Elles ne concernent que les candidats et les grands électeurs. Les citoyens, eux, se désintéressent complètement d’un tel événement. Les élections sénatoriales d’aujourd’hui n’ont pas suscité un débat au sein de la société. Ainsi, en Kabylie, hormis quelques jeunes militants qui les évoquent du bout des lèvres, ces élections sont un non-événement dans la région. Cela dit, même avec la participation de la quasi-totalité des formations politiques, excepté le FFS, ces élections n’ont pas pu attirer l’attention des citoyens, qui, eux, sont absorbés par la cherté de la vie et les innombrables problèmes qui les guettent au quotidien. Ce désenchantement et ce désintéressement total sont-ils synonymes d’une démission de la société de la vie politique nationale ? Tout porte à le croire, surtout que l’on comprend la décision du citoyen de prendre ses distances vis-à-vis de grands événements politiques. Mis à part les élections locales, l’Algérien par conviction ou simple réflexe exprime un rejet systématique de toute élection qu’elle qu’elle soit. Il préfère résumer ses appréhensions par les célèbres formules “De quoi je me mêle”, “De toutes les manières, rien ne va changer dans notre vie, ce genre de choses ne se passent qu’entre eux, ils ne nous font appel que pour les désigner à des postes rémunérés à des millions de dinars”. Ces diatribes distillées par le commun des mortels des Algériens sont la preuve de l’écart qui sépare les politiques de la société dont ils sont issus. Elles noient encore plus le débat qui devrait être régulé et porté par la société. Le débat est ainsi orienté vers des considérations de basses factures. Ces considérations sont réellement la conséquence directe de toutes les agitations qu’on connaît aux candidats potentiels de chaque élection pour un strapontin, leur permettant de se placer dans la sphère de la “tchipa” et de l’affairisme. Ces potentats que dénoncent les citoyens, même avec des mots peu sibyllins, sont ces militants de conjoncture qu’on ne connaît que le temps d’une élection ; ces faiseurs de rêves, le temps d’une campagne, ou bien, ces élus désertant, aussitôt leur désignation confirmée, le terrain et la société, laissant leurs électeurs à la merci des problèmes cruciaux qui leur noircissent la vie. Cette situation est provoquée aussi par le paternalisme dont usent a satiété les pouvoirs publics. Eux qui n’ont jamais pris la peine de distinguer les rôles de chaque institution. Entre les deux Chambres du Parlement, des amalgames sont sciemment entretenus par les pouvoirs publics afin de berner les débats. Il y va ainsi pour les autres institutions dont les prérogatives sont restées confuses. C’est pour toutes ces raisons que le citoyen a choisi de ne pas participer, même pas en débattant d’un tel événement. Il a choisi le silence pour ne pas donner de caution quelconque aux aventuriers de tout acabit. Et ce, même si on imprime, généralement à tort, toute sorte d’appartenance partisane ou idéologique à cette majorité silencieuse.
M. Mouloudj
