Le neige et la soif

Il a neigé toute la nuit et au petit matin, les chemins de la fontaine sont impraticables. Engoncée dans des bottes, un lourd jerrican accroché à son dos voûté, une femme court rejoindre ses enfants. « C’est notre destin depuis bientôt trente ans ! Ce matin, avec les gelées, il est impossible de puiser une goutte d’eau des réserves restées à la maison », dira-t-elle haletante. Cette scène n’est pas anecdotique. Eté comme hiver, les habitants du village Agouni souffrent de problème d’eau comme jamais. Aucune conduite n’atteint leurs maisons et ce n’est pas faute d’avoir lancé des SOS multiples aux services concernés. « C’est depuis 1983 qu’on nous promet mais rien n’a été fait, » déclare un habitant. « Les quelques chanceux ont acheminé de l’eau directement de leur champs à la montagne mais la majorité traversent chaque jour tout le hameau pour atteindre le village voisin, Sidi El Hadj Hassienne, trouver la fontaine, faire la queue et retourner avec un bidon plein. C’est harassant ! Ceci en hiver, alors l’été, vous imaginez l’affluence à la fontaine ? Nous espérons que les autorités viennent constater nos malheurs et nous venir en aide.  » Ce cri provient, en fait, d’une centaine de foyers qui s’en lamentent. « Heureusement, qu’une rivière traverse notre village, ajoute un autre habitant, cela nous permet d’étancher la soif de nos bêtes et par beau temps, nos femmes en profitent pour laver les habits et divers articles de laiterie.  » Pour l’heure, les habitants se drapent de dignité, stoïques, et se disent que la balle est dans le camps des autorités.

T. D.