Le discours du premier magistrat du pays concernant son projet de paix et de réconciliation semble avoir reçu un accueil mitigé de la part des uns et des autres. Longtemps meurtris dans leur chair suite aux différents actes terroristes que la région a subis durant de longues années, les populations s’interrogent déjà sur la position à adopter, et ce, à un peu plus d’un mois de la consultation électorale. Les partisans du oui qui optent pour le grand pardon sont confrontés aux parents des victimes du terrorisme, qui déplorent le fait de n’avoir pas été davantage consultés sur un sujet qui leur tient particulièrement à cœur. Il est vrai que Bouira, à l’instar des autres wilayas du pays, a souffert des actes de sabotage qui ont engendré des pertes sèches de plusieurs milliards de dinars. Cependant, au-delà des dégâts matériels qui n’ont épargné ni les institutions étatiques, ni les transports ferroviaires, les victimes, elles par contre, sont irremplaçables. Pour rappel, la wilaya de Bouira a enregistré sa première victime le 25 juin 1991. Originaire de Selloum, village situé à une soixantaine de kilomètres à l’est du chef-lieu de wilaya, la cible des sanguinaires, sous les drapeaux alors, a été renvoyée dans un cercueil recouvert de l’emblème national à ses parents qui ne s’y attendaient pas. C’est à ce moment là que les habitants de la localité venaient de découvrir l’horreur et le deuil qui allaient s’installer progressivement au fil du temps. Quant à la dernière victime enregistrée dans la wilaya, en date du 4 juin 2005, elle n’est autre que le défunt vice-président de de l’APC d’Aomar, assassiné devant la station-service en fin de journée. Durant ces quatorze longues années, le nombre des victimes n’a cessé d’aller crescendo, malgré une relative accalmie depuis quelques mois, grâce notamment aux efforts consentis par les forces combinées des services de sécurité. Aujourd’hui, et alors que les interrogations vont bon train, les personnes approchées, parmi elles un parent victime du terrorisme, ne nous cache pas sa déception, rien qu’à l’idée de voir ces mains tachées de sang se balader en toute impunité. Il dira : « Nous sommes les seuls à ressentir la douleur causée par la perte d’un proche et personne ne peut ni ne pourra pardonner à notre place. Nous sommes doublement blessés, et par l’assassinat d’un proche et par le projet du Président qui cherche à instaurer la paix au détriment des victimes ». Une autre victime, elle, qui se dit « victime » car repentie depuis quelques années, affirme que se sont les politiciens de l’ex-fis qui nous ont poussés à rejoindre les maquis, pour une cause inavouée, qu’il faut arrêter et emprisonner. « Nous avons perdu de nombreuses années à errer comme des animaux sauvages, alors que les commanditaires se la coulaient douce dans des salons feutrés ». Un autre citoyen, qui a suivi attentivement le discours du premier magistrat du pays, demeure sceptique quant à l’application des lois du projet : « Je crains le retour du feuilleton « Seif el hadjadj » de la concorde civile qui n’a toujours pas connu de limite. Certes, le terrorisme a touché toute une génération qui même sans avoir spécialement perdu des proches, s’opposera aujourd’hui au marchandage du sang des Algériens ». Tout compte fait, les aspirations populaires des bouiris se placent en porte-à-faux avec ledit projet, et tout porte à croire que les partisans du oui auront du pain sur la planche pour convaincre les opposants de cette charte.
Anzar O.
