La Dépêche de Kabylie : Nous sommes en plein hiver, la période est propice pour la propagation des virus, notamment le virus de la grippe A (H1N1). Y a-t-il un risque que le nombre de décès liés à la grippe porcine puisse augmenter dans les jours à venir ?
Oui, le nombre de décès peut augmenter d’une semaine à une autre car le virus circule en hiver à une vitesse très importante. Pour cela la France a décidé de continuer la vaccination jusqu’au mois de mars 2010, vu les données obtenues au 22 décembre 2009 : 30 cas graves hospitalisés pour grippe en une semaine, soit un total de 1015 depuis le début de l’épidémie et 22 décès liés au virus A (H1N1) en 2009, depuis le dernier bulletin, soit un total de 198 décès depuis le début de l’épidémie dont 32 survenus chez des personnes sans facteur de risque connu. La Chine a instauré une surveillance et une vigilance, car elle craint une pandémie grave avec des atteintes graves et de nombreux décès lors du nouvel an chinois.
Concernant le vaccin contre la grippe A importé par l’Algérie, beaucoup de rumeurs circulent ces derniers jours, ses effets indésirables la personne vaccinée.
Le vaccin contre la grippe A/H1N1 est comme tous les autres vaccins et médicaments, il a des indications, des contre-indications et des effets secondaires. Seulement, les études du bénéfice/risque du vaccin anti-A(H1N1) variant 2009 ont montré les avantages de ce vaccin qui sauvera des vies humaines. De plus, chaque pays a mis en place un réseau de pharmaco-vigilance. Actuellement, 5 millions de Français ont été vaccinés par pharmaco-vigilance et il n’y a pas eu de décès lié au vaccin. Personnellement, j’ai évalué dans notre laboratoire aux CHU-HCL de Lyon l’efficacité du vaccin chez de nombreuses personnes vaccinées. Les résultats obtenus sont très satisfaisants, car la majorité a été immunisée contre le virus A(H1N1) Variant 2009.
Et si les gens refusent de se faire vacciner que risquent-ils ?
Les personnes qui ne se vaccinent pas, peuvent être exposées à deux situations, soit le virus ne circule plus donc le risque est faible, soit la pandémie s’aggrave et le virus infectera plus de personnes et proportionnellement le nombre de décès augmentera. Par contre chez les populations vaccinées, le nombre de décès sera très faible car la protection vaccinale aura joué son rôle. Nombreuses études des précédentes pandémies grippale de 1957, 1968 et 1977 ont montré l’avantage de la vaccination en se basant surtout sur la protection contre un nouveau pic pandémique A(H1N1) Variant 2009 entre février et mars 2010 et aussi en automne et hiver 2010/2011.
Justement, quelle est la catégorie de personnes concernées par ce vaccin ? Est-il déconseillé pour une catégorie ?
Le vaccin contre la grippe A variant 2009 peut être prescrit. La femme enceinte doit être vaccinée avec un vaccin sans adjuvant, si elle est dans un pays ou il n’y a que du vaccin avec adjuvant, il faut retarder la vaccination jusqu’au 3e trimestre. La vaccination est formellement interdite chez les enfants de moins de 6 mois, chez les enfants âgés entre 6 et 23 mois, sans risque de maladies chroniques la vaccination n’est pas recommandée. Par contre, chez la même population mais qui présente un facteur de risque tels que l’asthme, diabète, etc., il faut les vacciner de préférence avec un vaccin sans adjuvant en première intention. Chez les adultes, le vaccin avec adjuvant peut être utilisé largement sauf chez les immuno-déprimés (transplantés d’organes, greffés de tissus) et il faut vacciner les malades infectés par le virus du SIDA (VIH) à l’aide d’un vaccin sans adjuvant.
Vous disiez qu’il existe deux sortes de vaccin contre le virus de la grippe A. Un vaccin « avec adjuvant » et un autre « sans adjuvant ». Pourriez-vous donner plus d’explication afin que les citoyens distinguent ces deux vaccins ?
Actuellement, il existe deux types de vaccin contre le virus A(H1N1) Variant 2009, un sans adjuvant et l’autre avec. L’adjuvant est une substance organique naturelle contenue dans de nombreuses plantes (olives, céréales…) et fabriquée par les animaux et les humains au cours de la synthèse du cholestérol. Cet adjuvant est indispensable pour stimuler le système immunitaire et augmenter la réponse des défenses de l’organisme contre les virus. Il existe sur le marché des vaccins qui contiennent l’adjuvant et qui sont très utilisés tels que le vaccin Gripguard contre la grippe saisonnière, le Cervarix contre les papillomavirus responsables du cancer du col de l’utérus. Par contre, pour le vaccin sans adjuvant pour qu’il soit immunogène, une dose virale quatre fois plus élevée que le vaccin adjuvanté est nécessaire.
À propos de ce virus A (H1N1), pouvez-vous nous donner des précisions sur son apparition depuis le printemps dernier, et comment il a pu progresser de cette manière en contaminant plusieurs pays ?
Le virus A(H1N1) variant 2009 (AH1N1v2009) est apparu en mars-avril 2009 aux USA puis au Mexique. Les scientifiques virologues prévoyaient l’apparition d’un nouveau virus grippal depuis 2004, il y a eu le virus de la grippe aviaire A(H5N1) en 2005, qui est très dangereux et plus mortelle que le virus A(H1N1)v2009, le taux de mortalité est supérieur à 50%. Grâce aux réseaux de surveillance de la grippe au niveau mondial l’alerte a été instaurée par l’OMS le 17 avril 2009. Chaque année, comme les sismologues et les volcanologues, les virologues chercheurs isolent, identifient et étudient les virus responsables de la grippe chez le porc, les volailles, le cheval et l’homme et on a pu identifier ce nouveau virus et développer en un temps record les tests de diagnostic et un traitement préventif, le vaccin.
Les virus de la grippe (les Influenza-virus) ont une période propice pour leur propagation : l’hiver. La promiscuité, l’humidité, le confinement et les moyens de transports rapides entre les villes, les pays et les continents constituent de puissants facteurs de propagation de ces virus.
Concernant sa durée de vie, existe-t-il des prévisions qui prévoient la disparition totale du virus A (H1N1) ? Si oui, lesquelles ?
La durée de vie du virus A (H1N1) v2009 est de 5 minutes sur les mains, 24 h à 36 heures sur le plastique et l’acier dans les cas d’humidité et chez l’homme infecté par le virus, le risque de contagion est de 1 jour avant les symptômes et 7 à 9 jours après d’où l’intérêt de se laver les mains plusieurs fois par jour et d’éviter les embrassades.
Sur le plan épidémiologique et selon les précédents cycles pandémiques, quand un nouveau virus apparaît les anciens virus ne circulent plus ou rarement, donc par expérience ce nouveau virus A(H1N1) v2009 peut circuler encore deux ou trois années de suite, c’est pour cela que les virologues conseillent de se faire vacciner maintenant et durant l’année 2010, afin de se protéger contre une éventuelle réapparition de ce virus l’hiver prochain 2010/2011.
Propos recueillis par Akli Slimani
