Entretien réalisé à Paris par Djaffar Chilab
La Dépêche de Kabylie : Tout d’abord, pour commencer, pouvez-vous nous dresser une synthèse de vos activités actuelles ?
Laurent Ruquier : Je fais tellement de choses en fait. Je suis déjà sur Europe 1 tous les jours de la semaine, du lundi au vendredi, en après-midi entre 16h et 18h30. Le week-end, j’ai aussi un best of de la semaine. A la télé, je suis toujours sur France 2 avec l’émission On n’est pas couchés, chaque samedi en soirée. Elle continue à bien marcher, donc il n’y a pas de raison de l’arrêter. Elle passe d’ailleurs également sur TV 5 Monde. Je dois démarrer par ailleurs une nouvelle émission à partir début février. ça sera une mensuelle qui sera diffusée sur France 4 à 20h30. On s’essayera de s’adapter avec l’équipe de la radio avec laquelle on viendra chaque fin de mois pour débattre de l’actualité. En ce qui concerne les spectacles, je produis actuellement un jeune imitateur chanteur qui s’appelle Mickael Gregorio. Il est en train de faire des cartons avec ses spectacles, il vient d’ailleurs de faire le Bataclan à Paris pendant deux semaines. Je démarre aussi un nouveau spectacle en tant que producteur avec un autre humoriste qui passera incessamment aux studios des Champs-Elysées. Et je dois en oublier sans doute des choses…
Mais ça fait déjà de vous un producteur très prolifique. Comment faites-vous pour y arriver ?
Et bien d’abord parce que je suis bien entouré. Pour ce qui est de la production j’ai dans ma société des collaborateurs qui travaillent très bien. Pour la Radio et la télé, c’est devenu pour moi une mécanique, cela fait quand même 20 ans que je suis à la radio. La télé, j’en fais par contre un peu moins qu’avant, alors que j’en faisais tous les soirs.
Vous faites en tout cas toujours des audiences très appréciables…
Effectivement, j’ai la chance d’être actuellement bien suivi, et ça fonctionne bien. Vous savez, c’est le public qui décide. Quand ça va ça me fait du bien, et me donne du tonus pour envisager deux ou trois choses supplémentaires.
Quand vous êtes sur le plateau, on ne peut pas dire que vous y mettez trop de diplomatie face à vous invités… Considérez-vous que tout est permis pour vous ?
Disons que je m’amuse moi-même, enfin j’essaye de passer un bon moment. Car c’est avant tout là un métier qu’on fait par plaisir, et beaucoup de gens qui nous regardent aimeraient être à notre place. Moi je pense qu’on n’a pas le droit de faire la gueule quand on passe à la télé. D’ailleurs ce que je fais moi, je le fais à condition d’y prendre du plaisir. Sinon j’aurais arrêté pour faire autres choses.
Depuis le temps que vous exercez ce métier, vous vous êtes certainement fait des amis particuliers ? Des ennemis ?
Pas autant que ça. C’est vrai qu’au début les gens acceptaient moins facilement les blagues que je faisais mais maintenant, je fais partie du paysage si j’ose dire ça comme ça, et je dirais, à part peut-être quelques personnes qui sont de plus en plus rares, on a tendance à accepter plus volontiers mes…
Même les politiques ?
En fait, je ne les croise pas souvent, et je ne cherche pas à avoir beaucoup de relations avec les hommes politiques, je préfère les voir de loin. Parfois, il m’arrive qu’on me demande de déjeuner avec tel ou tel mais généralement je ne le fais pas.
Vous est-il déjà arrivé de recevoir un coup de fil pour vous dire que : là vous êtes allé un peu fort ?
Non ! Mais je suis aussi couvert par les responsables des différentes radios ou je travaille, et c’est très rare que ça arrive jusqu’à moi.
Même en période pré-électorale ?
A la présidentielle passée, ce n’était pas tant que ça par exemple. Vous savez, généralement, ce n’est pas les politiques qui appellent, c’est ceux qui dirigent les programmes qui sont plus royalistes que les rois, et qui ont peur pour leurs postes et avenirs. Donc ils anticipent parfois les jugements, les avis ou les décisions des futurs élus. C’est ça le plus difficile mais ça ne vous arrive pas forcement jusqu’à vos oreilles. Pendant la dernière présidentielle c’était plus compliqué parce qu’il y avait les militants, les téléspectateurs qui se servaient parfois de l’image que vous avez pour attaquer mais…bref, c’est du reste de bonne guerre. En tout cas, j’ai déjà vu quelques présidents passer et je leur ai survécu à tous, donc…(rire !)
Pas de reproches non plus sur la vulgarité quelquefois ambiante lors de certains moments de télé ?
Non ! Non, non. Y’a pire eh ! (rire !)
Y a-t-il un moment de télé qui vous remonte à l’esprit plus que d’autres ?
Ce qui me fait le plus marrer c’est ces moments que je partage avec les deux chroniqueurs de l’émission, Zemmour et l’autre Eric lorsqu’ils disent réellement ce qu’ils en pensent. C’est rare chez d’autres.
D’ailleurs en parlant de Zemmour, vous n’hésitez pas à le taquiner même lui…
Oui ce n’est pas dit que je devrais être d’accord avec tout ce qu’il pense ni avec l’un ou l’autre d’ailleurs, mais je suis quelqu’un qui est pour la confrontation des idées et la liberté d’expression. Et puis je trouve ça bien, ça change des émissions ou tout le monde pense la même chose. Mais quand on entend un avis qui n’est pas de la même tendance que celui de soi même, ça vous fait réfléchir et progresser, soit ça vous conforte dans vos idées, soit ça vous fait vaciller, mais jamais de mal.
Êtes-vous conscient de votre audience en Algérie ?
En Algérie spécialement non, mais j’ai eu tout de mêmes des occasions de rencontrer quelques personnes qui me l’ont dit. En Tunisie, au Maroc aussi. C’est vrai qu’avec TV5 Monde qui est diffusée un peu partout à travers le monde, on a cette chance de se faire inviter dans les foyers de plusieurs continents, et la tonalité et la liberté de l’émission doit fasciner, j’imagine, pas mal dans certains pays.
Si je vous dis Algérie tout court, vous direz quoi ?
A vrai dire, je ne connais pas bien ce pays. Je n’y suis jamais allé, et je ne pense que c’est en allant là bas pour un week-end qu’on pourrait connaître l’Algérie. Cela dit j’ai beaucoup d’amis qui sont nés là bas et qui sont revenus ici. Ce n’est pas prévu au programme mais peut-être j’y penserai un jour.
La Kabylie, ça vous dit quelque chose ?
Oui ! Bien sûr. A partir d’ici, je la vois peut-être mal, mais elle me semble proche de la culture française. J’ai eu l’occasion de rencontrer des Kabyles, et ils me paraissaient proches, ils ont tous ce sentiment d’aimer notre pays.
A part M. Saadi (P-DG de Berbère TV), comptez-vous d’autres amis kabyles ?
Non pas plus que ça.
Vous ne connaissez pas Zidane ?
Je ne suis pas ami avec lui, je ne vais pas mentir quand même. Mais de réputation, si je le connais. Tout de même, je suis vivant sur terre.
Comme vous avez déjà eu à recevoir sur votre plateau Idir…
Tout à fait, et ça a été très intéressent avec lui, c’était pour l’album qu’il avait monté avec d’autres artistes. C’était émouvant et passionnant. Maintenant qu’on en parle, ça me revient, j’ai reçu aussi Fellag, un autre Kabyle également…
ça nous amène à ce débat sur l’identité nationale en France ?
Oh, je trouve ça tellement con… (Rire !) Je l’ai déjà dit sur le plateau. C’est sûr, j’aime mon pays qui est la France mais je pense qu’on est très en retard par rapport à cette histoire d’intégration. Je suis Français parce que je suis né ici mais j’aurai pu être né ailleurs.
Voilà, c’est une banalité pour moi… J’ai l’impression d’être Miss France quand je dis ça. Je suis citoyen du monde ! puff !… je considère que je n’ai pas de pays à défendre en tout cas. Et le pays qui se transforme, qui change, qui soit de couleurs différentes, de religions différentes, moi je m’en fiche. J’adore pour ça les Etats-Unis, l’Angleterre, Londres par ce qu’on y voit plus facilement la diversité.
A Paris, elle existe aussi mais elle est moins bien acceptée et je trouve qu’il y’a un grand boulot à faire, et franchement les politiques en ce moment ne nous facilitent pas la tâche avec ce débat. Peut-être qu’au final il sera utile mais il prend une mauvaise tournure, je trouve… (Rire !)
Vous tenez de qui vos éclats de rire si particuliers ?
Je ne sais pas vraiment. Je pense qu’ils viennent d’une timidité que j’ai au départ avant que ça prend, peut-être.
C’est un détail qui vous ajoute de la réussite sur le plateau ?
J’espère que c’est agréable pour tout le monde de le partager. D’ailleurs, je ne sais pas comment il se déclenche.
Si ça se trouve, ça me fait rire moi-même (rire !)
Vous est-il déjà arrivé de prononcer un mot en Kabyle ?
Non. Franchement non.
Et pourtant c’est plus facile de dire bonjour en kabyle.
C’est comment ?
Azul !
Ah ! Mais je ne le savais pas. Moi je suis normand alors… (Rire !)
Vous avez une idée sur la nature, les paysages de Kabylie ?
C’est sûr qu’il devrait être magnifique mais pas plus que ça. ça reste pour moi à découvrir.
Tentez d’y aller !
Peut-être un jour. J’ai le temps.
Votre message pour les Berbères, ça serait lequel ?
Je les remercie déjà d’avoir l’occasion de me voir de temps en temps sur TV 5, et merci pour leur fidélité.
Savez-vous que les Berbères ont fêté leur nouvel an le 12 janvier dernier à la Mairie de Paris ?
Non j’ignorais. C’est donc une journée avant le nouvel an russe. Finalement, il y a un nouvel an chaque jour (rire !) et si on est citoyen du monde on aurait réveillonné chaque soir. Tiens vous pouvez me répétez comment on dit « bonne année » en kabyle ?
C’est « Assegas Amegaz «
Oh moi déjà qui n’arrive pas à parler anglais… (Rire !) Redites-le une fois et je répète tout de suite après vous…
Assegas Amegaz…
Et bien Assegas Abegaz, je ne suis pas sûr de l’avoir bien dit. J’ai peut-être dit « joyeuse pâque »… (Rire !)
Non, vous avez raté les deux.
(Grand éclat de rire !) Nooon ! Alors dites mes amitiés aux Kabyles
Entretien réalisé par D. C.
