un trait d’union entre la population et l’APC, le dernier point de discorde sur lequel a bien voulu accentuer notre interlocuteur est celui relatif au statut du sous-sol de la djemaâ « qui reste une propriété du comité de village »,dont la population est estimée à 5000 habitants. Agouni Gueghrane, tout comme les APC qui relèvent de la daira de Ouadhias (Ait Bouaddou, Tizi N’Tleta Ouadhias) vivent exclusivement des maigres subventions étatiques, dont 60% sont consacrées à la masse salariale. Seule la commune Agouni Gueghrane, toutefois sort du lot, et ce par son statut particulier d’une APC qui touche les taxes de l’unité d’eau minérale de l’ETK, cédée ces derniers temps au groupe Cevital. Lors de la visite du wali à Ouadhias, le représentant de ce groupe a promis 700 emplois indirects qui seront crées lorsque l’unité d’une capacité de 150 000 bouteilles par heure sera mise en route. Selon son chef de projet, Mr Boumali, elle sera « l’une des plus grandes du bassin méditerranéen, elle produira des boissons gazeuzes aromatisées… » L’espoir est-il donc permis à la jeunesse d’Agouni Gueghane, qui pourra enfin travailler chez elle, sans le besoin vital d’aller chercher ailleurs le boulot ? La réponse est oui, mais à condition que d’autres projets suivent.
M. Ouneche
