Poète, éducateur et fabuliste

« En tant que poète estimé de son public, je me devais de participer à son éducation et à sa formation morale et spirituelle : C’est ce que j’ai essayé de faire dans toutes mes chansons et je crois – sans fausse modestie avoir rempli ma mission auprès de mes compatriotes. Leur estime s’est transformée en admiration et parfois même plus je sens que je suis leur guide dont les paroles portent parfois en leur sein, des sens cachés et des symboles qu’il faut interpréter. Beaucoup en interprètant mes chansons dans un sens qui n’a jamais été celui que j’ai voulu leur donner. Mes chansons sont dans la tradition des poètes antiques et des fabulistes, les vérités que j’expose sont des vérités éternelles, communes à toutes les moralités au cours des siècles… »

Cette déclaration est de Slimane Azem à un journal d’outre mer. Le poète qui a occupé durant un quart de siècle une place prépondérante dans le milieu artistique, a joué un rôle de tout premier ordre dans la vulgarisation et la promotion de la chanson à une époque où le simple fait de chanter dans cette langue passait pour un acte de subversion. Né en septembre 1919 à Agouni Gueghrane (Tizi Ouzou), Slimane Azem a commencé à chanter dès son jeune âge. C’est avec les poèmes de Si Mohand U M’hand qu’il fredonnait ses premiers airs, à l’aide dit-on, d’une flûte qu’il a lui même fabriquée. Depuis, t de fil en aiguille, il en est arrivé à faire de la chanson son occupation première, malgré les difficultés sociales et matérielles car il était à la recherche d’un emploi.

A onze ans déjà, Slimane Azem n’ayant presque aucun goût pour les études, doit être engagé dans une ferme à Staouéli, pour de menus travaux agricoles. La vie pénible du travail chez les colons l’obligera à chercher un autre débouché et c’est ainsi qu’il atterrit en France. C’était en 1937, c’est là également qu’il rencontra Mohamed Kamel, qui selon des témoignages, était à l’origine des débuts artistiques de Slimane Azem. D’ailleurs, sa première chanson intitulé « Amoh, Amoh » fut un succès et nombreux sont les mélomanes qui se sont précipités du côté de Mme Sauvey pour acquérir son disque. Néanmoins, c’est avec Pathé Marconi que l’artiste effectuera ses premiers enregistrements qui lui ouvriront la voie du succès. Slimane Azem s’est, tout à coup, découvert un style et un talent hors du commun. A chaque fois que le besoin se faisait sentir, l’artiste effectuait un voyage au bled, histoire de se retremper dans une ambiance qui lui est familière, et de repartir avec quelques airs du pays. Azem a beaucoup chanté l’exil, c’est peut être, parce que vivant en milieu émigré, il essaie d’alléger pour ses concitoyens le lourd fardeau qui pèse sur leurs épaules : La nostalgie. Très influencé par les fables de la fontaine, Azem a réservé une bonne partie de son répertoire à faire parler les animaux à travers des airs chargés de symboles et regroupement de métaphores. Ceux qui ont eu la chance de le connaître, sont unanimes à souligner l’affabilité et la force de caractère de l’homme, le génie créateur de l’artiste. Grâce à des efforts soutenus en matière d’innovation et de recherche musicale, l’artiste a été auréolé en 1972 du disque d’or de la chanson berbère.

Depuis cette consécration, son aura n’a cessé d’étendre son empire et ses admirateurs ne lui vouèrent que plus de respect et admiration à chaque fois qu’une de ses œuvres est diffusée.

N. Maouche