La vie et l’œuvre du maître revisitées

Né le 16 décembre de l’année 1932 à Aït Allouane, sur les hauteurs de l’Akfadou, il a chanté la vie et ses aléas, le pays et ses hommes, mais aussi les affres de l’exil et l’amour dans toute sa grandeur et sa noblesse. Très jeune et ne voulant pas que ses parents soient au courant de ses rêves et projets d’embrasser une carrière d’artiste, le grand Sadek Abdjaoui lui donne alors un pseudonyme sous lequel, il a chanté et brillé dans le ciel de la chanson algérienne en général et kabyle en particulier, jusqu’à la fin de ses jours. Lui, c’est le grand maître du chaâbi kabyle Youcef Abdjaoui, de son vrai nom Youcef Alliouche, auteur et compositeur des éternels chefs d’œuvres, tels que Egouma woul akmisou, Ayavrid yetsawin, Qim kan qim ou encore Thit d’woul, des chansons aux textes purs et limpides à même d’apaiser des torrents de feu qui brûlent les cœurs et les entrailles des damnés sur cette terre, faite de plaines et prairies mais aussi de rivières, déserts et ravins. Après ses débuts à la Radio de « Bougie », où il a enregistré son premier disque en 1958 lui ouvrant grandement les portes de la chanson mais aussi de la gloire, il rejoint l’orchestre de Amraoui Moussa en tant que chanteur-compositeur et surtout musicien car il maîtrisait parfaitement le mandole et la guitare. Après le déclenchement de la guerre de Libération nationale, il rejoint la troupe de Farid Ali à Tunis avec laquelle il entama une tournée dans plusieurs pays d’Europe. « Les uns font la guerre avec des fusils, moi je la fais avec ma guitare », répétait-il. Après la guerre, il rentre au pays où il fut responsable d’un orchestre de « variétés kabyles » à la Radio nationale chaîne II, jusqu’en 1969. Après quoi, il repart en France pour poursuivre son rêve et une carrière époustouflante qui se termine malheureusement le 28 octobre 1996, sur un goût d’inachevé, puisque Dda Youcef avait encore beaucoup de merveilleuses choses à donner à la chanson kabyle et de quoi enrichir davantage notre culture millénaire. Pour célébrer le 13e anniversaire de la disparition de ce grand maître, l’association Idles de la localité de l’Akfadou que préside le jeune chanteur Baylache a tracé et mis en œuvre un riche programme en cette fin de semaine. Evénement abrité par le Centre culturel de « Tiniri » d’où, à la mi-journée, la forte délégation composée des autorités locales, de quelques artistes dont Kaci Boussaâd et Idir du groupe Akfadou, mais aussi de quelques correspondants de presse, d’une équipe de l’ENTV et des citoyens de la localité, a pris la direction d’Ath Allouane, village natal de Dda Youcef où il vit à jamais. Sur place, la délégation est accueillie par des membres de la famille de l’artiste, ses amis et les habitants du village, pour ensuite, prendre la direction du cimetière où les membres de la délégation ont déposé une gerbe de fleurs, suivi d’un recueillement sur sa tombe. De retour à Tinir, et après une courte pose où les invités ont eu droit à un déjeuner offert par l’association, la place était vite cédée à la poursuite des activités commémoratives de cet évènement, avec à la clé la projection d’un film-documentaire sur la vie de Dda Youcef et d’une représentation théâtrale, en parallèle avec une exposition-photos et articles de presse qui se tenaient dans le hall du Centre culturel. La journée s’est terminée en beauté, avec l’organisation d’un concours où une pléiade de jeunes talents se sont surpassés pour interpréter quelques célèbres chansons de Dda Youcef Abdjaoui. Pour rappel, le premier hommage à ce grand maître, lui a été rendu le 24 août 1997 par un groupe de ses admirateurs nommés « Gaya ».

Arezki Toufouti